François Legault évoque une possible réduction des tarifs d’hydroélectricité

Le premier ministre s’est aussi engagé à ce que «plus jamais les augmentations de tarif n’excèdent l’inflation».
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre s’est aussi engagé à ce que «plus jamais les augmentations de tarif n’excèdent l’inflation».

François Legault enjoint à Hydro-Québec de consentir un rabais « spécial » sur le prix de l’électricité en 2020 afin de calmer la « grogne » suscitée par les trop-perçus encaissés par la société d’État au fil des dernières années.

« Je voudrais qu’Hydro-Québec, l’année prochaine, fasse un effort pour prendre moins d’argent dans les poches des Québécois », a-t-il déclaré lors de la reprise des travaux parlementaires mardi. « On parle d’un compromis qui serait fait. Donc, une augmentation qui serait moins grande, peut-être même une diminution. On est en train de regarder », a-t-il ajouté.

M. Legault a toutefois refusé de préciser le montant auquel Hydro-Québec, et par ricochet l’État québécois, se priverait en 2020 pour « acheter la paix » avec sa clientèle. « Je sais que ce n’est pas précis comme déclaration », a-t-il convenu dans un impromptu de presse.

Le premier ministre a demandé au président-directeur général d’Hydro-Québec, Éric Martel, de lui soumettre, dans les prochains mois, « quelques scénarios » de taux tarifaire pour l’année 2020.

Il l’a prié de « trouver un équilibre ». « Si Hydro-Québec réduit ses bénéfices, bien ça donne moins d’argent au gouvernement pour financer les services publics. Donc, ils doivent faire des efforts sur les tarifs, mais [sans] que ça affecte trop leurs bénéfices », a expliqué M. Legault à deux jours du dépôt du premier budget du gouvernement caquiste.

Le premier ministre s’est aussi engagé à ce que « plus jamais les augmentations de tarif n’excèdent l’inflation ». Il ne s’est pas arrêté là. Il a chargé le ministre de l’Énergie, Jonatan Julien, de dorénavant rembourser 100 % des trop-perçus engrangés par Hydro-Québec. « On a entendu les Québécois », a fait valoir M. Julien avant la période des questions.

Les sorties de M. Legault et de M. Julien suivaient la publication d’un sondage Léger-Le Journal de Montréal indiquant que 92 % de la population québécoise souhaite voir le gouvernement caquiste indemniser, en tout ou en partie, les victimes des trop-perçus d’Hydro-Québec.

Les trop-perçus constituent l’écart entre le rendement autorisé par la Régie de l’énergie à Hydro-Québec, en fonction notamment des charges anticipées par la société d’État, et le rendement réel fait par la société d’État. Or Hydro-Québec « sous-estime historiquement sa capacité à réaliser des gains d’efficience dans sa gestion, ses processus d’affaires et ses activités, conduisant à une surestimation annuelle de ses charges », a fait remarquer la Régie de l’énergie en 2017.

« Grogne » populaire

M. Legault dit « enten[dre] la grogne de la population ». Selon lui, celle-ci tire son origine des « deux années libérales [2014 et 2015], où non seulement on a augmenté les tarifs d’électricité plus que l’inflation, mais où Hydro-Québec a eu des bénéfices plus élevés que prévu ». « Donc, c’est vraiment une injustice. […] Les libéraux ont comme laissé Hydro-Québec un peu voler les contribuables », a-t-il martelé.

Le premier ministre écarte toutefois l’idée de rembourser par une baisse tarifaire la totalité des trop-perçus encaissés par la société d’État, c’est-à-dire 1,5 milliard de dollars entre 2005 et 2017, selon la Régie de l’énergie.

Les partis politiques de l’opposition s’en sont indignés. Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a reproché aux caquistes d’avoir « induit la population en erreur pendant toutes ces années » dans l’opposition en réclamant à cor et à cri le remboursement des trop-perçus auprès du gouvernement Couillard.

« Les Québécois veulent être remboursés. C’est leur argent qui a été perçu en trop. C’est une question de principe et de justice. Je vais répéter une fois de plus […] au premier ministre [que] 92 % des Québécois s’attendent à une réponse positive », a fait valoir le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé.

De son côté, M. Legault a inlassablement répété qu’il ne s’était jamais engagé à rembourser les trop-perçus. Après avoir été l’instigatrice d’une pétition de plus de 48 000 noms exigeant le remboursement des trop-perçus auprès du gouvernement Couillard, la Coalition avenir Québec s’en est tenue à dire durant la campagne électorale : « On ne remettra pas [les trop-perçus] comme baisse de tarifs. On va les remettre sous trois formes : baisse de taxes scolaires, baisse de tarifs de garderie, hausse d’allocations familiales. »