Choc des générations au Parti québécois

Le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé

Le clivage entre deux générations de militants était palpable lors des débats au Conseil national du Parti québécois (PQ), dimanche à Trois-Rivières, alors que la formation se lance dans un vaste exercice de refondation.

Alors que les millénariaux demandaient un quota de délégués de moins de 40 ans pour le congrès extraordinaire qui doit avoir lieu en novembre, de nombreux baby-boomers ont senti qu’on tentait de leur montrer la porte.

« Autant euthanasier les vieilles sacoches », a assené le militant Marc Laviolette, bien connu dans les rangs péquistes, lors d’une intervention au micro.

« Là, je suis fâché de me rendre compte que le Parti québécois va faire de l’âgisme », s’est exclamé un autre militant, de 63 ans.

« Les jeunes, venez donc en recruter d’autres avant de nous dire de nous en aller », a affirmé une militante en se plaignant que les jeunes n’avaient jamais le temps de participer aux activités de financement de circonscription à l’exception des 5 à 7.

Le Comité national des jeunes du PQ (CNJPQ) avait proposé que la moitié des délégués de circonscriptions pour le congrès de refondation en novembre, soit deux sur quatre, aient moins de 40 ans. Leur proposition a été battue. Ce sera un délégué sur quatre de 30 ans ou moins qui pourra assister à ce congrès extraordinaire.

« Ce n’est pas ce qu’on fait, de l’âgisme, c’est vraiment pas ce qu’on fait », s’est défendu la présidente du CNJPQ, Frédérique St-Jean, entourée de quelques dizaines de jeunes et des députés Sylvain Gaudreault, Véronique Hivon et Harold LeBel.

« Le poids des membres en ce moment au Parti québécois n’est pas représentatif de la population, a-t-elle continué. On ne peut pas le nier. »

Elle a ajouté que son objectif était « d’additionner » des membres de la nouvelle génération à celles qui la précèdent.

Le député LeBel, qui s’est prononcé contre la résolution du CNJPQ, a tenté de combler ce fossé intergénérationnel.

« On ne commencera pas un débat entre les générations, a-t-il plaidé au micro. Les aînés sont importants, ces jeunes-là sont importants. »

Alléger la structure

Les jeunes veulent alléger la structure militante du PQ, qu’ils jugent trop lourde. Leur comité a tout de même réussi à se tailler une place exclusive au congrès de refondation en faisant adopter trois autres résolutions, soit de donner le droit de parole à des sympathisants qui ne sont pas membres du parti, de soumettre des propositions issues de la société civile et recueillies grâce à « une plateforme Web interactive » et de permettre à chaque instance régionale de présenter une proposition, ce qui porte le nombre total de propositions de l’aile jeunesse à 28.

« Ce qu’ils ont réussi à faire là, on n’a jamais vu ça dans le passé au Parti québécois, a affirmé Harold LeBel en mêlée de presse. Faire parler des non-membres dans une assemblée et même leur permettre d’amener des résolutions sur le plancher, je vais vous dire, c’est toute une avancée. »

Le congrès avait débuté sur une fausse note samedi quand Félix Pelletier-Belzile, l’un des 28 signataires d’une lettre d’appui à la députée Catherine Fournier, s’est retiré du CNJPQ parce qu’il estimait que le processus de refondation était mené par la direction du parti et non les militants.

Mme Fournier, élue sous la bannière péquiste dans Marie-Victorin, avait quitté la formation avec fracas quelques jours plus tôt pour siéger comme indépendante en affirmant que le PQ était « devenu perdant ».

Des jeunes se rallient

Certains des signataires de la lettre, sceptiques au début du Conseil national, ont fini par se rallier à leur parti.

« Les gens qui reviennent, ça fait moins de bruit qu’une porte qui claque, mais on est aussi contents », s’est réjoui le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé.

Les 350 délégués au Conseil national, qui étaient réunis au Centre des congrès de Trois-Rivières, avaient adopté la veille en huis clos le plan d’action proposé par l’exécutif pour la refondation de leur parti. « Tout sera sur la table hormis l’indépendance » pour cet exercice similaire à celui du Bloc québécois. Il s’amorcera par divers chantiers dès la mi-avril et culminera en novembre par un congrès extraordinaire. Les militants devront alors adopter un nouveau texte fondateur qui définira les « priorités du parti » et décider de quelle façon ils veulent modifier leurs façons de faire. Un nouveau logo et le slogan « Le Québec change. Nous aussi », qui seront utilisés exclusivement pour cette démarche, ont été dévoilés dimanche.

Le congrès de refondation devrait également mettre la table pour une course à la direction en 2020, qui permettra aux militants de se choisir un nouveau chef deux ans avant la prochaine élection québécoise. Les députés Sylvain Gaudreault et Véronique Hivon, qui ont appuyé l’aile jeunesse tout au long du Conseil national, songent tous deux à se lancer.

Le Parti québécois a connu une défaite historique en octobre en faisant élire seulement dix députés, soit autant que Québec solidaire. Avec le départ de Catherine Fournier, et donc un député de moins, le PQ a perdu son titre de deuxième opposition à l’Assemblée nationale. Les députés péquistes se retrouvent désormais derrière les solidaires, qui ont préséance pour les questions et le temps de parole lors des débats au Salon bleu.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

9 commentaires
  • Gilbert Talbot - Abonné 25 mars 2019 03 h 20

    Retour de la convergence des idées?

    Où s'en va le PQ? En ouvrant la porte aux non-membres et en permettant à des groupes de la société civile d'amener des propositions à leur Congrès les militants du PQ ne prennent-ils pas le risque de se faire noyauter par des militants d'autres partis? En particulier d'autres partis indépendantistes comme QS? NE serait-ce pas là une autre voie pour ramener la convergence des idées, sinon des partis, sur le chemin commun de l'indépendance?

  • Pierre Samuel - Abonné 25 mars 2019 05 h 54

    Le Québec de demain ...

    Même au bord du gouffre, le PQ est encore en voie de faire la preuve qu'il demeure essentiellement le < parti d'une génération > : celui des babyboomers !

    A titre d'ex-membre issu de l'époque du MSA de René Lévesque, ce mouvement fondateur, je crois parfaitement que si ce parti est véritablement sincère dans sa vaste entreprise de < refondation > : Place aux jeunes !

    A défaut d'une sérieuse prise de conscience face aux échecs répétés de la génération première, ce parti qui fut tout de même en son temps le plus prestigieux que le Québec n'ait connu, poursuivra son déclin vers les limbes de l'Histoire à l'instar de l'Union Nationale de Maurice Duplessis !

    • Claude Bariteau - Abonné 25 mars 2019 09 h 29

      Le Congrès a porté à l'évidence sur l'adoption de règles pour le Congrès extraordinaire de novembre du PQ.

      Mise à part l'affirmation que tout est en jeu sauf l'indépendance, rien n'a transpiré autre qu’un délégué sur quatre aura moins de 30 ans, que des propositions pourront venir de personnes et de groupes extérieurs du PQ et que les délégués décideront à la majorité.

      C'est peu, mais c'est ça. L'important est à venir.

      Entre autres, devraient être écartées trois idées.

      La première est le concept de « nation préexistante » associée à une perspective de souveraineté à la hausse pour renflouer le statut au Québec des « Canadien/ne/s français/es » conçu/e/s une « nation préexistante ». Faire de l’indépendance le socle du PQ, ça implique de la concevoir celle de tous les habitants du Québec. Parce que c’est incontournable, il importe d’éjecter cette idée parce qu’elle éloigne du projet de pays des habitants qui veulent en être sur une base égalitaire dans une démocratie de citoyens et de citoyennes et non d’ayants droits associés au passé.

      La deuxième est une conséquence de cet élagage : mettre au point une approche qui rejoint tous les habitants du Québec et les intégrer à la marche vers l’indépendance. C’est aussi incontournable. Dans cet esprit, il importe que le Congrès extraordinaire débatte et adopte des propositions en ce sens. S’il ne le fait pas, je vois mal comment le PQ pourra parler sérieusement d’indépendance à l’ensemble des habitants du Québec.

      La troisième idée : le référendum, outil piégé depuis 2000 par le Gouvernement canadien. Il existe d’autres approches. L’élection référendaire n’en est pas une. Par contre, une élection décisionnelle l’est. L’élection de 1962 sur la nationalisation de l’électricité en fut une. Il faut y recourir comme l’ont fait les Catalans.

      Si le PQ écarte ces biais actuels, il sera en mesure de convaincre en autant qu’il précise les contours du pays du Québec

  • Denis Paquette - Abonné 25 mars 2019 06 h 46

    et oui le monde est l'histoire de générations qui se succèdent magré les réticences de ceux qui ne veulent pas mourir

    UNE NOUVELLE GÉNÉRATION N'EST -ELLE PAS un signe d'une nouvelle vitalitée et ce malgré les réticences des génération précédentes enfin il faudrait peut être leur enseignerque l'histoire du monde est l'histoire de générations qui se succedent

  • Brian Monast - Abonné 25 mars 2019 08 h 01

    Jeunesse et lumière

    Drôle d'idée de penser que, parce qu'il y a 50% de (plus) jeunes dans une population, il devrait y avoir 50% de (plus) jeunes au pouvoir. À chacun son tour de vieillir. Il ne me paraît pas si insensé de penser que c'est en vieillissant qu'on atteint les postes de reponsabilité. Jeunes, vos idées sont brillantes? Imaginer si elles peuvent murir encore vingt ans. Ou est-ce dans vos plans de devenir moins clairs, en avançant en âge? Du reste, il n'y a pas de quota en faveur des plus âgés. C'est le quota en faveur des plus jeunes qui pourrait être problématique, en principe.

  • Normand Bélair-Plessis - Inscrit 25 mars 2019 12 h 20

    Le refus

    Quelle tristesse de voir ce parti encore une fois, tirer vers le bas. Je suis baby boomerang et OUI je cède ma place! Oui au renouvellement ! Pas encore un autre oui, mais! Oui, assurez la releve! Les vieux croûtons, voulez-vous bien vous tasser du chemin. Vous êtes un entrave à un second souffle ! Ma foi, y-t-il tant à perde, au point où est rendu le parti? Franchement!