Assurance médicaments: Québec rejette le plan d'Ottawa

Québec a sa propre assurance médicaments depuis 1997, laquelle assure les personnes qui n’ont pas accès à un régime privé.
Photo: Michaël Monnier Le Devoir Québec a sa propre assurance médicaments depuis 1997, laquelle assure les personnes qui n’ont pas accès à un régime privé.

Le gouvernement Legault rejette le projet d’assurance médicaments que les libéraux fédéraux souhaitent implanter à coups de milliards de dollars sur tout le territoire canadien.

« L’assurance médicaments, c’est un champ de compétence du Québec », a réagi mercredi matin la ministre de la Santé Danielle McCann. « Ce sera important que ce principe-là soit vraiment maintenu. »

Dans le budget fédéral présenté mardi, le gouvernement Trudeau a jeté les bases d’un futur programme national d’assurance médicament dans lequel une seule agence fédérale évaluerait les remèdes et négocierait leurs prix.

Or Québec a sa propre assurance médicaments depuis 1997, laquelle assure les personnes qui n’ont pas accès à un régime privé. Le Québec a aussi sa propre agence pour évaluer l’efficacité des médicaments, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux, ce qui n’est pas le cas des autres provinces.

Mercredi, la ministre McCann a dit qu’il était « sûr » que son gouvernement utiliserait son « droit de retrait avec compensation complète » si le gouvernement fédéral va plus loin avec ce programme.

Son gouvernement ne semble toutefois pas trop inquiet dans la mesure où ce projet n’en est qu’à ses balbutiements. « Il ne faut pas sauter aux conclusions, il faut discuter avec eux », a-t-elle ajouté en après-midi. « On va voir aussi, il y a des élections qui s’en viennent », etc.

Plus tôt en matinée, le ministre des Finances du Québec, Eric Girard, avait lui aussi prévenu Ottawa qu’il s’agissait d’une « intrusion » dans les compétences du Québec en matière de santé.

« Je ne partage pas cette opinion-là. On va avoir des discussions », a réagi à ce sujet Dominic LeBlanc, ministre des Affaires intergouvernementales. « J’ai bien hâte de parler à Sonia LeBel », a-t-il ajouté en référence à la ministre québécoise responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne.

Invitée à réagir en fin de journée, Mme LeBel a réitéré qu’il s’agissait d’une « compétence exclusive des provinces ». « Cette position n’est pas nouvelle : elle a été réitérée par tous les gouvernements du Québec depuis au-delà de trente ans. »

Discorde du tramway

Pendant ce temps, le différend entre Québec et Ottawa sur le financement du projet de tramway à Québec reste entier. « Les fonds ne sont pas suffisamment précis », a déclaré à ce sujet Eric Girard. Évalué à 3 milliards de dollars, le réseau de tramway doit être financé à la hauteur de 1,8 milliard par le gouvernement du Québec et 1,2 milliard par Ottawa.

Or Québec reproche à Ottawa de vouloir financer sa part en pigeant dans des fonds voués à des infrastructures vertes. Un désaccord qui menace de retarder la réalisation du projet de tramway, voire pire.

Étant donné l’absence de mention du projet dans le budget fédéral, certains analystes avaient avancé mercredi qu’une solution pour le tramway pouvait résider dans les 500 millions supplémentaires issus du remboursement de la taxe sur l’essence.

Or selon le premier ministre François Legault, ce ne serait pas le cas. « Il y a toujours un problème concernant le tramway de Québec », a-t-il dit.

Son ministre des Finances, Eric Girard, a qualifié les 500 millions de « pas dans la bonne direction », mais fait valoir qu’il voulait « plus ».

Mercredi, des lobbies pro transport en commun ont pressé le gouvernement de la CAQ de s’engager à cet égard dans son propre budget, jeudi, pour « prendre le leadership » dans le dossier. Le projet « ne doit pas être retardé », a plaidé le directeur d’Accès transports viables (ATV), Étienne Grandmont, dans un communiqué.

Le financement pour le prolongement de la ligne bleue serait toutefois assuré, même si cela ne faisait pas l’objet d’une mention spécifique dans le budget fédéral. Questionnée à ce sujet, la ministre responsable de la métropole, Chantal Rouleau, a répété qu’elle n’était « pas inquiète », mercredi après-midi.

Outre le tramway et la ligne bleue, la Ville de Gatineau attend également des engagements fermes pour financer son projet de train léger, tout comme la Mauricie avec son projet de train à grande fréquence (TGF). À qui iront donc les 500 millions ? « Gouverner, c’est faire des choix », a répondu le ministre en réponse à une question en anglais. « La ligne bleue est extrêmement importante, le tramway est extrêmement important. Notre intention est de réaliser tous nos engagements et j’en aurai plus à dire demain dans le budget. »

Avec Marie Vastel