Le gouvernement Legault investit dans ses promesses

Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, et le premier ministre François Legault
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministre québécois des Finances, Eric Girard, et le premier ministre François Legault

De l’argent pour les écoles. Du rattrapage en santé. De l’argent «remis dans les poches des Québécois». Le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, a présenté jeudi un budget qui multiplie les dépenses pour répondre aux engagements électoraux de la CAQ.

1. Un budget en équilibre, mais dépensier

Le changement de gouvernement n’aura pas eu raison d’une habitude maintenant bien établie à Québec : l’équilibre budgétaire. Comme le gouvernement Couillard avant lui, le gouvernement Legault évite de présenter un budget rédigé à l’encre rouge.

 

Mais la poursuite de cet exercice d’équilibriste n’empêche pas le ministre Girard de délier les cordons de sa bourse : d’ici cinq ans, près de 5,2 milliards de dollars auront été « remis dans les poches des Québécois » (par l’uniformisation des taxes scolaires, par exemple), et 16,2 milliards auront été investis dans de nouvelles mesures, dont 2,3 milliards cette année.

La croissance des dépenses ralentit un peu comparativement à 2018-2019 — année électorale, faut-il le rappeler : +4,7 % (pour un total de 113 milliards de dollars), alors qu’elle était de +5,2 % l’an dernier. À ce montant s’ajoutent 2,5 milliards pour le Fonds des générations et 100 millions de dollars pour les imprévus.


 

La dette provinciale représente actuellement 46,1 % du PIB québécois, un taux qui reste élevé comparativement au reste du Canada.

 

Plusieurs économistes avaient critiqué le pessimisme des prévisions de croissance du gouvernement Legault, mais il ne change pas de cap : après +2,8 % en 2017 et +2,3 % en 2018, le ministère des Finances prévoit une variation de +1,8 % du PIB réel en 2019 et de +1,5 % en 2020.

 

2. De l’argent frais en santé

Le portefeuille de la santé hérite de 801 millions de dollars d’argent frais cette année, dont une bonne partie sera injectée dans les soins aux aînés. À 5,4 %, la hausse du budget de la santé (qui atteint maintenant 45,4 milliards de dollars) marque un record en 10 ans.

 

De ces sommes, la part du lion ira aux soins à domicile. La CAQ avait promis d’y consentir 200 millions cette année : elle en met 80 millions de plus, pour un total de 280 millions de dollars. Le gouvernement Legault espère ainsi augmenter de 10 % le nombre de personnes soutenues.

Les soins de première ligne recevront aussi un baume de 215 millions de dollars qui servira à l’embauche d’infirmières, de préposés et de professionnels en CHSLD, ainsi qu’à l’amélioration des services dans les CLSC et à la création de cliniques d’hiver. 

3. Des sommes pour les maternelles 4 ans

Le portefeuille de l’éducation prend également du galon en 2019-2020, avec une hausse des dépenses de 5,1 %. Le deuxième poste budgétaire de Québec atteint maintenant 20,8 milliards.

 

La création des classes de maternelle 4 ans est de loin la mesure la plus coûteuse du premier budget Girard en matière d’éducation : le ministre Girard y alloue 318 millions de dollars pour l’entièreté du mandat de la CAQ, dont 36 millions pour créer 250 classes dès septembre prochain. Ce montant doublera en 2020-2021, et devrait encore croître les années suivantes.

Une heure d’activités parascolaires par jour au secondaire sera aussi offerte dans 140 écoles dès la prochaine année scolaire, une mesure qui devrait coûter 21 millions.

La CAQ respecte également sa promesse de dépister les troubles d’apprentissage en bas âge en y accordant 48 millions de dollars en 2019-2020. Ce montant sera bonifié de 10 millions annuellement, pour un total de 252 millions de dollars à la fin du mandat du gouvernement Legault.

Une cagnotte de 235 millions de dollars servira aussi à améliorer les services de soutien professionnel aux élèves, comme les orthophonistes.

4. Un plan vert qui reste à définir

Aux prises avec le retard du Québec en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement caquiste espère accélérer la cadence en misant sur l’industrie et les transports, les deux principales sources de GES de la province.

 

Du côté des entreprises industrielles, Québec prévoit une enveloppe de 410 millions sur cinq ans afin d’« accompagner les entreprises dans leur transition énergétique ».

Dans le secteur des transports, le gouvernement s’inscrit dans la continuité des libéraux en prolongeant le programme Roulez vert, qui finance le « rabais à l’acquisition » pour les voitures électriques ou hybrides. Le budget prévoit ainsi 434 millions de dollars sur deux ans afin d’ajouter, espère-t-on, 66 000 véhicules électriques sur les routes du Québec.

On promet par ailleurs de présenter sous peu une « approche bonifiée » de lutte contre les changements climatiques.

5. Des mesures pour affronter la rareté de main-d’œuvre

Pour pallier le manque de main-d’œuvre très réel dans plusieurs régions du Québec, le gouvernement Legault mise sur les travailleurs de 60 ans et plus.

 

Il élargit le crédit d’impôt existant aux travailleurs de 60 ans et plus, en plus de l’augmenter pour les gens de 60 à 64 ans et de compenser les PME qui décident d’engager de tels employés.

L’ensemble de ces mesures devrait coûter près de 892 millions de dollars d’ici cinq ans à Québec, dont 113,1 millions en 2019-2020.

Si le taux d’emploi du Québec est supérieur à celui de l’Ontario chez les 25 à 59 ans, la situation s’inverse chez les plus de 60 ans : il était de 20,8 % l’an dernier, comparativement à 25,2 % en Ontario.

6. 296 millions pour la culture

Souvent qualifiée d’angle mort du discours caquiste, la culture profitera elle aussi de la générosité du premier budget Girard : près de 300 millions supplémentaires seront ainsi investis dans ce secteur d’ici 2024, promet le gouvernement Legault. Québec consacrera 1,3 % de son budget 2019-2020 au secteur culturel, soit près de 1,3 milliard.

La majeure partie des nouveaux investissements sera consacrée au financement des sorties culturelles et à l’enrichissement du contenu des bibliothèques scolaires (15 millions cette année, 30 millions les années suivantes et 135 millions au total). C’était là la seule promesse électorale de François Legault qui concernait la culture. Quelque 74 millions seront consacrés en soutien à la « créativité culturelle », notamment en bonification des budgets de la SODEC et du CALQ.

Le secteur de la musique touchera 15 millions sur cinq ans pour poursuivre les efforts d’adaptation du modèle d’affaires. Plusieurs dizaines de millions sont réservés pour la mise à niveau des ateliers d’artistes et en soutien au patrimoine culturel et religieux.

7. Un milliard pour la protection des sièges sociaux 

Deux mesures incarnent le nationalisme économique que veut pratiquer François Legault.

Les modalités viendront plus tard, mais le gouvernement du Québec chiffre déjà à 1 milliard l’enveloppe qu’il veut mettre de côté pour épauler des entreprises jugées « stratégiques » pour l’économie et « assurer la protection » de la présence des sièges sociaux. Et le capital-action d’Investissement Québec, un bras financier que le premier ministre veut plus dynamique, passera de 4 à 5 milliards.

Il faut remonter à 2017 pour retrouver la dernière mention des sièges sociaux dans un budget, le gouvernement Couillard mentionnant à l’époque que les entreprises du Québec avaient acheté, de 2001 à 2016, deux fois plus leurs concurrents étrangers (502) que l’inverse (244).

8. Toujours plus d’argent dans le Plan québécois des infrastructures

Le gouvernement Legault a ajouté des projets d’investissements en infrastructures publiques totalisant 15 milliards de dollars sur 10 ans, portant le Plan québécois des infrastructures (PQI) 2019-2029 à 115,4 milliards de dollars.

16,3 milliards sont maintenant destinés aux infrastructures actuelles du réseau de l’éducation, tandis que 4 milliards de dollars seront consacrés à l’agrandissement et à la construction d’écoles, y compris de nouveaux locaux pour les maternelles 4 ans.

 

L’implantation d’un nouveau lien à l’est entre Québec et Lévis, qui avance à l’étape « en planification », se voit accorder une somme de 325 millions de dollars pour la réalisation d’études, ainsi que pour les plans et devis.

Les projets d’implantation d’un réseau métropolitain de voies réservées sur les autoroutes 13, 20, 25, 440 et 640 ainsi que sur la route 116; d’implantation d’un mode de transport collectif structurant dans l’est de Montréal et sur le boulevard Taschereau; et d’implantation d’un mode de transport collectif structurant dans l’axe du prolongement de la ligne jaune du métro à Longueuil sont aussi mis à l’étude.

Avec Guillaume Bourgault-Côté, Alexandre Shields, François Desjardins, Mylène Crête et Marco Bélair-Cirino

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