Québec songe à relever les seuils d'immigration dès 2020

Simon Jolin-Barrette s’est dit déterminé à faire adopter non seulement le projet de loi sur la laïcité de l’État, mais également le projet de loi sur l’immigration par l’Assemblée nationale d’ici la mi-juin.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Simon Jolin-Barrette s’est dit déterminé à faire adopter non seulement le projet de loi sur la laïcité de l’État, mais également le projet de loi sur l’immigration par l’Assemblée nationale d’ici la mi-juin.

Face à des « besoins pressants et immédiats de main-d’oeuvre », le ministre Simon Jolin-Barrette évoque un rehaussement des seuils d’immigration dès l’année prochaine.

Du haut de la tribune du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM), Jolin-Barrette s’est dit déterminé vendredi à accueillir quelque 40 000 immigrants au Québec au cours de l’année 2019, et ce, comme la Coalition avenir Québec l’avait promis en campagne électorale. « On a respecté notre engagement. C’était un pas de recul pour s’assurer de réformer notre système d’immigration, de le moderniser et de l’améliorer », s’est-il justifié devant un parterre de quelque 400 personnes rassemblées dans un hôtel du centre-ville de Montréal pour un déjeuner-causerie.

Cela dit, le ministre de l’Immigration a dit déjà envisager de tirer vers le haut le nombre de nouveaux arrivants admis au Québec.

Dans la Planification pluriannuelle de l’immigration 2020-2022, le gouvernement caquiste « établir[a] la façon dont la hausse graduelle des seuils [d’immigration] s’effectuera au cours des prochaines années », a-t-il annoncé lors du déjeuner-causerie organisé par le CORIM. Les cibles d’immigration des trois prochaines années seront débattues au Parlement, puis fixées par le gouvernement d’ici le 1er novembre prochain.

En plus d’élaborer la Planification pluriannuelle de l’immigration 2020-2022, M. Jolin-Barrette révisera la grille de sélection des travailleurs qualifiés en revoyant les points accordés notamment à la formation, l’expérience professionnelle, l’âge et les connaissances en français des candidats. « Nous voulons qu’elle reflète davantage nos besoins en matière d’immigration en assurant une meilleure adéquation entre les besoins du marché du travail et le profil des candidats », a dit M. Jolin-Barrette deux mois après le dépôt du projet de loi sur l’immigration (projet de loi 9) à l’Assemblée nationale.

Pour l’heure, il s’engage à « faciliter » et à « accélérer » l’admission de travailleurs temporaires au Québec. « Les travailleurs temporaires sont une solution à la « pénurie de main-d’oeuvre qui touche différentes régions du Québec », a-t-il fait valoir. « Nous avons bon espoir que ces personnes-là soient [deviennent des résidents permanents] », a-t-il ajouté. À ses yeux, le ministère de l’Immigration dispose désormais des ressources pour « les franciser, les intégrer ».

Immigration et laïcité : les parlementaires en ont plein les bras

Simon Jolin-Barrette s’est dit déterminé à faire adopter non seulement le projet de loi sur la laïcité de l’État, mais également le projet de loi sur l’immigration par l’Assemblée nationale d’ici la mi-juin. « Si c’était uniquement de ma responsabilité, ce serait déjà fait [pour le projet de loi 9]. Mais vous savez comme le Parlement fonctionne : parfois, il y a de petites difficultés à adopter rapidement [un projet de loi] », a-t-il lancé.

Le jeune trentenaire a soutenu que les membres de l’Assemblée nationale ont l’« obligation de faire avancer » les projets de loi portés à leur attention. Cela dit, il n’a pas osé vendredi accuser ses adversaires libéraux, solidaires et péquistes d’obstruction.

L’examen — article par article — du projet de loi sur l’immigration s’amorcera prochainement devant la commission des relations avec les citoyens. Le projet de loi sur la laïcité de l’État fera pour sa part l’objet de consultations particulières devant une autre commission parlementaire.

« On est à deux mois et demi de la fin de la session. Il serait inopportun pour les collègues de l’opposition officielle, ou même de Québec solidaire, de dire qu’ils vont faire un barrage parlementaire. Nous, on est en démocratie. On travaille en collaboration avec les différents partis politiques. […] Il n’y a pas de raison qu’on ne réussisse pas à travailler ensemble », a dit le leader parlementaire du gouvernement à la presse.

Le hic : les élus de Québec solidaire (QS) veulent, à eux seuls, inviter pas moins de 62 groupes à partager leurs impressions en commission parlementaire sur le projet de loi 21.

Syndicats, commissions, régies, municipalités, avocats, agents correctionnels, services policiers et cadres : le parti a choisi de ratisser large, signe qu’il n’entend pas rendre la tâche du gouvernement facile. Le Devoir a obtenu la liste que les solidaires lui ont soumise plus tôt cette semaine.

« L’idée est de donner la parole aux gens touchés par la loi qui n’ont pas encore été entendus », a expliqué l’attachée de presse de l’aile parlementaire de QS, Simone Lirette.

Cela inclut les organismes qui auront à appliquer la loi, comme la Commission de protection du territoire agricole, la Régie de l’énergie, le Tribunal administratif du travail et l’Alliance des cadres de l’État.

Les trois partis d’opposition ont envoyé leur liste de témoins au gouvernement et attendent une réponse. Le Parti libéral et le Parti québécois ont refusé de la partager. Le gouvernement espère en arriver à un compromis sur le nombre d’invitations.

Le Mouvement laïque québécois a confirmé au Devoir vendredi qu’il sera invité à témoigner par le bureau du ministre Jolin-Barrette. La Fédération des comités de parents a également été invitée, mais elle a décliné, préférant s’abstenir de commenter un projet de loi qui touche les conditions de travail du personnel scolaire.

Le premier ministre, François Legault, a répété à plusieurs reprises qu’il souhaitait que le projet de loi sur la laïcité de l’État soit adopté d’ici la fin des travaux parlementaires pour la relâche estivale le 14 juin… quitte à utiliser le bâillon.

5 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 6 avril 2019 05 h 26

    Le ministre est tout à fait dans l’esprit qui veut le meilleur pour le Québec. Comment peut-on questionner l’intention du ministre ? L’intention, elle est claire et limpide.

    Bravo monsieur le ministre, je suis un péquiste qui n’a pas voté pour la CAQ en octobre dernier. Mais si vous continuez dans ce sens. Vous avez mon appui. Et vous aurez peut-être mon adhésion

  • Alain Roy - Abonné 6 avril 2019 08 h 28

    Soyons clairs

    La loi sur la laïcité est nécessaire pour empêcher le retour en force de la religion en politique, et des dérives des opposants qui, sous couvert de droits de la personne et de supériorité morale, crachent en fait leur mépris des Québécois et veulent pérenniser la sujétion des femmes.

    • Christian Montmarquette - Abonné 6 avril 2019 10 h 18

      Alain Roy,

      "La loi sur la laïcité est nécessaire pour empêcher le retour en force de la religion en politique"-

      Le pouvoir religieux est déjà séparé du pouvoir politique au Québec depuis la Révolution tranquille.

      Cette loi n'est pas une loi sur la laïcité de l'État, c'est une loi sur l'interdiction du port de signes religieux. Une totale insipidité en rapport avec ce que devrait être une véritable loi sur la laïcité où l'État devrait commencer par prêcher par l'exemple avec la fins des subventions aux écoles confessionnelles et la fins des exemptions de taxes aux organismes religieux. Ce que demande Québec solidaire et que ni le PQ, ni la CAQ, ni les libéraux n'ont endossé.

  • Christian Montmarquette - Abonné 6 avril 2019 08 h 45

    Pourquoi en donner plus qu'il n'en fait à une clientèle satisfaite?

    - Notre clientèle xénophobe est déjà très satistafaite avec les entraves à emploi qu’on s’apprête à faire avec la loi 21.
 Je ne vois pas pourquoi on aurait besoin d’écoeurer les immigrants plus longtemps avec une loi pour réduire l’immigration?

  • Michel Lebel - Abonné 6 avril 2019 10 h 57

    Protéger sa base!

    Le gouvernement joue au yoyo avec les seuils d'immigration! Complètement ridicule et irresponsable! Mais il protège ainsi sa base électorale... comme un certain Trump. Rien à ajouter.

    M.L.