Le Parti québécois se lance dans un chantier de refondation

Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, espère que ce chantier réussira à convaincre les sceptiques que le meilleur véhicule pour l’indépendance demeure le PQ.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le chef du Parti québécois, Pascal Bérubé, espère que ce chantier réussira à convaincre les sceptiques que le meilleur véhicule pour l’indépendance demeure le PQ.
Les dissidences ont fini par se dissiper à l’issue de la première journée du Conseil national du Parti québécois (PQ) samedi, si bien que le plan d’action proposé pour sa refondation a été adopté à l’unanimité par les 350 délégués lors d’un huis clos.

« Ce que ça nous permet [de faire] c’est de prendre nos statuts, de les mettre dans la poubelle, puis de recommencer», a décrit la présidente de l’aile jeunesse de la formation, Frédérique St-Jean.

Une vingtaine de jeunes péquistes sont sortis de la salle pour s’adresser aux médias durant le vote afin de bien signaler qu’ils appuyaient cette démarche. Certains d’entre eux avaient pourtant exprimé leur scepticisme en matinée.

« On a besoin d’avoir des statuts qui sont plus flexibles, qui laissent de la place à la créativité, un souffle pour ne pas avoir des instances qui sont très procédurales, très lourdes », a ajouté Mme St-Jean.

La journée avait pourtant commencé avec le retrait d’un membre de l’exécutif du Comité national des jeunes du Parti Québécois (CNJPQ) qui estimait que le processus de refondation était téléguidé par la direction du parti et non par la base.

Félix Pelletier-Belzile a démissionné à la suite d’une réunion avec des membres de l’exécutif et le chef intérimaire Pascal Bérubé qui s’était déroulée vendredi soir. Il était membre de l’exécutif seulement depuis la fin de février.

« On sent qu’il y a déjà une volonté de nous amener où ils ont déjà décidé de nous amener », avait-il dit dans un point de presse sur place au Centre des congrès de Trois-Rivières.

Le chef péquiste ne s’en est pas formalisé. « Je respecte l’ensemble des militants, mais je ne vais pas m’attarder à des faits divers », a affirmé M. Bérubé en entrevue au Devoir.

« Une personne qui quitte quand je sais qu’il y en a 20 qui n’étaient pas au Parti québécois qui sont entrées aujourd’hui, il faut relativiser », s’est-il expliqué.

Il espère tout de même que l’exercice dans lequel son parti s’engage réussira à convaincre les sceptiques que le meilleur véhicule pour l’indépendance demeure le Parti québécois.

« Nous, ce qu’on veut c’est créer de l’adhésion, a-t-il affirmé. Il y a deux choix : on peut par toutes sortes de façons créer de l’attention, ça, c’est relativement facile […], mais créer de l’adhésion, c’est plus solide, puis c’est plus porteur pour la suite. Donc, on veut créer de l’adhésion et du désir pour le projet d’indépendance. »

Il espère que le PQ trouvera le moyen d’ancrer sa raison d’être dans le quotidien des gens pour le rendre concret.

L’exercice de refondation, similaire à celui du Bloc québécois, commencera par divers chantiers dès la mi-avril. Il culminera en novembre par un congrès extraordinaire où les militants devront adopter un nouveau texte fondateur pour « faire état des priorités du parti » et décider de quelle façon ils veulent alléger la structure.

Le congrès de refondation devrait également mettre la table pour une course à la direction en 2020 qui permettra aux militants de se choisir un nouveau chef deux ans avant la prochaine élection québécoise.

Pour l’ex-députée de Champlain, Noëlla Champagne, l’heure est à la reconstruction. Il ne s’agit pas de tout raser. « Plus quelqu’un va me fouetter, meilleure je vais être, a-t-elle déclaré en mêlée de presse. Si tu m’attaques, je vais rebondir. »

Dur constat
Deux membres du parti, Jocelyn Caron et Alexis Gagné-Lebrun, avaient souligné plus tôt dans la journée l’incohérence des prises de positions du parti au cours des dernières années. Leur présentation a été écoutée avec attention par les délégués.

Ils leur ont notamment fait remarquer qu’ils avaient en moins de deux ans choisi un chef très indépendantiste, Pierre Karl Péladeau, puis un autre qui repoussait un éventuel référendum dans un deuxième mandat, Jean-François Lisée.

Ils ont également, exemples à l’appui, souligné les hésitations du PQ concernant l’enjeu des hydrocarbures, le choix d’autoriser l’exploration sur l’île d’Anticosti par le gouvernement Marois, ou encore l’opposition au pipeline Énergie Est, qui avait été remise en question par le chef Pierre Karl Péladeau.

« Donc qui sommes-nous ? Si on veut le dire clairement aux Québécois, il faudrait le savoir nous-mêmes », a résumé Jocelyn Caron en s’adressant aux délégués.

Rescapé d’une défaite historique en octobre avec seulement 10 députés, à égalité avec Québec solidaire (QS), le PQ a encaissé un autre coup dur, il y a deux semaines, quand sa députée de Marie-Victorin, Catherine Fournier, pourtant réélue en octobre sous sa bannière, a claqué la porte pour siéger à titre d’indépendante.

Par une décision de la présidence de l’Assemblée nationale, le PQ a perdu son titre de deuxième opposition, derrière le Parti libéral, pour devenir troisième opposition, derrière QS, qui a donc préséance pour ses questions et son temps de parole.

- Avec La Presse canadienne

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