QS veut ravir au PQ le titre de deuxième opposition

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois

Le départ-surprise de la députée Catherine Fournier du Parti québécois la semaine dernière a changé la donne à l’Assemblée nationale, Québec solidaire (QS) demande donc un rebrassage des cartes.

Le parti, considéré comme troisième groupe parlementaire de l’opposition, veut changer de statut et devenir deuxième. Or, le Parti québécois (PQ) n’entend pas céder sa place.

« Ce serait pour le moins saugrenu qu’un parti qui a un député de moins que celui qui est en troisième opposition soit deuxième opposition », a fait valoir le co-porte-parole de QS Gabriel Nadeau-Dubois, mardi.

« Ce serait très surprenant comme précédent et ce serait un précédent pas seulement à l’Assemblée nationale du Québec, a-t-il ajouté. Ce serait un précédent dans le parlementarisme en général […] »

Les deux partis avaient obtenu en novembre le statut de groupe parlementaire grâce à une entente, même s’ils n’avaient pas recueilli le nombre de sièges et de votes requis lors de l’élection générale du 1er octobre.

Le règlement de l’Assemblée nationale édicte qu’un parti doive faire élire au moins douze députés ou avoir récolté au moins 20 % du vote pour être reconnu comme groupe officiel. Grâce à ce statut, il obtient un droit de vote dans toutes les commissions parlementaires, un budget de recherche et un droit de parole plus important pendant les périodes de questions, les études de projets de loi et les débats.

Comme QS et le PQ avaient chacun fait élire dix députés lors de la dernière élection, leur position sur les banquettes de l’opposition a été déterminée en vertu du pourcentage du vote. Avec 17 % des suffrages, le PQ s’était retrouvé deuxième groupe d’opposition derrière les libéraux et QS, troisième, puisqu’il avait récolté 16 % des voix. Sauf que le PQ est passé à neuf députés la semaine dernière, soit depuis que Catherine Fournier siège comme indépendante.

Les deux partis ont chacun tenté de convaincre le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, du bien-fondé de leur point de vue.

« Il serait tout simplement déraisonnable de prétendre que l’entente intervenue en début de législature fixe de manière définitive et finale le fonctionnement de l’Assemblée nationale pour la totalité de la législature, peu importe les changements dans la composition de l’Assemblée », a affirmé M. Nadeau-Dubois dans un discours au Salon bleu mardi après-midi.

Ce changement de statut permettrait à QS de prendre la parole avant le PQ durant les débats et d’avoir davantage de temps pour le faire.

M. Nadeau-Dubois a précisé qu’il n’était pas « en guerre » contre le PQ et qu’il souhaitait que ce parti puisse garder son budget de recherche en tant que parti reconnu officiellement.

Comme l’entente intervenue entre les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale a été adoptée à l’unanimité, le PQ souhaite plutôt que les modifications le soient également.

« Quelle était la raison d’être de cette entente, Monsieur le Président ? a demandé le leader parlementaire péquiste, Martin Ouellet, dans son discours. Son objectif était de trouver une façon de traduire le plus fidèlement possible la volonté démocratique de la nation québécoise exprimée lors de l’élection générale du 1er octobre dernier. »

Le ministre Simon Jolin-Barrette, qui joue également le rôle de leader parlementaire du gouvernement, a parlé d’une « situation unique dans notre histoire ».

Il a rappelé que c’est « traditionnellement » le nombre de députés au Salon bleu qui détermine d’abord la position d’un groupe parlementaire et qu’ensuite le pourcentage du vote peut être considéré.

« Si jamais l’opposition officielle perdait 21 députés, est-ce que le Parti libéral demeurerait l’opposition officielle ? a-t-il demandé. Ça aussi, c’est un questionnement qu’on doit avoir […] »

Le Parti libéral du Québec a indiqué qu’il ne voulait pas s’immiscer dans le débat entre ses deux adversaires, mais son leader parlementaire, Sébastien Proulx, a rappelé au président de l’Assemblée qu’il devra s’appuyer sur des « critères qui seront objectifs ».

Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, a indiqué qu’il rendra sa décision mercredi.

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