À la droite de la CAQ

Avant son arrivée au pouvoir, la CAQ avait une position ambiguë dans ce dossier. En juin 2016, 7 des 20 députés caquistes s’étaient opposés à l’adoption de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu.
Photo: Jonathan Hayward La Presse canadienne Avant son arrivée au pouvoir, la CAQ avait une position ambiguë dans ce dossier. En juin 2016, 7 des 20 députés caquistes s’étaient opposés à l’adoption de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu.

Quel bilan dresser des premiers mois du gouvernement de la CAQ ? Est-il à l’image de ce que ses partisans espéraient ? Le Devoir est allé à la rencontre de sa base d’hier et d’aujourd’hui. Dernier d’une série de trois textes.

Si la Coalition avenir Québec (CAQ) continue de gouverner plus au centre qu’à droite, comment ses partisans les plus conservateurs réagiront-ils ? À qui cela pourrait-il profiter ?

Aux dernières élections, le Parti conservateur du Québec (PCQ) n’a obtenu que 1,46 % des votes, derrière le Parti vert et à des années-lumière de la Coalition avenir Québec.

Une partie des gens qui ont voté CAQ se sont « fait avoir », soutient le chef du PCQ, Adrien Pouliot, 150 jours après la formation du Conseil des ministres caquiste. « Il y a des gens qui ne voulaient pas juste un changement de visages, mais du changement dans la façon de gérer, dans le rôle de l’État, dans le poids de la fonction publique, le poids des impôts, de la réglementation… », avance-t-il.

Son parti défend l’idée d’un « vrai gouvernement de droite », qui réduirait les impôts, mais mettrait aussi la hache dans les subventions aux entreprises privées.

Or ses partisans les plus visibles et audibles, depuis quelques mois, ne parlent pas d’économie, mais d’un tout autre dossier : le registre des armes à feu. La vice-présidente du parti, Jessie Mc Nicoll milite activement dans le collectif « Tous contre un registre québécois des armes à feu ». Son conjoint, Guy Morin, qui s’est porté candidat dans Portneuf lors des dernières élections générales, est aussi l’une des figures de proue du mouvement anti-registre au Québec.

Dans une vidéo diffusée sur la page Facebook du groupe, Mme Mc Nicoll enjoignait récemment aux chasseurs de participer au prochain congrès du PCQ, à la fin avril. « Le flou que la CAQ a laissé en campagne électorale face au registre des armes à feu a suscité beaucoup d’espoir chez un grand nombre d’électeurs, principalement en région », souligne Mme Mc Nicoll dans un bref échange écrit avec Le Devoir. « Je m’implique tant avec Tous contre un registre qu’avec le PCQ. La grogne est palpable, et j’en profite pour faire connaître la position de notre Parti sur la question », précise-t-elle.

Avant son arrivée au pouvoir, la CAQ avait une position ambiguë dans ce dossier. En juin 2016, 7 des 20 députés caquistes s’étaient opposés à l’adoption de la Loi sur l’immatriculation des armes à feu : Éric Caire (La Peltrie), Sébastien Schneeberger (Drummond–Bois-Francs), André Lamontagne (Johnson), Chantal Soucy (Saint-Hyacinthe), André Spénard (Beauce-Nord), Marc Picard (Chutes-de-la-Chaudière) et François Paradis (Lévis). L’ex-députée adéquiste et caquiste Sylvie Roy (Arthabaska) était aussi du nombre.

« Personnellement, je pense qu’un gouvernement caquiste était la meilleure chose qui pouvait arriver au PCQ. La CAQ “appliquée” est bien loin de la CAQ espérée par les électeurs », avance aussi Mme Mc Nicoll.

Chroniqueur radio

M. Pouliot voit d’un bon oeil la mobilisation contre le registre qui se poursuit. « Il y a vraiment beaucoup de gens qui sont contre ce registre-là », dit-il, tout en mentionnant qu’un grand nombre de municipalités ont adopté des résolutions pour signifier leur désaccord avec le registre (on en recense 200 à ce jour). « C’est une autre preuve dans l’esprit de bien des gens que la CAQ c’est un parti comme le Parti libéral. »

Malgré tout, M. Pouliot n’est pas prêt à passer à l’offensive, en fédérant tous les déçus du gouvernement Legault de droite. « Je pense qu’il faut être honnête puis donner la chance au coureur », dit-il. Il est « un peu tôt » à son avis pour que la déception à l’endroit de la CAQ se traduise par des gains notables pour sa formation politique.

En attendant, il jouit d’une précieuse tribune pour faire connaître ses idées à CHOI-Radio X, qui lui a offert une chronique hebdomadaire. La journée de notre entretien, il y avait dénoncé la position du gouvernement sur les trop-perçus d’Hydro-Québec.

Il n’y a pas si longtemps, le politicien à s’y faire entendre le plus souvent était le député caquiste Éric Caire, qui se trouve désormais du côté du gouvernement. Malgré cet apparent changement d’allégeance, les fameuses radios de Québec ne sont pas particulièrement mobilisées contre le gouvernement caquiste. À part peut-être l’animateur Éric Duhaime, qui laissait entendre récemment sur les réseaux sociaux que François Legault « s’éloignait de sa base […] afin de plaire aux bobos du Plateau Mont-Royal ».

La CAQ pourrait-elle être affaiblie par cette droite décomplexée ? Pas du tout, croit Christian Lévesque, ancien député adéquiste devenu conseiller en relations publiques. Cela demeure un courant très « marginal », selon lui.

Lors de la fusion de l’Action démocratique du Québec (ADQ) avec la CAQ en 2011, un mouvement du genre avait émergé, mais « ils n’avaient pas réussi à garder de l’intérêt », dit cet ancien défenseur du projet de fusion. « Quand on a fait le vote pour se joindre à la Coalition, on avait eu pas loin de 75 % des gens qui étaient prêts à aller de l’avant », insiste-t-il.

Youri Rivest, consultant et analyste stratégique pour la CAQ durant la campagne électorale, doute, lui aussi, qu’un tel mouvement puisse s’imposer. « Je ne crois pas qu’il y ait au Québec un marché pour un parti conservateur qui n’est pas nationaliste. La seule droite qui marche au Québec, c’est la droite nationaliste », soutient-il. « Il y aurait peut-être un danger s’il y avait un parti conservateur fort au niveau provincial, un parti de droite qui pourrait ramasser cet électorat-là. Mais en ce moment, il n’y a personne. Donc la CAQ peut vraiment ratisser très large. »

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