Les immigrants en région ne sont pas juste des travailleurs

Avec les nombreuses pénuries de main-d’oeuvre en région, le gouvernement du Québec souhaite plus que jamais attirer davantage d’immigrants loin des grands centres.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Avec les nombreuses pénuries de main-d’oeuvre en région, le gouvernement du Québec souhaite plus que jamais attirer davantage d’immigrants loin des grands centres.

La régionalisation de l’immigration promue par le gouvernement est condamnée à l’échec si on continue de ne voir dans les immigrants que des travailleurs, plaide une experte dans le domaine.

« On en parle depuis 25 ans au Québec. De nombreuses études ont été faites là-dessus par moi et d’autres collègues, et on est à peu près tous d’accord sur le fait qu’on ne peut pas prendre en compte uniquement la question du travail et l’emploi, fait valoir Michèle Vatz-Laaroussi. Il faut tenir compte des besoins des enfants qui vont à l’école, de leur participation à la vie sociale, etc. » L’accès à des moyens de transport, les services de santé, tout compte ; il faut y penser aussi, poursuit la chercheuse. « Il ne faut pas se fixer sur l’arbre, mais sur la forêt dans son ensemble. »

Professeure à l’Université de Sherbrooke, Mme Laaroussi est une spécialiste reconnue des politiques de régionalisation de l’immigration. Elle doit présenter vendredi la conférence d’ouverture de la seconde journée, intitulée « La régionalisation de l’immigration au Québec : tout le monde en parle… et alors ? », du Forum régionalisation de l’immigration au Québec — Pratiques, enjeux et vecteurs de réussite sur le sujet à Montréal, à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Avec les nombreuses pénuries de main-d’oeuvre en région, le gouvernement du Québec souhaite plus que jamais attirer davantage d’immigrants loin des grands centres.

Or, malgré les efforts des dernières années pour attirer les nouveaux arrivants en région, 75 % d’entre eux s’installent dans la métropole. Lorsqu’on inclut Longueuil, Laval et la région de Québec, la proportion passe à 90 %.

Désormais, le ministre Simon Jolin-Barrette souhaite que les nouveaux arrivants s’installent directement en région à leur arrivée au Québec grâce au nouveau système de sélection. Dans le dernier budget, 730 millions sur cinq ans seront investis dans un « parcours personnalisé » pour permettre aux immigrants d’avoir une « intégration réussie ». On ignore toutefois encore comment cela va se déployer sur le terrain.

Tout en saluant l’effort, Mme Vatz-Laaroussi prévient qu’il faudra aussi « préparer » les milieux où ces personnes vont s’établir. « Pas juste les employeurs et les organismes d’accueil, mais aussi les municipalités, les élus, les services, etc. », dit-elle. C’est nécessaire pour non seulement attirer, mais « aussi retenir » les travailleurs issus de l’immigration, souligne la chercheuse.

Progrès en vue ?

L’organisateur du Forum, Delfino Campanile, plaide qu’on fait des progrès. L’organisme qu’il dirige, PROMIS (pour PROMotion, Intégration, Société nouvelle), a créé un site Web (https://emploisenregions.ca) reliant immigrants et emplois qui est « très performant », dit-il. Le site affiche des emplois et offre aux personnes intéressées des services d’accompagnement gratuits pour les y préparer.

Ces derniers mois, 635 ménages ont ainsi été « placés » en région, mais l’organisme s’est donné pour cible d’en placer 1100. « Pour certains, aller vivre en région, travailler en région et même développer des projets d’entreprise en région, c’est une avenue qui peut être très intéressante », note M. Campanile.

Qui sont-ils ? Où vont-ils travailler ? Le directeur de PROMIS donne l’exemple de Kamal qui a été embauché comme technicien en administration dans un établissement de santé de la Côte-Nord, de Prisca qui travaille en génie civil en Abitibi, ou encore de Marie qui oeuvre désormais comme préposée aux bénéficiaires dans Chaudière-Appalaches. Tous venaient de la région de Montréal.

« Pour nous, ça ne fait que commencer, assure-t-il. La main-d’oeuvre immigrante, elle est disponible, elle est intéressée. Il faut juste qu’ils y trouvent leur compte. »