Les largesses du ministre des Finances

«Il y avait un rattrapage à faire», a fait valoir Eric Girard jeudi, au moment de déposer à l’Assemblée nationale un budget équilibré.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Il y avait un rattrapage à faire», a fait valoir Eric Girard jeudi, au moment de déposer à l’Assemblée nationale un budget équilibré.

Le ministre des Finances, Eric Girard, se balade sur les vallées verdoyantes des surplus budgétaires, se lançant dans de grandes dépenses : quelque 2,3 milliards de dollars de nouvelles mesures seulement pour 2019-2020.

Il continuera de « remettre de l’argent dans le portefeuille des familles ». L’équipe de François Legault promet de remettre 5,18 milliards aux Québécois en cinq ans. Cette année, elle accordera de nouvelles exemptions fiscales et tarifaires totalisant 271 millions.

Une économie plus riche, des finances équilibrées, une fiscalité et un endettement moins lourds : c’est la recette pour nous donner les moyens de nos ambitions tout en investissant dans les grandes missions de l’État 

Les ministères ne souffriront d’aucune disette pour autant. En effet, M. Girard accroît les dépenses des principales missions de l’État, injectant 1,18 milliard de plus en éducation (+5,1 %) et 2,33 milliards de plus en santé (5,4 %). « Il y avait un rattrapage à faire », a fait valoir M. Girard jeudi, au moment de déposer à l’Assemblée nationale un budget équilibré.

Le gouvernement caquiste compte dépenser 36 millions pour amorcer le déploiement des maternelles 4 ans au cours de la prochaine année. Pas plus de 250 nouvelles classes seront aménagées à temps pour la rentrée scolaire de septembre 2019, a confirmé M. Girard jeudi. Au total, c’est plus d’un milliard de dollars qu’il consacrera d’ici la fin du mandat pour ouvrir quelque 2000 classes.« La priorité, c’est l’éducation », a martelé l’ex-dirigeant de la Banque Nationale.

Santé et « rareté de l’emploi »

Le réseau de la santé n’est pas en reste. Le budget Girard prévoit cette année des investissements additionnels de 280 millions pour renforcer les soins et les services à domicile et de 215 millions pour l’ajout de personnel soignant.

Face à la « rareté de la main-d’oeuvre » au Québec qui complique par ailleurs beaucoup les efforts de recrutement de personnel dans les établissements d’enseignement et de santé, le gouvernement caquiste table sur les travailleurs plus âgés et les immigrants.

Il se donne comme objectif d’« aller chercher 90 000 travailleurs d’expérience » notamment en rendant accessible le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière dès 60 ans.

Des ressources additionnelles annuelles de 146 millions de dollars sont aussi prévues pour mieux intégrer les immigrants au marché du travail et les franciser. « Nous devons être en mesure d’intégrer les nouveaux arrivants à la société québécoise, et la meilleure intégration s’effectue par le marché du travail », a soutenu M. Girard en chambre.

Des millions en allégements fiscaux

L’équipe de la Coalition avenir Québec continuera d’alléger le fardeau fiscal des Québécois en 2019-2020, a poursuivi le ministre. Pour y arriver, il réduira de 200 millions les taxes scolaires, et ce, à compter du 1er juillet prochain. Le propriétaire d’une résidence d’une valeur de 270 000 $ fera des économies de près de 60 $ à Montréal et de près de 170 $ en Mauricie.

Il s’agit d’une « première étape » en vue de l’instauration d’un taux unique de taxation scolaire applicable à l’ensemble du Québec, qui se traduira par des économies totales de quelque 600 millions de dollars pour les propriétaires de maison, a indiqué le ministre des Finances.

 
16,2 milliards
Le total, sur cinq ans, des nouveaux investissements promis par le ministre Eric Girard pour financer diverses mesures prévues à son premier budget

Pourtant, M. Girard n’a pas budgété le coût de cette promesse phare de la campagne électorale d’ici la fin du mandat. Le budget, dévoilé jeudi, reste aussi muet sur la bonification de l’« allocation famille » jusqu’à 1200 $ annuellement par enfant promise durant la campagne électorale. « Tous nos engagements sont dans le cadre financier [de la CAQ] », s’est défendu M. Girard.

Le Parti québécois accuse le gouvernement Legault de « triche[r] avec les chiffres en ne budgétisant pas certaines de ses promesses ». Le budget dissimule un « déficit caché » ou encore des « coupes cachées », a fait valoir le député Martin Ouellet.

« Le reste, c’est “on verra plus tard” ! » a pour sa part ironisé l’ex-ministre libéral des Finances Carlos Leitão.

M. Girard a admis du bout des lèvres miser sur une croissance économique et des gains d’efficience et d’efficacité au sein de l’État plus importants que ceux inscrits dans son budget pour honorer ces deux promesses phares de la CAQ. D’ailleurs, il a expliqué s’en être tenu jeudi à « rédui[re] légèrement le nombre d’employés administratifs par une attrition prudente de 1 % sur quatre ans » afin de ne pas causer une « anxiété » indue aux employés de l’État.

En revanche, M. Girard a dévoilé le plan d’abolition de la contribution additionnelle exigée aux parents d’enfants en centre de la petite enfance (CPE) ou garderie privée subventionnée.

Les familles gagnant un revenu inférieur à 78 320 $ ne la paieront plus dès cette année. Elles payeront ainsi le tarif de base de 8,25 $ par jour. Les familles gagnant un revenu plus élevé auront quant à elles une contribution additionnelle maximale de 13,20 $ à payer, plutôt que de 13,90 $.

PQI rehaussé de 15 milliards

Le gouvernement Legault a inscrit des projets totalisant 15 milliards au Plan québécois des infrastructures (PQI) 2019-2029. Le PQI s’élève ainsi à 115,4 milliards de dollars. Du jamais vu.

Quelque 16,3 milliards sont destinés au rafistolage des établissements d’enseignement actuels, tandis que 4 milliards seront consacrés à l’agrandissement et à la construction d’écoles, y compris de nouveaux espaces pour les maternelles 4 ans. « Il faut mettre de belles écoles à la disposition des jeunes Québécois et du personnel enseignant. Un environnement beau et stimulant contribuera à la réussite des enfants », a souligné M. Girard.


Une somme de 325 millions de dollars servira à réaliser des études et les plans et devis du troisième lien routier entre Québec et Lévis.

Les projets d’implantation de modes de transport collectif structurant ? un dans l’est de Montréal, un sur le boulevard Taschereau, à Longueuil, et un dans l’axe du prolongement de la ligne jaune ? sont mis à l’étude.

Des investissements sont aussi prévus dans le budget Girard pour intensifier la lutte contre les changements climatiques, « un dossier au centre de l’attention du nouveau gouvernement ». Le financement du programme Roulez vert est assuré pour deux ans. Une somme de 156 millions est prévue cette année.

Les « deux bras » de la chef parlementaire de Québec solidaire, Manon Massé, « sont tombés » lorsqu’elle a pris connaissance du premier budget Girard. « Il faut qu’on organise une riposte à ce budget qui ne tient pas compte de l’urgence climatique », a-t-elle lancé en conférence de presse.

Le gouvernement de Philippe Couillard a laissé les finances publiques en ordre. C’est toutefois à l’ex-chef de gouvernement péquiste Lucien Bouchard que M. Girard a rendu hommage durant son discours sur le budget. « En 1996, ce grand premier ministre a eu le courage de changer le cap budgétaire du Québec », a-t-il souligné devant l’Assemblée nationale, jeudi.

« Une économie plus riche, des finances équilibrées, une fiscalité et un endettement moins lourds : c’est la recette pour nous donner les moyens de nos ambitions tout en investissant dans les grandes missions de l’État », a plaidé le ministre des Finances. Selon lui, le Québec est bien engagé sur « le chemin de l’autonomie financière au sein du Canada ». « C’est le chemin de la fierté retrouvée », a-t-il conclu.

3 commentaires
  • Gilles Théberge - Abonné 22 mars 2019 05 h 43

    Un exemple par exemple.... « 146 millions de dollars sont aussi prévues pour mieux intégrer les immigrants au marché du travail et les franciser »

    Avec le plan de celui qu’on jugeait, « trop fendant », disons ça comme ça, on aurait pu verser cette somme à d’autre missions, puisque tous les immigrants auraient parlé français en arrivant ici...

    Imaginez l’économie !

  • Chantale Desjardins - Abonnée 22 mars 2019 08 h 22

    Couillard a appauvri les pauvres pour enrichir les riches

    La largesse du ministre des finances vient de l'austérité de Couillard et ainsi on a appauvrit les pauvres pour enrichir les riches. Ceux qui ont souffert des coupures de Couillard ne récupèrent pas les pertes. Legault se vante de son budget avec son sourire bronzé et tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. On offre des maternelles 4 ans mais les les spécialistes dans nos écoles sont du passé et les enfants souffrent du manque de spécialistes mais les 4 ans vont avoir un coin à eux. Quelle ironie! Nous vivons dans une société dirigée par des aveugles qui ne comptent que sur l'argent.

  • Marcel Vachon - Abonné 22 mars 2019 09 h 39

    Fierté retrouvée

    Je suis tellement fier de voir un Québec qui, telle les grenouilles au printemps, sort des marais financiers vers un épanouissement sain. Bravo.