Plan d'action québécois sur l'immigration - Québec rétablit les allocations à la francisation

En avril dernier, le gouvernement avait suscité un tollé en abolissant les allocations de formation de 121 $ pour les remplacer par une allocation de participation de 30 $. «Il a fallu livrer les compressions et revoir comment améliorer notre offre de service. Quand [le plan d'action] a été prêt, je suis retournée au conseil des ministres et j'ai obtenu les fonds», explique Michelle Courchesne.

Aux 16 millions du Conseil du trésor, dont cinq avaient déjà été annoncés dans le dernier budget Séguin, il faut en ajouter cinq autres provenant des intérêts réalisés à même le capital des immigrants investisseurs, qui s'élève à quatre milliards.

De ces sommes, près de 11 millions seront alloués à la francisation. En plus de réduire les listes d'attente, on compte diversifier l'offre de francisation pour rejoindre les immigrants sur leurs lieux de travail et les femmes de certaines communautés culturelles que la méconnaissance du français risque de confiner à l'isolement. Grâce à Internet, on tentera aussi d'aider les candidats à l'immigration à apprendre le français avant même leur arrivée au pays.

Tel un mantra, la ministre martèle l'importance de mieux intégrer les immigrants sur le marché du travail. Elle veut entre autres assurer un suivi personnalisé, par l'entremise d'un «carnet de route», de la démarche d'insertion professionnelle des immigrants, dès l'étranger et en sol québécois.

Emploi-Québec et le MRCI devraient d'ailleurs annoncer sous peu la conclusion d'une entente de partenariat pour améliorer l'aide à l'emploi offerte aux immigrants. «Les fils n'étaient pas encore attachés», précise-t-on dans l'entourage de la ministre Courchesne.

Le virage emploi commencera dès la sélection des immigrants. Comme Le Devoir l'avait révélé en mars, on révisera la grille de sélection pour favoriser davantage les gens de métier formés dans des secteurs en demande.

«Pour réussir à être sélectionné, la grille est ainsi faite qu'il faut avoir moins de 40 ans et détenir un diplôme universitaire. Ce n'est pas de cela qu'on a besoin en région. Les gens nous disent qu'il manque de travailleurs dans les métiers spécialisés: des soudeurs, des mécaniciens, des opérateurs de machinerie», s'enflamme la ministre. Un autre point sera aussi ajouté à la grille de sélection pour les immigrants qui manifestent le désir de s'établir en région.

Pour inciter les employeurs à embaucher des immigrants, le gouvernement compte mettre en place un programme de subventions salariales, financé à même les intérêts réalisés sur le capital des immigrants investisseurs.

Réactions

Les organismes qui viennent en aide aux immigrants poussent un soupir de soulagement après avoir dénoncé les compressions en francisation mais craignent que le couperet ne tombe sur leurs propres budgets. «Il n'y a pas de perte, pas de gain, on rétablit plus ou moins ce qui avait été coupé en avril», déclare le directeur général de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, Stephan Reichhold.

Saluant les orientations du plan d'action et sa vision transversale, il s'inquiète toutefois de sa mise en oeuvre: «C'est globalement très positif, mais le contexte financier n'est pas réaliste.»

L'opposition péquiste s'étonne quant à elle de voir le ministre Séguin sortir de son chapeau des millions qu'il avait amputés dans le budget. La critique en matière d'immigration et de communautés culturelles, Lucie Papineau, se réjouit par ailleurs du retour des allocations à la francisation: «Ils viennent de racheter leur manque de vision. Ils ont compris le message lancé lors de manifestations tenues partout au Québec, auxquelles ont participé des syndiqués et des immigrants venus revendiquer leur droit au français.»

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