Une aile impatiente pourrait faire défection au PQ faute de réforme

Ce Conseil national devait s’inscrire dans une volonté de tout mettre sur la table pour débattre, après la défaite historique d’octobre et le départ de la députée Catherine Fournier il y a deux semaines.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Ce Conseil national devait s’inscrire dans une volonté de tout mettre sur la table pour débattre, après la défaite historique d’octobre et le départ de la députée Catherine Fournier il y a deux semaines.

Une aile impatiente se dessine au Parti québécois (PQ): elle pourrait faire défection si la refonte attendue ne se concrétise pas dimanche.

 

Au Conseil national de la formation à Trois-Rivières, un jeune péquiste a annoncé sa démission de l’exécutif de la commission jeunesse samedi matin et d’autres jeunes ont exprimé leur scepticisme sur la profonde transformation que promet la direction du PQ, à la suite de la défaite historique d’octobre et de la défection de la députée Catherine Fournier, il y a deux semaines.

 

Une nouvelle feuille de route doit être proposée au terme d’un débat ouvert où tout est sur la table, sauf l’indépendance. La direction du parti promet de faire plus de place aux jeunes, notamment dans le cadre d’un congrès extraordinaire l’automne prochain, mais les doutes persistent.

 

Tommy Hurteau, ex-représentant des jeunes péquistes dans Ungava, s’est demandé si les jeunes sont encore écoutés au PQ.

 

«Le PQ ne semble plus être le véhicule porteur, a-t-il dit dans une mêlée de presse. Si les changements ne sont pas là, malheureusement, il y aura une grande réflexion à faire: est-ce qu’on reste ou non?»

 

«On voit très bien que ça ne marche pas, ce n’est pas en faisant un congrès spécial que ça va régler les choses», a dit le président sortant de l’association de circonscription de Saint-Jérôme, Marc-Olivier Neveu, plutôt sceptique devant cette énième tentative de réforme.

 

«Pourquoi la cinquième fois serait-elle la bonne?»

 

La direction du PQ a proposé une feuille de route et tout est sur la table pour la reconstruction, mais un membre de l’exécutif de la commission jeunesse a démissionné, estimant que le processus de refondation est téléguidé par la direction du parti et non par la base.

 

Félix Pelletier-Belzile a démissionné à la suite d’une réunion avec des membres de l’exécutif et le chef intérimaire Pascal Bérubé qui s’est déroulée vendredi soir. Il était membre de l’exécutif seulement depuis la fin de février.

 

«On sent qu’il y a déjà une volonté de nous amener où ils ont déjà décidé de nous amener», a-t-il dit dans un point de presse.

 

La présidente de l’aile jeunesse du PQ, Frédérique Saint-Jean, n’a pas mis de gants blancs. Il y a un fossé générationnel, mais il est possible de rallier les dissidents si le parti change ses méthodes, peut-être même son nom.

 

«Une fois qu’on va être franc avec les Québécois, qu’on va arrêter de jouer avec l’électoralisme, je pense qu’on va regagner la confiance et les gens vont voir que le processus est réel.»

 

En mêlée de presse, le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a pour sa part laissé entendre que la feuille de route proposée est un point de départ dans la discussion.

 

«On est là pour en discuter, pour entendre toutes les suggestions, les recommandations», a-t-il déclaré.

 

Les anciens élus péquistes sont également invités pour en débattre. Selon l’ex-députée de Champlain, Noëlla Champagne, l’heure est à la reconstruction: il ne s’agit pas de tout raser, et c’est dans l’adversité que le PQ pourra mieux rebondir.

 

«Plus quelqu’un va me fouetter, meilleure je vais être, a-t-elle déclaré en mêlée de presse. Si tu m’attaques, je vais rebondir.»


Un constat dur

Incohérence, louvoiements, choix difficiles: deux représentants, Jocelyn Caron et Alexis Gagné-Lebrun, ont par ailleurs dressé un dur constat des dernières années du PQ, devant les 350 délégués attentifs.

 

Ils leur ont notamment fait remarquer qu’ils avaient en moins de deux ans choisi un chef très indépendantiste, Pierre Karl Péladeau, puis un autre qui repoussait un éventuel référendum dans un deuxième mandat, Jean-François Lisée.

 

Ils ont également, exemples à l’appui, souligné les hésitations du PQ concernant l’enjeu des hydrocarbures, le choix d’autoriser l’exploration sur l’île d’Anticosti par le gouvernement Marois, ou encore l’opposition au pipe-line Énergie Est, qui avait remise en question par le chef Pierre-Karl Péladeau.

 

«Donc qui sommes-nous? Si on veut le dire clairement aux Québécois, il faudrait le savoir nous-mêmes», a résumé Jocelyn Caron en s’adressant aux délégués.

 

Ils ont aussi rappelé que le PQ se fait encore reprocher les fusions municipales du début des années 2000, les compressions et les mises à la retraite dans les services de santé à la fin des années 1990, et même la réduction des salaires des employés de l’État au début des années 1980.

 

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