Le jour de la marmotte péquiste

Un rapport commandé par Jean-François Lisée et publié en 2017 révélait que pour les Québécois de moins de 40 ans, le PQ était devenu un «parti figé, conservateur et vieillissant». Le document s’accompagnait de 156 recommandations de changements.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Un rapport commandé par Jean-François Lisée et publié en 2017 révélait que pour les Québécois de moins de 40 ans, le PQ était devenu un «parti figé, conservateur et vieillissant». Le document s’accompagnait de 156 recommandations de changements.

Le Parti québécois est devenu cette semaine le plus petit parti de l’Assemblée nationale. Le départ tonitruant de Catherine Fournier s’est fait en même temps que la direction du PQ annonçait un chantier de refondation… sur lequel la députée ne fonde aucun espoir. Parce que si le passé est garant de l’avenir, soutient-elle, le PQ ne changera pas. Explications.

Dans l’imaginaire péquiste, une citation de René Lévesque fait toujours son effet. Ainsi de celle utilisée par Catherine Fournier lundi au sujet des partis politiques : « Peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. »

Derrière cette phrase se cache l’essentiel des constats dressés par la jeune députée de Marie-Victorin : au-delà des bonnes intentions de la démarche de refondation que souhaite mener le Parti québécois, le « nouveau véhicule » restera associé à un parti que les Québécois « n’écoutent plus ». Une formation dont le « passif colle à la peau », qui aurait notamment déçu sur les questions identitaires et environnementales.

« Il est trop tard, disait Catherine Fournier mercredi au Devoir. Le PQ aurait dû se renouveler bien avant. Il y a eu d’autres fenêtres, et malgré toutes les chirurgies plastiques, on a manqué le bateau. Les souverainistes sont maintenant trop dispersés et en raison de cela, le rassemblement devra se faire à l’extérieur. »

Le PQ a perdu son rôle fondateur d’être le regroupement des forces souverainistes

 

Les fenêtres dont elle parle jalonnent en effet le parcours péquiste des 15 dernières années. La défaite de 2003 avait par exemple mené à la « Saison des idées » et à la tournée des « Trois mousquetaires ». Les députés Stéphan Bergeron, Jonathan Valois (maintenant chef de cabinet dans le gouvernement Legault) et Alexandre Bourdeau avaient conclu en 2004 qu’aux yeux de nombreux jeunes, la souveraineté apparaissait « dépassée, désuète et vétuste ».

« Le rapport [des Mousquetaires] demandait notamment au PQ de prendre conscience du fait que le militantisme au sein d’un parti politique ne semblait pas répondre au type d’implication que désiraient les jeunes. Il invitait le parti à inclure des préoccupations fortes quant à la mondialisation, à l’environnement, au développement durable et à l’éducation au lieu de débattre sans relâche d’une mécanique référendaire abstraite. »

Osez — ou pas — repenser le PQ

Ce résumé, c’est Paul St-Pierre Plamondon qui le faisait dans son propre rapport, « Osez repenser le PQ », commandé par Jean-François Lisée et dévoilé en avril 2017. Chargé de consulter les moins de 40 ans pour connaître leur point de vue sur la manière de relancer le PQ, l’ancien candidat à la chefferie du parti avait lui aussi tiré des conclusions accablantes — non sans souligner que c’était là un peu « le jour de la marmotte ». Pour plusieurs, le PQ était devenu un « parti figé, conservateur et vieillissant », avait-il notamment observé. Plus de 150 recommandations de changements accompagnaient son rapport, notamment pour aider le PQ à s’ouvrir à la diversité.

« Ce rapport était vraiment intéressant, estime Catherine Fournier. Pour moi, c’est la vision qui aurait dû être mise en avant. On l’a rejetée, ce qui témoigne d’une culture d’organisation très statique. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pour Catherine Fournier, l’organisation du PQ cultive l’immobilisme.

Mais entre Paul St-Pierre Plamondon et les Mousquetaires, bien d’autres ont aussi envoyé un message semblable au PQ. « Le Parti québécois doit avoir le courage de changer […], de revoir sa façon de gouverner et de repenser la manière dont il présente son option », écrivait en 2004 un certain François Legault.

En 2007, Jonathan Valois prévenait qu’à force de repousser le débat, le parti risquait de se retrouver dans une situation où « il sera peut-être trop tard pour faire [les] modifications » nécessaires à sa survie.

Peu avant l’élection de 2012, c’est Bernard Drainville qui sonnait l’alarme après avoir consulté les membres du parti. « L’avenir de ce parti-là […] est remis en question. On est très à risque. Le PQ pourrait disparaître ! »

Dans son livre Coup de barre, Pierre Céré écrivait en 2016 que le PQ « ne peut éviter de chercher à comprendre les raisons non seulement de la défaite [de 2014], mais de ce qui se passe depuis quelques années ». Lors de la course à la chefferie de 2015, il disait : « Notre parti a vieilli et il y a un seul enjeu dans cette course : c’est le PQ lui-même. Son avenir, ce qu’il va accepter d’être ou de ne pas être au cours des prochaines années. »

C’est autrement Jacques Parizeau qui avait probablement résumé le plus crûment les choses en comparant le PQ à un « champ de ruines ». C’était en 2014.

Un contexte inédit

On comprend de ces interventions qu’il y a longtemps que les canaris préviennent du danger qui guette la mine péquiste. « C’est vrai que pendant longtemps, on se posait des questions, on faisait des constats… mais au final, on comptait surtout sur un nouveau chef pour changer les choses », note le politologue Jean-Herman Guay (Université de Sherbrooke).

En 2003, M. Guay avait créé une commotion au Conseil national du PQ en avançant qu’il avait peut-être été le parti d’une seule génération, et que « les raisins de la colère » qui avaient nourri le projet indépendantiste avaient disparu. Depuis, dit-il, « il y a eu des efforts, mais qui n’ont jamais abouti à de vrais changements ». Comme si « le véhicule était devenu inamovible », ajoute M. Guay.

Auteur du livre Leadership et militantisme au Parti québécois, Éric Montigny (Université Laval) a pu constater de près que « la sonnette d’alarme sonne depuis longtemps ». Mais il n’exclut pas que l’exercice qui s’amorce donne d’autres résultats.

« Il y a deux différences majeures avec les autres tentatives, dit-il. D’abord, le choc brutal des élections du 1er octobre, qui fait en sorte qu’on ne craint plus seulement un recul parlementaire [comme dans le passé], mais une possible disparition. C’est beaucoup plus fort. Et on voit dans la littérature en science politique que ce genre de choc incite souvent les partis à des remises en question où on va tenter de revenir aux fondements du parti. »

« L’autre enjeu qui diffère, poursuit M. Montigny, c’est que le PQ a perdu son rôle fondateur d’être le regroupement des forces souverainistes. Catherine Fournier constate en ce sens quelque chose qui s’est produit graduellement, mais qui s’est manifesté clairement le 1er octobre » avec la percée de Québec solidaire.

Des « conditions gagnantes » à une réforme en profondeur sont ainsi peut-être réunies. « Tout sera sur la table, sauf le fait que nous sommes indépendantistes », disait mardi la présidente du parti, Gabrielle Lemieux. Mais justement, cette volonté d’axer la réflexion autour du socle souverainiste pourrait en elle-même — dès le départ — nuire au projet, suggèrent les deux politologues interrogés.

« Le thème même de la souveraineté est problématique aujourd’hui », juge Jean-Herman Guay. « La socialisation politique de la génération Z [ceux nés après 1995] s’est faite autour de la crise étudiante de 2012 et de la question environnementale », ajoute Éric Montigny. « Elle n’est pas dans les débats OUI-NON. » Sa conclusion ? « Ce ne sera pas simple… »

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8 commentaires
  • Gérard Raymond - Abonné 16 mars 2019 07 h 37

    Au lieu d’entendre ergoter ou lire ce qui se fait au jour le jour sur ce que les politiciens en place disent, j’invite les vrais experts en politique à nous donner des réponses aux questions de fonds.

    Qu’ils nous disent en quoi il est plus avantageux que le Québec fasse partie de la Fédération canadienne plutôt que d’être indépendant.

    Qu’ils fassent la preuve détaillée que le gouvernement fédéral retourne aux Québécois, en transferts de toutes sortes et en investissements, vraiment plus ou vraiment moins que ce que ces derniers y envoient en taxes et impôt.

    • Claude Bariteau - Abonné 16 mars 2019 11 h 16

      M. Raymond, le retour de ce qui est payé en impôt n'est pas le seul enjeu et les calculs seront toujours imprécis, car le Québec pays ne ferait nécessairement les dépenses canadiennes.

      M. Aussant l'a démontré en écho aux dépenses militaires dont le pourcentage en impôts attribué au Québec serait moindre et les dépenses réalisées au Québec plus importantes.

      L’enjeu renvoie au pouvoir accordé au Canada de développer l'économie de l'après Deuxième Guerre mondiale à la faveur d'un programme de péréquation.

      Le Canada l’a alors fait en faveur de l'Ontario, suivi de l’Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve avec le pétrole.

      Ces provinces sont devenues créatrices de valeur ajoutée dont la redistribution assurait des programmes canadien de base à l'Île du Prince Edouard et au Nouveau-Brunswick, aussi au Québec, les provinces bénéficiaires de la péréquation, mais pas des investissements canadiens en développement industriel ou autre.

      Le Québec est alors devenu une zone de transit entre les Maritimes et l'Ontario dotée de port pour le transport maritime, d’un accès à une voie maritime, de routes, d’aéroport, d’oléoduc pour exportation avec Halifax comme port d’import-export.

      Ce fut ainsi parce que, pour le Canada, investir au Québec comporte des risques, dont celui de sa sortie sortie du Canada, rendant ses investissements hasardeux, ce qui n’était pas le cas dans les provinces choyées. Aux yeux des penseurs canadiens, il valait mieux d’entretenir sa dépendance par la péréquation.

      Ce raisonnement fut le même que celui qui a mené au modèle canadien de fédération en 1864. Pour ses promoteurs ontariens, il fallait éviter à tout prix le modèle américain de délégation des pouvoirs d’un État indépendant pour que le Québec ne soit tenté par un retour à son indépendance comme l’ont fait les Sudistes.

      À eux seuls, ces motifs dépassent de loin un calcul de gains et de pertes sur la base des impôts, parce qu’il s’agit de pouvoir politique.

    • Claude Richard - Abonné 16 mars 2019 12 h 01

      Quand je vois tout ce branle-bas autour de la crise d'adolescente d'une députée qui démissionne d'un parti qui l'a fait élire il y a moins de six mois sans fournir aucune raison valable, je me dis qu'il y a beaucoup de salive qui se perd. On en profite pour réanalyser le PQ une millème fois en sortant les poncifs habituels: déconnexion, perte de pertinence, non-évolution, etc.

      Quand les conservateurs fédéraux ont été presque rayés de la carte en 1993 sous Kim Campbell (deux députés dans tout le Canada), ils ont amorcé une réflexion rapide qui a mené à la fusion avec les réformistes de l'ouest qui leur a permis après une douzaine d'années de reprendre le pouvoir. La crise existentielle s'était résolue dans l'action.

      Évidemment, les fusions ne se font pas sur un claquement de doigts. On l'a vu avec les négociations ratées entre le PQ et QS. Mais quand la CAQ aura connu son Gibraltar, quand QS aura aussi frappé son mur et que les libéraux menaceront de revenir aux commandes, le PQ pourrait s'imposer à nouveau. Cela prendra malheureusement du temps, mais ce n'est pas en s'introspectant à l'infini et en tournant le dos à sa raison d'être que le PQ va s'en sortir. La démission de l'adolescente est un coup dur, mais c'est dans l'adversité que se forgent les remontées. Et les balanciers politiques existent toujours.

      Quant à la prétention de Paul Saint-Pierre-Plamondon que le PQ n'est pas ouvert à la diversité, il faudrait plus que l'exemple de la charte de la laïcité pour le prouver. Djemila Ben Habib et des centaines d'autres membres du PQ font partie de la diversité et étaient pour la charte. Il faudrait peut-être qu'il ouvre aussi son esprit sur ce point.

  • Claude Bariteau - Abonné 16 mars 2019 07 h 39

    M. Guay a toujours été critique de la souveraineté, à ses yeux l’idée d'une génération. Ça ne me surprend qu'il questionne le maintien de ce socle.

    À vrai dire, il n'a pas tort. La souveraineté au PQ est vue comme un accordéon. Elle permet de jouer de la musique dans le Canada mais aussi de tanguer vers l'indépendance pour conserver l'appui des indépendantistes.

    M. Parizeau a été plus clair. Élu pour réaliser l'indépendance, il a su composer avec l'idée de « souveraineté partenariat » de la Commission Bélanger-Campeau et conserver dans son jeu la carte de l'indépendance.

    Depuis, le socle souverainiste s'est fissuré à gauche, au centre et à droite et le PQ lui parut un « champ de ruines » alors que le PQ demeurait l’affaire des Québécois de souche.

    Or, l'indépendance a plus d'impact positif chez les résidents au Québec issus de l'immigration, car ils s'identifient plus à cette démarche qu'à la souveraineté qu'ils voient l'affaire des Québécois de souche.

    Un Sondagem réalisé en 2000 par MM Drouilly et Cotnoir avec la collaboration du RIQ et de la SNQC le révélait. C’est encore le cas. Or l’indépendance n’est toujours pas le socle de la démarche du PQ et de QS et les contours de celle-ci demeure un impensé hormis les impôts payés, les votes et les ententes avec d’autres pays.

    Lorsqu’on veut créer un pays, il y a plus que le rejet du pays à quitter. Il y a l’idée partagée de ce que sera ce pays. Les gens de l’immigration le savent, ce qui est moins le cas des Québécois de souche, habitués à composer dans des gouvernements provinciaux en quête de pouvoir dans le Canada.

    C’est ça qui mine le PQ parce qu’il est né d’un socle à deux volets, que même son fondateur, M. Lévesque, n’est pas parvenu à s’en extraire en optant pour le « beau risque », question de rafistoler le Québec d’avant 1982.

    Je ne connais pas les vues de M. Guay sur ces points. Je doute par contre qu’il soit indépendantiste.

  • Gilbert Talbot - Abonné 16 mars 2019 08 h 58

    Les grands dissidents qui ont marqué l'histoire dunPQ

    Dès le départ, au moment de la création du MSA, la dissidence de François Aquin et de Pierre Bourgault marquent la division entre la gauche et la droite au sein du mouvement naissant. Lévesque se méfiait de la gauche,tout en étant lui-même considéré comme un homme de gauche, allié avec la droite nationaliste d'un Gilles Grégoire et du RN. Cette division se maintiendra entre Lévesque, Parizeau, Laurin, sans amener de scission au sein du PQ du premier mandat 76-80. Pourtant l'apparition de l'étatisme de Claude Morin, puis du Beau Risque en 1982 amènera elle un véritable schisme entre la gauche et la droite péquiste après la défaite du premier référendum. Ce n'est qu'après l'échec de Meech que Parizeau reprendra vraiment le leadership du Parti jusqu'au référendum de 1995. Après les divisions se multiplieront, d'abord par la création du RAP, un mouvement souverainiste alternatif de gauche, né de l'opposition aux politiques de droite de Lucien Bouchard. Par la suite, les dissensions de Pierre Curzi, puis de Jean-Martin Aussant, qui lança l'Option nationale pour réunir les vrais souverainistes, Et ensuite madame Lapointe et madame Beaudoin sonnèrent chacune à leur tour l'alarme contre la direction "du pouvoir d'abord" qui se renforçait au gouvernement Marois et qui mettait de plus en plus et l'option et la social-démocratie au rancart.

    Le départ de Catherine Fournier n'est que la dernière en lice de ces dissidentes péquistes qui finissent par le quitter, devant l'impossibilité de le transformer.

    Je n'ai parlé que des personnes jusqu'à maintenant, mais on devrait aussi parler des politiques qui faisaient parti du plan de départ au PQ, mais qui ont été oublié en cours de route. Il y a la souveraineté en premier, mais aussi la réforme du mode de scrutin, la laïcité, la protection du territoire, l'environnement, un réseau de garderies universel, gratuit et dirigé par les parents, etc. que le PQ á sacrifié sur l'autel du pragmatisme gouvernemental.

    Le PQ va s'ét

  • Guy Ducharme - Abonné 16 mars 2019 11 h 18

    De mauvaise foi

    Voilà un article qui semble avoir été écrit dans le seul but de nuire. Le Parti Québécois n'est certainement pas parfait, mais il vient tout juste d'amorcer une importante démarche de réflexion et de renouvellement. Pourquoi ne pas en attendre les résultats au lieu de laisser entendre que toute tentative en ce sens est vouée d'avance à l'échec? J'ai la tentation, ici, de reprendre la question que pose Jean-François Lisée: qui veut la peau du PQ? Certainement un bon nombre de commentateurs politiques, dont M. Bourgault-Côté.

  • William Dufort - Abonné 16 mars 2019 11 h 36

    Option Nationale, prise deux!

    Je suis de ceux qui ont applaudi le geste de Catherine Fournier avant d'apprendre, dès le lendemain, que le PQ lançait une vaste opération de refondation. Évidemment, j'avais compris que la décision de Mme Fournier était justement basé sur le refus du PQ de se remettre en question après la cuisante défaite d'octobre. Et comme pour ajouter l'insulte à l'injure, Mme Fournier était de toutes les instances importantes du PQ, ce qui signifie qu'elle ne croyait plus au PQ alors qu'elle en portait le flambeau!

    Je ne blâme pas ceux qui parlent d'une trahison. J'ai voté pour elle le premier octobre. Évidemment, ce n'est pas la première fois que je me sens floué après une élection, mais quand même!

    Bref, sa décision est aussi mal avisée que celle de Jean-Martin Aussant il y a quelques années Et je crains que le succès de son "mouvement" sera tout aussi retentissant que celui d'Option Nationale.