«Nettoyage ethnique»: le maire de Hampstead dans la mire de la Commission municipale du Québec

La CMQ évaluera si M. Steinberg a commis un manquement au Code d’éthique et de déontologie des membres du conseil de la Ville de Hampstead.
Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne La CMQ évaluera si M. Steinberg a commis un manquement au Code d’éthique et de déontologie des membres du conseil de la Ville de Hampstead.

Le maire de Hampstead, William Steinberg, se retrouve dans le collimateur de la Commission municipale du Québec (CMQ) pour avoir accusé le gouvernement caquiste de procéder à du « nettoyage ethnique » au moyen du projet de loi sur la laïcité de l’État.

M. Steinberg est visé par une enquête de la CMQ, a indiqué la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, mercredi. « C’est à la CMQ de juger ce dossier-là », a-t-elle dit, avant de demander une nouvelle fois à l’élu montréalais de se rétracter.

La CMQ évaluera si M. Steinberg a commis un manquement au Code d’éthique et de déontologie des membres du conseil de la Ville de Hampstead. Le document enjoint notamment aux élus de la municipalité défusionnée de l’île de Montréal de « respecter les normes les plus strictes en matière d’honneur et d’intégrité dans l’exercice de leurs fonctions, et ils doivent faire preuve de prudence dans la recherche de l’intérêt public ».

Un citoyen de l’arrondissement de LaSalle, Jean-François Racine, revendique la paternité de la plainte anonyme déposée à la CMQ. « Je dépose cette plainte pour qu’une forme d’égalité et de justice pour tous soit respectée à Montréal. J’espère que vous allez prendre cette plainte en considération et enquêter sur la sévérité des propos que le maire de Hampstead, William Steinberg, a tenus vendredi dernier », écrit-il dans sa missive.

Malgré les appels répétés des élus de l’Assemblée nationale, M. Steinberg a refusé net de présenter ses excuses pour les propos associant le projet de loi 21 à une forme de nettoyage ethnique qu’il a tenus vendredi dernier. Le maire a dit dans un entretien avec Le Devoir mardi soir qu’il ne retirerait pas ses propos. Il soutenait que la classe politique l’avait mal compris. « Je parlais de nettoyage ethnique non pas par les armes, mais par la loi, a-t-il ajouté. J’aurais peut-être dû parler de “nettoyage ethnique pacifique”. »

Un manquement au Code d’éthique et de déontologie de Hampstead peut entraîner l’imposition par la CMQ à l’élu fautif d’une réprimande ou encore d’une suspension du conseil municipal pour un maximum de 90 jours.

Manque de respect à l’égard des Québécois

En en « remett[ant] » mardi, M. Steinberg a fait preuve d’un « manque de respect envers la majorité des Québécois », a fait valoir le premier ministre François Legault, mercredi avant-midi. « Il est en train de se mettre à dos la majorité des Québécois. Je ne pense pas que ça va aider sa crédibilité », a-t-il affirmé dans une mêlée de presse.

De son côté, le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a donné pour « consigne » aux membres de son côté de ne pas s’afficher aux côtés du maire de Hampstead — qui a tenu des propos « inacceptables », selon lui — dans des manifestations contre le projet de loi 21. « Si j’étais à sa place, je réfléchirais à mon avenir », a poursuivi M. Arcand, se gardant toutefois d’appeler M. Steinberg à démissionner.

La CAQ aussi montrée du doigt

Le gouvernement caquiste n’est pas pour autant exempt de tout reproche dans cette affaire, a fait valoir le chef de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale. « C’est sûr que ce que la CAQ fait au Québec de façon générale incite à ce genre d’excès », a soutenu M. Arcand, avant d’ajouter : « Il y a des projets de loi qui sont diviseurs. Et, évidemment, ça amène souvent à des excès. »

Voyez la déclaration de François Legault

 

 

M. Legault a demandé à son adversaire « de ne pas faire exprès pour rajouter de l’huile sur le feu ». « J’ai de la misère à reconnaître Pierre Arcand », a-t-il lancé aux courriéristes parlementaires avant de filer vers le Salon bleu.

À Montréal, l’administration Plante a invité, du bout des lèvres, M. Steinberg à faire acte de contrition. « Je vais laisser à M. Steinberg la liberté de s’excuser, mais on préférerait qu’il s’excuse », a affirmé le membre du comité exécutif Jean-François Parenteau. « L’important dans ce débat, c’est de garder de la hauteur. Ça ne donne rien de rentrer dans l’émotivité et de descendre bas », a-t-il insisté.

Libéraux et conservateurs

À Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a dénoncé la sortie médiatique « extrême » du maire d’Hampstead. « J’espère qu’il va s’excuser. On n’a pas besoin d’aller aux extrêmes. On peut débattre du projet de loi sans pousser trop fort », a-t-il déclaré, appelant à la tenue d’une discussion « respectueuse » sur le projet de loi 21.

Plusieurs ministres du cabinet de Justin Trudeau ont aussi demandé au maire de retirer ses propos. François-Philippe Champagne a invité les politiciens à « faire attention au dérapage ». « On a tous un devoir de choisir les bons mots pour exprimer les idées dans le respect de l’un et de l’autre », a-t-il dit. Pablo Rodriguez a aussi lancé un appel à la « retenue » et à la « prudence » dans ce débat « très délicat ». « Il y a un danger de dérapage. Tous les politiciens ont un rôle à [à jouer pour] calmer le jeu, calmer la population. Parmi nos rôles, l’un de ceux-là c’est d’unir la population et non pas la diviser. » Il ne qualifie pas les propos du maire d’Hampstead de « dérapages » pour autant. Il y voit plutôt « un exemple de propos qu’on ne doit pas tenir ». « À mon avis, ses propos sont inacceptables et il doit les retirer et s’excuser », a-t-il conclu.

Le chef conservateur Andrew Scheer a également dénoncé « un choix de mots très inacceptable » par M. Steinberg. « On peut critiquer le projet de loi sans exagérer », a-t-il fait valoir.

De son côté, Gérard Deltell a refusé de condamner les propos du maire d’Hampstead, répétant en boucle qu’il s’agissait d’un débat provincial dans lequel il ne voulait pas, en tant qu’élu fédéral, s’immiscer. « Quand on dit qu’il y a un débat, évidemment, il peut y avoir des propos qui peuvent parfois surprendre, décevoir, mais c’est ça un débat politique. » Condamne-t-il les propos ? « Ça appartient au débat provincial. »

Le Bloc québécois a demandé le consentement unanime de la Chambre des communes pour condamner les propos du maire, mais à sa grande surprise — car il avait au préalable reçu des assurances de chacun des autres partis —, il ne l’a pas obtenu. Quelques voix se sont élevées — des banquettes libérales, selon le Bloc — pour s’opposer à la motion. « Si tu ne dénonces pas, dans une certaine mesure, tu cautionnes », estime le chef bloquiste, Yves-François Blanchet. Il trouve étrange que les députés dissidents n’aient pas à s’identifier. « Il y a une absence flagrante de courage politique. »

Avec Hélène Buzzetti et Jeanne Corriveau