Où en est le Lab-École?

L’école devient un grand terrain de jeu avec cette maquette intitulée «La grande cabane».
Photo: Alice Chiche Le Devoir L’école devient un grand terrain de jeu avec cette maquette intitulée «La grande cabane».

L’arrivée de la Coalition avenir Québec (CAQ) n’a pas eu d’impact pour l’instant sur le projet Lab-École créé en 2017 par les libéraux avec le concours de Ricardo Larrivée, Pierre Lavoie et Pierre Thibault. L’organisme espère même élargir son mandat vers les écoles secondaires.

« Tout à fait », dit la directrice de Lab-École, Natacha Jean, qui assure que le changement de gouvernement n’a pas eu d’impact sur la trajectoire du projet. Depuis l’élection, le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a d’ailleurs renouvelé le budget de fonctionnement de l’organisme à but non lucratif de 3 millions pour un nouveau mandat de deux ans.

Créé en 2017 par l’ex-ministre libéral de l’Éducation Sébastien Proulx, Lab-École découle d’une initiative du chef Ricardo Larrivée, du conférencier Pierre Lavoie et de l’architecte Pierre Thibault qui vise à réinventer les écoles primaires. « Lab-École est là pour réfléchir », avait-il alors annoncé. « Avec le même dollar, on peut faire mieux. »

Sept écoles, qui devaient de toute façon être construites ou rénovées, ont ensuite été ciblées pour tester les meilleures pratiques connues : à Québec, Granby, Maskinongé, Saguenay, Rimouski, Montréal et Gatineau. Un total de 60 millions leur a alors été réservé, avec l’équivalent de 15 % de plus de ce qui est normalement alloué à des projets de ce type. Elles devraient pour la plupart ouvrir leurs portes à l’automne 2021.

60
Nombre de millions alloués à la construction de Lab-École

Ces derniers mois, messieurs Larrivée, Lavoie et Thibault ont pris part à des assemblées dans chacun des milieux pour déterminer les besoins qui leur sont propres et concevoir des écoles sur mesure.

En fait, selon Mme Jean, qui a rejoint l’équipe cet été, le seul changement découlant de l’arrivée de la CAQ au pouvoir est qu’il a récemment fallu ajouter des maternelles 4 ans. « On a dû les intégrer rapidement, mais ce n’est pas un élément majeur », dit-elle en précisant que l’ajout de classes pour les tout-petits n’a pas nécessité le retrait d’autres espaces. Les écoles, dit-elle, seront tout simplement « plus grandes » et un financement supplémentaire suivra en conséquence, lui a-t-on assuré.

2021
Année d’ouverture des Lab-Écoles

L’alimentation au coeur des projets

L’aventure doit par ailleurs franchir une étape importante en avril avec le lancement des concours d’architecture pour cinq des sept écoles, une première pour le réseau primaire.

Le projet prévu pour Montréal reste toutefois à ficeler, puisqu’il est moins avancé et beaucoup plus imposant et que l’argent qui lui avait été réservé (3 millions) n’a permis que de financer des études.

Le complexe pour lequel on a réservé un terrain sur le site du pavillon des Soeurs-Grises de l’Université Concordia est un « projet d’envergure de plus de 30 classes », selon Mme Jean. À lui seul, il va nécessiter 50 millions en investissements supplémentaires.

Dans les locaux de l’organisme sur la rue Saint-Joseph à Québec, des étudiants en architecture ont produit des dizaines de maquettes. « Ils ont examiné par fragments toutes les possibilités », poursuit la directrice.

« Qu’est-ce qu’on peut faire ici comme potagers ? Comment est-ce qu’on peut configurer un gymnase pour qu’il soit plus lumineux, qu’il ait une ouverture sur l’extérieur ? Il y a eu une panoplie de modèles étudiés. Comment recréer des classes flexibles qui ne prennent pas trop d’espace ? »

Même si les projets diffèrent, une constante s’impose partout : l’ajout d’espace par rapport à l’école traditionnelle. « On s’est rendu compte qu’on avait besoin de nouveaux espaces. »

7
Chiffre total de villes qui recevront un Lab-École

Les écoles devraient par exemple avoir des vestiaires afin de libérer les corridors adjacents aux classes. On souhaite aussi créer des espaces consacrés à l’alimentation. « Il n’y a pas de salle à manger dans la plupart des écoles », déplore-t-elle.

« Dans l’ancien modèle, les jeunes n’étaient pas là sur l’heure du midi et allaient manger à la maison. Mais maintenant, dans certains milieux, 85 % des jeunes dînent à l’école et plusieurs passent dix heures par jour dans le bâtiment. »

En plus d’espaces pour manger, certaines écoles souhaitent avoir des potagers. C’est le cas de l’école de Maskinongé en Mauricie. « Le volet alimentaire, l’éducation à l’alimentation, le potager, ça va être le coeur probablement de leur projet éducatif », mentionne Natacha Jean.

Le projet dans Limoilou, à Québec, prévoit quant à lui l’aménagement d’une cuisine collective qui serait utilisée aussi par des organismes communautaires le soir lorsque l’école est fermée.

Dans l’ancien modèle, les jeunes n’étaient pas là sur l’heure du midi et allaient manger à la maison. Mais maintenant, dans certains milieux, 85 % des jeunes dînent à l’école et plusieurs passent 10 heures par jour dans le bâtiment.

 

Des idées pour le niveau secondaire

La révision de l’acoustique des gymnases devrait également être revue un peu partout. « C’est un élément qui figure dans les incontournables », souligne Mme Jean, qui rappelle qu’un tribunal a récemment reconnu que le bruit en gymnase pouvait causer des maladies professionnelles chez les enseignants.

À certains endroits, on préconise aussi des bibliothèques dites « éclatées », avec des présentoirs à livres à différents endroits dans l’école. « Si l’école est configurée par cycle, tu peux y aller avec une offre littéraire qui va avec le cycle. »

Dans l’ensemble, les bâtiments seraient plus lumineux et les espaces, plus ouverts — comme certaines classes doubles qui pourraient être reliées l’une à l’autre à l’occasion.

Photo: Alice Chiche Le Devoir Une partie de l’équipe du Lab-École : Natacha Jean, directrice générale ; Christopher Bouchard, adjoint administratif ; Dominique Laflamme, gestionnaire des opérations ; Denis Morin, coordinateur des comités de travail ; et Élisa Verrault, chef du chantier mode de vie sain et actif

Reste à savoir quelles suites cela aura. Les sept projets-pilotes mèneront-ils à un changement généralisé des pratiques ? La directrice générale l’espère, mais ne présume pas des intentions du gouvernement.

« Évidemment, il y a d’autres écoles qui vont être construites, d’autres écoles qui vont être rénovées. Alors, on espère que ce ne sera pas les seuls modèles qui vont intégrer l’innovation et des espaces comme ça », signale-t-elle.

L’équipe Lab-École aimerait aussi faire le même exercice pour les écoles secondaires. « À mon sens, ce serait vraiment intéressant », avance Mme Jean. « On doit se pencher, dans les prochaines semaines, sur notre intention ou non de proposer au ministère de créer une cohorte aussi au niveau secondaire. »

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5 commentaires
  • Mario Jodoin - Abonné 14 mars 2019 01 h 30

    Un écran de fumée

    Quand on n'est même pas capable d'offrir des écoles saines à nos enfants, il est indécent de consacrer autant de ressources à imaginer des écoles qui ne pourront, au mieux, que profiter à une faible minorité d'entre eux, plutôt que de concentrer nos rares ressouces à corriger les lacunes des écoles actuelles. Un autre exemple de «wedge politics»...

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 14 mars 2019 08 h 30

    Pour une école campus

    Toute école devrait avoir un accès immédiat à la nature.

    L'école devrait être envisagée comme un campus dans lequel on trouve un bâtiment entouré de nature, où le dialogue entre les deux est ubiquitaire.

    Dans cette nature, il y a non seulement un potager mais aussi des aménagements naturels (eau, terre, sable, pierre, vivaces, arbustes, arbres etc.

    D'autre part, il semble que votre équipe n'inclue pas d'aménagistes de paysage ou de personnes versées dans l'aménagement de l'espace non construit.

    Ces deux points me semblent majeurs et devraient être corrigés.

  • Louis Fortin - Abonné 14 mars 2019 20 h 15

    Du beau rêve...

    Pendant ce temps, les plafonds coulent dans notre école et nous avons un beau réseau de canalisations digne d'une érablière!

    • Jean-François Meiffren - Abonné 15 mars 2019 10 h 44

      Je ne comprends pas pourquoi les deux ne pourraient pas se faire en même temps : prendre soins des infrastructures déja existantes et, aussi, penser a la structure des écoles modernes.
      Le seul problème que je vois ici, c'est surtout le manque d'investissement financier dans le réparation de nos écoles. Le Quebec a bien assez d'argent pour mener les deux de front (enfin, si il y a une réelle volonté politique de le faire).

  • Jacques Nadon - Abonné 15 mars 2019 00 h 11

    Nous avons nos trois vedettes en train d'expérimenter, vérifier, contrevérifier, visiter, étudier afin de produire un rapport pour établir ce qu'est une école idéale. Ils conseilleront le ministre. Leur rapport sera sans doute mieux accueilli que celui du CSE. Il y a plusieurs architectes-chercheurs qui ont déjà identifié les pratiques probantes en architecture scolaire. Ce qui est encore plus déplorable, c'est que malgré le bon vouloir des architectes pour créer de nouvelles écoles, il existe des contraintes qui se traduisent par des normes strictes et rarement négociables. Même si le Ministre Roberge pense à soumettre les nouvelles constructions à des concours d'architecture, si les normes et contraintes imposées par les règlements du gouvernement demeurent inchangées alors la créativité se retrouvera prisonnière de nouvelles boites à chaussures. Cela enlève une part de créativité! Les architectes doivent dessiner des plans en prennant en compte le budget voté, attribué et alloué 3, 4 ou 5 ans plus tôt... Dépassements de coûts assurés. Le millimétrage est non négociable. On vise strictement l'utilitaire et à combler les besoins urgents et actuels sans une réelle projection dans l'avenir. Les bibliothèques deviennent des salles de lecture. L'euphémisme rend l'espace moins contraignant. Les approches pédagogiques se sont diversifiées mais rarement, on en prendra compte pour les nouvelles constructions. On favorisera un long corridor qui sépare deux rangées de classes. On ne peut même pas alterner la longueur et la largeur des locaux afin de créer des espaces de travail à l'extérieur de la classe. Est-ce que la conception des futures écoles reconnaitra la nécessité d'avoir une bibliothèque, des classes attribuées aux spécialités (arts, langue seconde), des endroits où les élèves peuvent travailler en sous-groupes? Y croire, ce serait être optimiste et idéaliste.