Une coalition invite les Québécois à combattre le projet de loi sur la laïcité

Mitchell Brownstein, Anthony Housefather, Elisabeth Prass, William Steinberg et Marvin Rotrand lors de la conférence de presse
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Mitchell Brownstein, Anthony Housefather, Elisabeth Prass, William Steinberg et Marvin Rotrand lors de la conférence de presse

Réunis au sein d’une coalition regroupant notamment des élus de l’ouest de l’île de Montréal, des opposants au projet de loi sur la laïcité misent sur la mobilisation citoyenne pour inciter le gouvernement Legault à faire marche arrière.

La coalition compte dans ses rangs le député fédéral de Mont-Royal, Anthony Housefather, le maire de Côte-Saint-Luc, Mitchell Brownstein, celui d’Hampstead, William Steinberg, le conseiller de la Ville de Montréal Marvin Rotrand ainsi que la présidente de la Commission scolaire English-Montréal, Angela Mancini.

Le groupe d’élus a dénoncé, vendredi, le projet de loi qui, selon eux, contrevient à la Charte des droits et libertés et « institutionnalise la discrimination ».

Pour l’instant, ils n’envisagent pas de s’adresser aux tribunaux pour contester la loi. « Les recours légaux ne peuvent être entrepris tant que la loi n’est pas adoptée », a précisé M. Housefather.

La coalition appelle à la mobilisation et invite les Québécois à exprimer leur opposition lors du « rallye pour la liberté religieuse » qui aura lieu le 14 avril prochain à Côte-Saint-Luc.

Lors de la conférence de presse, qui se tenait à l’hôtel de ville de Côte-Saint-Luc, le maire d’Hampstead, William Steinberg, a eu des mots durs à l’égard du projet de loi : « C’est une tentative pour faire partir ceux qui pratiquent une religion minoritaire, pour ne laisser que les non-croyants et les chrétiens au Québec. C’est un nettoyage ethnique, pas avec un fusil, mais avec une loi. » Anthony Housefather s’est empressé de préciser que les propos de M. Steinberg ne reflétaient pas la position de la coalition. « On est ici pour rassembler. Pas pour diviser », a-t-il dit.

Une loi raciste ?

À l’issue de la conférence de presse, M. Steinberg a précisé que l’évocation d’un nettoyage ethnique ne faisait pas référence à l’utilisation de violence. « Personne de tire sur personne. Personne n’est placé dans des camps de concentration », a-t-il dit. « Mais avec le temps, la province deviendra plus homogène, moins diversifiée et certains groupes seront favorisés aux dépens d’autres groupes. »

Le maire d’Hampstead a aussi qualifié de « raciste » le projet de loi. « Les Québécois ne sont pas racistes. Ce sont des gens raisonnables. Mais le projet de loi est raciste », a-t-il dit.

Le ministre réagit

L’auteur du projet de loi 21, Simon Jolin-Barrette, a déploré les propos tenus par M. Steinberg. « On est capables au Québec de débattre d’une question importante comme celle-là dans le respect de tout un chacun. Alors, des accusations comme celles-ci n’ont pas leur place », a-t-il déclaré en marge d’un déjeuner-causerie au Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM). « Des propos comme ceux-ci ne sont pas acceptables », a-t-il ajouté.

M. Jolin-Barrette a invité le maire d’Hampstead à exprimer sa « divergence d’opinions » notamment sur l’interdiction de port de signes religieux visant les agents de la paix, procureurs, juges ainsi que les directeurs et enseignants des écoles primaires et secondaires publiques apparaissant dans le projet de loi 21 « dans le respect des opinions de tous les Québécois ».

On est capables au Québec de débattre d’une question importante comme celle-là dans le respect de tout un chacun. Alors, des accusations comme celles-ci n’ont pas leur place.

Moins de dix jours après le dépôt du projet de loi sur la laïcité de l’État à l’Assemblée nationale, M. Jolin-Barrette a cru bon de réitérer son « appel au calme [et] à la sérénité » à ceux prenant part au débat. « J’invite tous les acteurs de la société civile ? les élus municipaux, les commissions scolaires ? à faire preuve de modération dans leurs propos parce que dans un dossier comme celui-là, où il y a des sensibilités humaines notamment, il faut faire preuve de pondération », a-t-il dit.

« Les Québécois ne souhaitent pas qu’on se déchire. On souhaite se rassembler. Et on souhaite tourner la page sur le dossier de la laïcité et le dossier du port de signes religieux. Le projet de loi que j’ai déposé, j’en suis fier », a-t-il poursuivi. Le gouvernement caquiste souhaite faire adopter le projet de loi 21 d’ici la mi-juin. « La nation québécoise a le droit et le devoir de légiférer sur cette question-là. »