Le maire Steinberg pourrait être sanctionné

Malgré les appels répétés des élus de l’Assemblée nationale, William Steinberg se refuse à présenter ses excuses pour avoir décrit le projet de loi 21 comme un «nettoyage ethnique pacifique» de la part du gouvernement Legault.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Malgré les appels répétés des élus de l’Assemblée nationale, William Steinberg se refuse à présenter ses excuses pour avoir décrit le projet de loi 21 comme un «nettoyage ethnique pacifique» de la part du gouvernement Legault.

Le maire de Hampstead, William Steinberg, se retrouve désormais dans le collimateur de la Commission municipale du Québec (CMQ) pour avoir accusé le gouvernement caquiste de procéder à du « nettoyage ethnique » au moyen du projet de loi sur la laïcité de l’État.

La CMQ évaluera si M. Steinberg a commis un manquement au Code d’éthique et de déontologie des membres du conseil de la Ville de Hampstead. Le document enjoint notamment les élus de la municipalité de l’île de Montréal à « respecter les normes les plus strictes en matière d’honneur et d’intégrité dans l’exercice de leurs fonctions, et ils doivent faire preuve de prudence dans la recherche de l’intérêt public ».

Malgré les appels répétés des élus de l’Assemblée nationale, M. Steinberg se refuse à présenter ses excuses pour avoir décrit le projet de loi 21 comme un moyen pour l’équipe de François Legault de procéder à un « nettoyage ethnique pacifique ». « Je parlais de nettoyage ethnique non pas par les armes, mais par la loi », a-t-il réitéré.

Un élu ayant dérogé au Code d’éthique et de déontologie de Hampstead peut se voir imposer par la CMQ une réprimande ou encore d’une suspension du conseil municipal pour un maximum de 90 jours.

En en « remett[ant] », M. Steinberg a fait preuve d’un « manque de respect envers la majorité des Québécois », a fait valoir le premier ministre François Legault, mercredi. « Il est en train de se mettre à dos la majorité des Québécois. Je ne pense pas que ça va aider sa crédibilité », a-t-il affirmé dans une mêlée de presse.

De son côté, le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a donné pour « consigne » aux membres de son caucus de ne pas s’afficher aux côtés du maire de Hampstead —, qui a tenu des propos « inacceptables », selon lui — dans des manifestations contre le projet de loi 21. « Si j’étais à sa place, je réfléchirais à mon avenir », a poursuivi M. Arcand, se gardant toutefois d’appeler M. Steinberg à démissionner.

Le gouvernement caquiste n’est pas pour autant exempt de tout reproche dans cette affaire, a fait valoir M. Arcand mercredi. « C’est sûr que ce que la CAQ fait au Québec, de façon générale, incite à ce genre d’excès », a soutenu le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale, avant d’ajouter : « Il y a des projets de loi qui sont diviseurs. Et évidemment, ça mène souvent à des excès. » M. Legault a demandé à son adversaire « de ne pas faire exprès pour rajouter de l’huile sur le feu ». « J’ai de la misère à reconnaître Pierre Arcand », a-t-il lancé aux courriéristes parlementaires avant de filer vers le Salon bleu.

Du bout des lèvres

À Montréal, l’administration Plante a invité, du bout des lèvres, M. Steinberg à faire acte de contrition. « Je vais laisser à M. Steinberg la liberté de s’excuser, mais on préférerait qu’il s’excuse », a affirmé le membre du comité exécutif Jean-François Parenteau. « L’important, dans ce débat, c’est de garder de la hauteur. Ça ne donne rien de rentrer dans l’émotivité et de descendre bas », a-t-il insisté.

Libéraux et conservateurs

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau et le chef conservateur ont tour à tour dénoncé la sortie médiatique « inacceptable » du maire d’Hampstead. De son côté, Gérard Deltell a répété en boucle qu’il s’agissait d’un débat québécois dans lequel il ne voulait pas, en tant qu’élu fédéral, s’immiscer. « Quand on dit qu’il y a un débat, évidemment, il peut y avoir des propos qui peuvent parfois surprendre, décevoir, mais c’est ça, un débat politique. » Condamne-t-il les propos ? « Ça appartient au débat provincial. »

Le Bloc québécois a demandé le consentement unanime de la Chambre des communes pour condamner les propos du maire, mais à sa grande surprise — car il en avait au préalable reçu l’assurance de chacun des autres partis —, il ne l’a pas obtenu. Quelques voix se sont élevées — des banquettes libérales, selon le Bloc — pour s’opposer à la motion. « Si tu ne dénonces pas, dans une certaine mesure, tu cautionnes », a conclu le chef bloquiste, Yves-François Blanchet.

Avec Hélène Buzzetti et Jeanne Corriveau

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