Des hôpitaux mal en point

La ministre mise sur une entente «imminente» avec la Fédération des médecins spécialistes, qui garantira la venue de chirurgiens dans les hôpitaux ruraux lorsqu’on manquera de spécialistes sur place.
Photo: iStock La ministre mise sur une entente «imminente» avec la Fédération des médecins spécialistes, qui garantira la venue de chirurgiens dans les hôpitaux ruraux lorsqu’on manquera de spécialistes sur place.

La ministre de la Santé du Québec, Danielle McCann, fait face à plusieurs problèmes à régler en même temps en région. Elle se prépare notamment à dépêcher d’urgence des infirmières en Abitibi pour empêcher que des femmes enceintes n’accouchent sur la route séparant La Sarre de Rouyn-Noranda, le service d’obstétrique ayant été fermé dans leur municipalité.

« C’est une situation à laquelle on doit remédier rapidement », a expliqué la ministre McCann en entrevue vendredi, en parlant d’une « mesure d’urgence ». « Dans les prochains jours, nous allons pouvoir déployer des infirmières formées en obstétrique qui vont pouvoir rouvrir le service de natalité. »

Le 21 février dernier, le manque d’infirmières en gynécologie à l’Hôpital de La Sarre a entraîné la fermeture du service d’obstétrique, forçant les femmes enceintes de la ville à faire une heure de route pour aller accoucher à Rouyn-Noranda ou à Amos. La Sarre compte 8000 habitants et plus de 100 femmes enceintes de plus de 20 semaines.

Au début du mois de mars, une femme a même dû accoucher sur une civière à l’urgence de l’Hôpital de La Sarre sans obstétricien(ne) ou gynécologue.

À bout de patience, des élus de la région sont venus rencontrer la ministre McCann jeudi à Québec. « C’est une situation qui n’était pas vivable. Ce n’est pas normal que nos femmes enceintes avaient tout ce trajet-là à faire pour aller accoucher », fait valoir le préfet d’Abitibi-Ouest, Jacquelin Bégin. « Pensez-vous que les femmes de Montréal accepteraient d’aller accoucher à Trois-Rivières ? […] Qu’est-ce qu’on ferait s’il arrivait quelque chose de grave pendant le transport ? »

Il semble que le message soit passé. La ministre a confirmé vendredi au Devoir qu’elle va dépêcher des ressources « d’ici une semaine ou une semaine et demie » à La Sarre. Vendredi, elle n’était pas en mesure de dire où elle allait trouver ces infirmières ni combien elles seraient, mais elle a promis que ce serait réglé. « Nous voulons répondre le plus rapidement possible aux besoins de ces femmes enceintes », a assuré Mme McCann en soulignant que cette solution temporaire donnera le temps au CISSSAT de recruter une équipe permanente pour mai.

Dans l’ouest de l’Abitibi, on poussait des soupirs de soulagement. « On est vraiment contents », a déclaré Vincent Fluet, un jeune père de famille de La Sarre qui avait écrit au premier ministre François Legault pour le sensibiliser au problème. « Quand ma conjointe a accouché, on a eu à peu près cinq minutes d’auto à faire jusqu’à l’hôpital et ça a été les pires moments de son accouchement. Imaginez ça pendant une heure ! »

Entente « imminente » avec les chirurgiens

Or d’autres problèmes similaires attendent la ministre sur son chemin. À l’Hôpital de La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, on doit régulièrement fermer le service de chirurgie faute de personnel, ce qu’on appelle dans le jargon des « découvertures ». À Maniwaki, en Outaouais, c’est arrivé plusieurs fois depuis le début de l’année.

Interrogée à ce sujet, Mme McCann rétorque qu’« il faut régler ce dossier de découverture » qui touche aussi la Côte-Nord. Pour y arriver, elle mise sur une entente « imminente » avec la Fédération des médecins spécialistes (FMSQ).

L’entente prévoit que la Fédération garantira la venue de chirurgiens dans les hôpitaux ruraux lorsqu’on manquera de spécialistes sur place. Pour y arriver, chaque hôpital de région est jumelé à un hôpital en ville, comme cela avait été fait l’an dernier avec les anesthésiologistes.

À la FMSQ, on dit avoir déposé un projet d’entente au ministère dès le 12 décembre, mais c’est seulement cette semaine qu’a lieu la première rencontre de travail à ce sujet. Pourquoi tout ce temps ? Au cabinet de la ministre de la Santé, on indique que « la démission » de la négociatrice en chef du ministère, Manon Paquin, n’a pas aidé.

Chose certaine, à cette étape-ci, les deux parties se disent résolues à ce que ça se règle sous peu. « La collaboration est bonne », affirme le porte-parole de la Fédération, Jacques Tétrault. L’Association de chirurgie doit maintenant répondre aux questions qu’ont posées les fonctionnaires sur le plan lors de la réunion, explique-t-il. Au dire de la ministre McCann, cela devrait permettre de « régler » le problème.

Un problème, certes, mais peut-être pas tous les problèmes. Parce qu’à La Pocatière, par exemple, les découvertures ne se limitent pas à la chirurgie, explique la Dre Marie-Ève Fromentin, médecin qui milite activement depuis deux ans pour un meilleur accès aux soins spécialisés dans sa région via le groupe Mes soins restent ici.

Non seulement l’hôpital manque-t-il de chirurgiens, mais il n’y a plus de neurologue depuis le départ à la retraite du dernier. Elle ajoute qu’il n’y a plus assez de radiologues pour pratiquer des échographies et qu’on manque de services en orthopédie.

Et ce n’est pas tout, l’hôpital manque aussi d’infirmières, explique-t-elle. « Une semaine sur deux, on n’a pas assez d’infirmières pour assurer notre service d’obstétrique. »

Lorsque ça arrive, La Pocatière se retrouve dans une situation qui n’est pas très différente de celle de La Sarre. « C’est difficile de quantifier combien de mamans ont dû aller accoucher à l’extérieur, mais si jamais une maman se présentait en contractions à l’Hôpital de La Pocatière, elle serait transférée soit à l’Hôpital de Montmagny, soit à celui de Rivière-du-Loup. Dans un cas comme dans l’autre, c’est à peu près 45 minutes de voiture. »

1 commentaire
  • Gilles Théberge - Abonné 23 mars 2019 07 h 47

    La ministre McCann se révèle une valeur sûre du gouvernement Legault. Ça nous change de Barrette. Elle fait ,la preuve qu’on peut baisser le ton et être d’une efficacité remarquable.

    Bravo madame la ministre