Le PLQ doit retisser des liens avec les Québécois

Linda Caron a été désignée nouvelle présidente par les membres de la direction du Parti libéral du Québec, mardi dernier, afin de succéder à Antoine Atallah.
Photo: Parti libéral du Québec Linda Caron a été désignée nouvelle présidente par les membres de la direction du Parti libéral du Québec, mardi dernier, afin de succéder à Antoine Atallah.

La nouvelle présidente du Parti libéral du Québec, Linda Caron, cherche à prévenir une « montréalisation » de l’action politique des 29 députés formant l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.

Pour y arriver, elle les incite à renouer le dialogue avec les électeurs des régions, qui ont repoussé brutalement le PLQ lors des dernières élections générales. « Ça va être important pour nous d’aller consulter la population dans les régions, d’être plus proches du terrain, d’être vraiment à l’écoute des gens pour nous reconnecter avec la population en général », insiste-t-elle dans un entretien avec Le Devoir.

L’ex-présidente de la commission politique leur demande de lui prêter main-forte pour définir « les enjeux qui touchent les gens » et avancer des propositions qui sauront « les ramener au Parti libéral ».

Défi de taille. Grâce à un appui non négligeable d’électeurs de l’île de Montréal, le PLQ recueille 21 % des intentions de vote québécoises, selon un sondage Léger publié dans Le Journal de Montréal il y a une semaine. Chez les francophones, le parti politique gît au fond du classement derrière la Coalition avenir Québec, le Parti québécois et Québec solidaire. C’est qu’à peine un francophone sur dix appuie le PLQ. « C’est maintenant le “Liberal Party de Montréal” », a lancé Jean-Marc Léger au Journal.

Oui, il y a Sébastien Proulx à Québec. Oui, il y a André Fortin et Maryse Gaudreault en Outaouais. Il reste que le groupe parlementaire libéral est dominé par vingt-six députés établis dans la région métropolitaine : dix-neuf à Montréal, quatre à Laval et trois en Montérégie. Ils sont exposés aux mêmes bulletins de nouvelles régionales et aux mêmes émissions de radio matinales, fait remarquer un stratège libéral.

Le prisme montréalais

Les risques de voir les enjeux de société soulevés à l’Assemblée nationale vus par les élus libéraux à travers le prisme de la région métropolitaine sont réels. « C’est ce qu’on veut éviter par les consultations en région », affirme Mme Caron, à quelques jours du dépôt attendu du projet de loi sur la laïcité à l’Assemblée nationale.

Ça va être important pour nous d’aller consulter la population dans les régions, d’être plus proches du terrain, d’être vraiment à l’écoute des gens pour nous reconnecter avec la population en général 

Le PLQ pourrait-il reconsidérer sa position sur l’interdiction du port de signes religieux aux agents de l’État détenant un pouvoir de coercition (policiers, procureurs, juges, gardiens de prison) afin de l’arrimer à celle de la grande majorité des francophones ? Le caucus du PLQ réagit aux différentes initiatives du gouvernement de la Coalition avenir Québec comme il l’entend, explique Mme Caron. « Nous proposons, mais les élus disposent. […] L’objectif, c’est de travailler en collaboration avec toutes les instances du parti et, aussi, l’aile parlementaire. Dans un monde idéal, tout le monde pense la même chose… mais il y a la réalité », fait-elle savoir au Devoir.

Dans la « réalité », la direction du parti se réserve le droit d’intervenir au besoin. « S’il y a un trop gros clash entre la position des militants et celle des élus, c’est sûr qu’à un moment donné, on va se parler », ajoute le directeur général du PLQ, Sylvain Langis.

Questions en suspens

Mme Caron a été désignée par les membres de la direction mardi dernier afin de succéder à Antoine Atallah, qui a démissionné au début du mois sur fond de grogne. La désignation de la « bénévole exemplaire » a obtenu un « consensus », a expliqué le chef intérimaire Pierre Arcand cette semaine.

Inconnue du grand public, la nouvelle présidente du PLQ s’est présentée le lendemain au parlement, où elle a été accueillie comme une vedette populaire. Sous les projecteurs des caméras, les députés libéraux tout sourire lui ont fait la bise à tour de rôle. Le personnel politique applaudissait chaleureusement. Une fois les journalistes hors de la salle, les effusions de joie ont cessé net.

Au Parti québécois, il est question de « refondation » ; au PLQ, de « reconstruction ». « Il faut vraiment se reconstruire », dit Mme Caron, sonnant la fin du bilan. « L’heure des bilans, c’est fini. »

Le hic : près de six mois après le scrutin, Linda Caron s’explique toujours mal les causes précises de la désaffection des électeurs francophones. « Il y avait probablement plus d’une cause. Quelles sont-elles ? Ce n’est pas toujours facile de les déterminer exactement. C’est ce que j’aimerais bien qu’on réussisse à trouver lors de nos consultations », dit-ùelle.

Le parti de qui ?

Elle-même candidate malheureuse dans Vachon, Mme Caron montre du doigt des ratés dans la campagne menée par l’équipe de Philippe Couillard l’été dernier. Le thème de l’environnement a été occulté, avance-t-elle. « On n’en a pas assez parlé. »

La « stratégie de communication au compte-gouttes » privilégiée durant la campagne électorale de 39 jours s’est avérée un échec, selon Mme Caron. « On a retenu beaucoup de petites mesures dans notre programme qui ne se communiquaient peut-être pas aussi facilement que si on avait choisi un ou deux enjeux principaux », mentionne-t-elle.

L’effondrement du vote libéral (–756 034 votes ou –17 points de pourcentage par rapport à 2014) se traduit par une baisse du financement public annuel de 1,5 million de dollars du PLQ. « La démocratie a parlé le 1er octobre », dit Mme Caron, avant d’ajouter : « Il faut travailler avec les moyens qu’on a. »

À l’instar du PQ, le PLQ devra engloutir des sommes importantes dans l’organisation d’une course à la chefferie, puis la préparation de la campagne électorale de 2022.

Après avoir pris connaissance de l’avis de ses 125 associations de circonscription, le conseil de direction déterminera le calendrier de la course à la direction du parti. Il dévoilera les modalités aux délégués qui participeront au prochain conseil général, le 4 mai prochain, à Montréal. Contrairement aux péquistes, ces derniers n’auront pas à entériner le plan de match élaboré par les bonzes du parti.

Au terme de cette course, le parti politique de Jean Lesage, Robert Bourassa, Jean Charest et Philippe Couillard deviendra le parti de Dominique Anglade, André Fortin, Marwah Rizqy… ou d’un autre leader politique. « Un nouveau chef voudra-t-il ou voudra-t-elle prioriser certains éléments [de programme] ? C’est fort possible. Il faut attendre de voir ce que cette personne-là voudra faire », conclut M. Langis.