François Legault se porte à la défense de la loi sur la laïcité

Le premier ministre François Legault, lors de son allocution de dimanche
Photo: Capture d'écran Le premier ministre François Legault, lors de son allocution de dimanche

Le gouvernement caquiste agit de manière responsable en mettant en place « des règles claires » pour encadrer la laïcité de l’État, une approche que « souhaite une grande majorité des Québécois », a déclaré dimanche le premier ministre François Legault.

Dans une allocution à ses concitoyens — un exercice rare pour un premier ministre au Québec —, François Legault a fait valoir que « ce projet de loi est modéré, comme le sont les Québécois ».

« Il faut être clair, la laïcité ne va pas à l’encontre de la liberté de religion. Chacun va rester libre de pratiquer la religion de son choix. Mais [il] faut fixer des règles et c’est ça qu’on fait », a expliqué le premier ministre dans un discours d’un peu moins de deux minutes et demie, diffusé à 17 h 30 dimanche.

L’allocution, préenregistrée la semaine dernière, a été diffusée sur le site Internet du premier ministre du Québec et sur sa page Facebook. Il s’agissait de la première prise de parole publique du premier ministre Legault depuis le dépôt, jeudi à l’Assemblée nationale, du projet de loi sur la laïcité de l’État.

Écoutez l'allocution de François Legault


Plusieurs s’attendaient à ce que le premier ministre lance un appel au calme, le dépôt du projet de loi ayant suscité de vives réactions dans la société québécoise. François Legault a plutôt usé de sa tribune pour effectuer un plaidoyer en règle pour appuyer le projet de loi, adoptant un ton qui se voulait rassurant et qui a pris des teintes pédagogiques. Il a insisté sur la nécessité d’agir.

« Au Québec, ça fait longtemps qu’on a décidé de séparer la religion et l’État et ça fait plus de 10 ans qu’on débat des signes religieux. Il est temps de fixer des règles parce qu’au Québec, c’est comme ça qu’on vit », a insisté le premier ministre, assis à un bureau, en s’adressant aux Québécois.

Compromis

François Legault a rappelé que le projet de loi 21 prévoit l’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État en position d’autorité. « C’est une approche qui respecte notre histoire, nos valeurs », a-t-il dit.

Cette interdiction intègre la liste de corps de métier suggérée dans le rapport Bouchard-Taylor : policiers, procureurs, gardiens de prison. À celle-ci, le gouvernement caquiste ajoute les directeurs et enseignants des écoles primaires et secondaires publiques et certains dirigeants d’organismes publics.

Cette interdiction est moins étendue que ce qui avait été proposé par le Parti québécois en 2013 dans sa charte des valeurs, où l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires pour tous les employés d’organismes publics avait été suggérée.

Pour « rassembler le plus de Québécois possible » derrière le projet de loi, le premier ministre Legault rappelle avoir fait un « compromis » en ajoutant une clause de droits acquis. Ainsi, les employés visés par l’interdiction mais qui étaient déjà en poste au moment du dépôt du projet de loi pourront continuer d’afficher un symbole religieux.

Le projet de loi prévoit également que les services publics devront être donnés et reçus à visage découvert.

En livrant son allocution, François Legault a justifié l’utilisation de la disposition de dérogation en affirmant que seront ainsi évitées « de longues batailles juridiques ». « C’est un outil légitime qui a déjà été utilisé par René Lévesque et par Robert Bourassa », a-t-il fait remarquer.

Cette disposition de dérogation, utilisée de manière préventive par le gouvernement Legault, permet de soustraire le projet de loi à d’éventuelles contestations judiciaires.

Ainsi, si le texte devient loi, celle-ci pourra s’appliquer indépendamment de ce qui est prévu dans certains articles de la Charte canadienne des droits et libertés et de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.

Un projet de loi contesté

Depuis jeudi, plusieurs organismes sont montés aux barricades pour dénoncer le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault, qu’ils qualifient de « raciste » et de « dangereux ». Ces organismes ont fait valoir que le projet de loi vise spécifiquement les femmes voilées musulmanes, une minorité qui souffre déjà de discrimination à l’embauche.

Parallèlement au dépôt du projet de loi, jeudi, le gouvernement caquiste a fait adopter une motion afin de retirer le crucifix qui trône depuis 1936 au Salon bleu de l’Assemblée nationale. Celui-ci sera « mis en valeur » ailleurs au parlement. La motion a été acceptée à l’unanimité par les députés.

Le Parti libéral du Québec a déjà annoncé qu’il ne comptait pas appuyer le projet de loi 21 dans sa forme actuelle et demande au gouvernement caquiste de l’assouplir. Le Parti québécois réclame, quant à lui, que l’interdiction du port de signes religieux soit élargie au personnel travaillant dans les centres de la petite enfance (CPE) et les services de garde en milieu scolaire.

Réunis en conseil national samedi, les militants de Québec solidaire ont modifié la position du parti sur la laïcité, rejetant dorénavant toute interdiction de port de signes religieux.

Aucun des partis d’opposition n’a souhaité commenter le discours du premier ministre Legault.

15 commentaires
  • Pierre Beaulieu - Abonné 31 mars 2019 23 h 43

    BRAVO !

    Je n'ai pas voté pour la CAQ, mais concernant ce projet de loi, je sui 100% avec eux.
    M. Legault qualifie la loi de très modérée; plus encore, je dirais que ce n'est qu'une réglementation qui couvre des exceptions, une réglementation qui protège tous les Québécois, incluant ceux qui pourraient avoir à en souffrir.
    Les opposants, à mon avis, souffrent d'intolérance, mais surtout de vision.
    Il n'y a pas de compromis qui puisse aller moins loin.

    • Claude Bariteau - Abonné 1 avril 2019 08 h 30

      Le compromis est une erreur, car la laïcité des employé/e/s de l'État n'a rien à voir avec un statut d'autorité. Pour faire valoir la laïcité, les employé/e/s de l'État ne doivent afficher aucun signe religieux. car ils sont des représentant/e/s de l'État. Aussi les exceptions doivent être bien circonscrites.

      L'approche du PM Legault n’est pas de cet ordre parce qu’il en fait une question enracinée dans le « c'est comme ça qu'on vit au Québec ». Ce faisant, il néglige l'essentiel, à savoir que le principe de la laïcité est demeuré théorique et un temps assez long religieusement permissif à cause de l'ordre monarchiste constitutionnelle au Canda-Uni, au Dominion de 1867 et au Canada de 1931 et 1982.

      Cet ordre crée une séparation des pouvoirs entre la monarchie et le parlement dans une constitution reconnaissant la prépondérance de Dieu et de la royauté dans un État de droit. En 1982, ce cadre n'a pas été changé. Le Canada est demeuré la Couronne qu’il est devenu en 1931 à la différence qu’IL et a institué la prépondérance des droits individuels associés à l'expression de la liberté sur les règles du « vivre ensemble » dans un État de droit.

      Depuis, adopter des règles pour affirmer les prérogatives de l'État du Québec implique de banaliser la prépondérance des droits individuels et du cadre canadien. Seuls les parlementaires peuvent le faire. Et le faire implique à la fois l'affirmation d'une autre prépondérance et l'extraction du Salon bleu des symboles associés à la prépondérance des droits individuels que sont le « trône » et la « masse » portant la couronne et la croix de l'église anglicane.

      S’y refuser est reconnaître le cadre canadien en cherchant à composer, ce qui conduit à des règles qui transforment la laïcité chez les employé/e/s de l’état en des prérogatives circonstancielles alors qu’il importe d’affirmer clairement une règle pour tous les employé/e/s des institutions financées par les Québécois/e/s. C’est élémentaire.

  • Michel Lebel - Abonné 1 avril 2019 06 h 23

    Papa Legault!


    Le style papa Legault parle à ses petits enfants n'est pas ma ''tasse de thé''. Tout n'est ici que pétition de principe, sans justification réelle. Bref, un belle manifestation de pauvreté intellectuelle, dont je ne suis pas surpris. Le syle c'est l'homme.

    M.L.

    • Marcel Vachon - Abonné 1 avril 2019 08 h 34

      Bonjour Michel. Notre premier ministre dit ce qu'il a à dire, sans détour. Il a l'âge qu'il a et n'est pas le style à porter la casquette à l'envers pour faire semblant qu'il est "cool". Quand tu auras son âge, je souhaite que les jeunes de ton âge actuel te respecte dans tes opinions et ton style.
      Nonne journée Michel.

    • David Cormier - Abonné 1 avril 2019 09 h 21

      Préfériez-vous Papa Couillard, M. Lebel, qui nous faisait constamment la leçon et prétendait même nous avoir sauvés?

    • Michel Lebel - Abonné 1 avril 2019 11 h 10


      @ Marcel Vachon,

      Je suis hélas... plus âgé que Papa Legault! Que voulez-vous, je n'aime ni le populisme ni le paternalisme. Comme le ''cheuf'' l'a dit comme justification non négociable de son projet: ''parce que c'est comme ça qu'on vit au Québec''. Woh! Toute une justification! Sous-entendu, si vous n'êtes pas content, sacrez le camp! Et dire que le premier ministre veut une débat respectueux et modéré! Tout un rigolo ce François Legault!

      M.L.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 1 avril 2019 07 h 14

    … d’esprit et de corps !

    « Au Québec, ça fait longtemps qu’on a décidé de séparer la religion et l’État et ça fait plus de 10 ans qu’on débat des signes religieux. Il est temps de fixer des règles parce qu’au Québec, c’est comme ça qu’on vit » (François Legault, Premier ministre, CAQ)

    De cette citation, une douceur :

    Si c’est « comme ça » que vit le Québec lorsqu’on cherche à fixer des règles de jeu entourant des sujets difficiles ou épineux, ce peut-il que ce sera aussi « comme ça » (A) que se réalisera l’Indépendance du Québec du Canada (ce pays si loin et si proche de nulle part) ?

    Ça fait longtemps, très longtemps, qu’on en parle …

    … d’esprit et de corps ! - 1 avril 2019 –

    A : Fixation de Règles de Jeu à la québécoise.

  • Dianne Mailhot - Inscrite 1 avril 2019 08 h 15

    Bravo Mr. Legault

    Enfin un premier ministre solide à l'écoute de ses concitoyens, qu'il soit la tasse de thé ou pas de certain, au moins il agit, ce qui nous permettra finalement de passer à autre chose. Encore une fois Bravo.

  • Réal Boivin - Abonné 1 avril 2019 08 h 50

    JE SOUTIENS LE GOUVERNEMENT.

    Comme tous les québécois j'aurais quelque chose à redire sur le projet de loi sur la laïcité de l'état. Mais je suis aussi conscient qu'il est utopique de croire que de changer la moindre virgule contenterait un plus grand nombre de personne. Pour certaines personnes, critiquer est une profession à temps plein. Ce projet de loi est le meilleur que tous et toutes pouvaient espérer. Croyants et non-croyants savent maintenant à quoi s'en tenir. N'oublions pas que personne ne détient la vérité.