À 51 ans, le PQ se dit prêt à faire peau neuve

«On n’utilise pas les termes reconstruction, relance ou refondation, mais ils sont tous valables», disait mardi au «Devoir» la présidente du parti québécois, Gabrielle Lemieux, en parlant de leur nouveau plan d'action.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir «On n’utilise pas les termes reconstruction, relance ou refondation, mais ils sont tous valables», disait mardi au «Devoir» la présidente du parti québécois, Gabrielle Lemieux, en parlant de leur nouveau plan d'action.

« Tout sera sur la table, sauf le fait que nous sommes indépendantistes. » La direction du Parti québécois suggère aux militants de revoir en profondeur le projet péquiste pour trouver un « nouveau véhicule politique » d’ici l’automne. C’est ce que révèle un plan d’action dévoilé au lendemain du départ fracassant de Catherine Fournier.

Le plan — sur lequel la députée a travaillé, puisqu’elle était membre du conseil national jusqu’à lundi — tient en trois points et sera soumis au conseil national dans dix jours. S’il est adopté, il entraînerait la tenue du deuxième congrès extraordinaire de l’histoire du PQ (l’autre date de 1985 et portait sur la position constitutionnelle).

« On n’utilise pas les termes reconstruction, relance ou refondation, mais ils sont tous valables », disait mardi au Devoir la présidente du parti, Gabrielle Lemieux. « Dans une démarche de congrès extraordinaire, on veut se poser toutes les questions, se donner la marge de manoeuvre pour faire tous les changements nécessaires. Nous aurons à terme un nouveau véhicule politique, un nouveau Parti québécois. »

La synthèse du plan d’action parle notamment de recentrer les ressources du parti sur l’indépendance ; de faire un état des lieux du PQ et du mouvement indépendantiste ; de revoir les principes, les priorités et le fonctionnement du parti ; de même, on souhaite réunir les souverainistes « autour d’un discours décomplexé et moderne sur la liberté et la fierté québécoises ». Différents chantiers accompagneraient le processus de remise en question, dont le congrès extraordinaire serait le point d’orgue. La course à la chefferie serait organisée par la suite, quelque part en 2020.

« Dans le passé, après des défaites, on s’est souvent lancés dans des solutions simples à des problèmes complexes, notamment en mettant toutes nos énergies sur le choix d’un chef et en nous laissant définir uniquement par ça », fait valoir en entretien la députée Véronique Hivon — elle aussi membre du conseil exécutif. « Le processus actuel serait différent, et c’est très sain qu’on ait cet espace de travail pour se réinventer » avant de choisir un futur chef, pense-t-elle.

Pas de signes

Selon Mme Hivon, le plan d’action proposé montre un « changement très marqué » par rapport aux autres « saisons des idées » que le PQ a connues. « Je n’ai jamais senti un tel niveau de lucidité, d’absence de déni, de maturité et d’ouverture de la part des membres. Je pense que plusieurs réalisent l’ampleur de la tâche et des défis, et se disent que tout doit être envisagé. »

Dans ces circonstances, comment expliquer que Catherine Fournier a choisi de quitter le navire avant même le début de la mise en oeuvre du plan auquel elle a collaboré ? Est-ce à dire qu’elle n’y croyait pas du tout ?

Tous les députés ou membres du conseil exécutif interrogés mardi étaient sans réponse — sinon pour évoquer une incompréhension profonde.

« Sur une échelle de la trahison qui irait de 1 à 10, je suis à 10 », confie le député Sylvain Gaudreault, qui siégeait avec mesdames Hivon et Fournier. « Au conseil exécutif ou en caucus, on a eu des discussions sur toutes sortes de choses [avec Catherine Fournier], mais elle n’a jamais exprimé de commentaires aussi fondamentaux que ce qu’elle a soulevé lundi. »

« Elle était tout à fait au courant des travaux [du plan d’action], ajoute Gabrielle Lemieux. Elle était plutôt réservée et n’a pas beaucoup commenté, voire pas du tout, le plan comme tel. Mais elle ne pourra pas dire que les constats qu’elle fait n’ont pas été faits au sein du parti. Des constats difficiles. On est très lucides, il y a beaucoup de choses sur la table… Et c’est pour ça qu’il y a beaucoup d’incompréhension par rapport à sa décision. »

Présidente du comité national des jeunes — et par le fait même membre du conseil exécutif —, Frédérique St-Jean dit elle aussi qu’il « n’y avait pas eu de signes avant-coureurs. Dans les réunions, Catherine Fournier était plus retirée, elle n’a jamais dit que quelque chose ne lui convenait pas. C’est vraiment une surprise. […] On a étudié les scénarios ensemble. On aurait aimé comprendre son cheminement avec elle. On ne comprend pas pourquoi elle n’a pas voulu en discuter ».

« On a vraiment eu une démarche très mature et responsable pour essayer de canaliser les énergies vers un processus qui va être très sérieux, qui va aller en profondeur », renchérit Véronique Hivon.

Autre projet ?

Tout ça ne fut pas suffisant pour retenir la députée de Marie-Victorin. Dans sa déclaration de lundi, Catherine Fournier soutenait qu’il « ne sert à rien de vouloir désespérément sauver le tronc ou les branches d’un arbre en train de dépérir. L’important, c’est d’en sauver les racines pour repartir sur quelque chose de nouveau avec des assises solides. »

Elle évoquait la nécessité de « regrouper les souverainistes de tous les horizons autour d’un plan crédible, concret et réalisable », mais soutenait que cela ne pourra se réaliser « qu’en terrain neutre des chicanes partisanes contre-productives ».

« À mon sens, c’est clair qu’elle s’en va quelque part, qu’il y a quelque chose de planifié », soumet Frédérique St-Jean. La députée Méganne Perry Mélançon (Gaspé) pense de même. « Sans connaître les résultats du plan de match, comment on peut dire tout de suite que ce n’est pas suffisant pour l’objectif à atteindre ? demande-t-elle. Je pense que c’est exagéré et que ça cache quelque chose qui nous est inconnu. »

Sur une échelle de la trahison qui irait de 1 à 10, je suis à 10

Comme plusieurs autres, Mme Perry Mélançon parlait mardi d’un « coup difficile », d’autant que Catherine Fournier était systématiquement présentée comme l’incarnation de la relève péquiste. « Il y a une portée symbolique, c’est vrai », dit-elle.

Ancien candidat à la chefferie du parti et auteur du rapport Oser repenser le PQ, Paul St-Pierre Plamondon a pour sa part défendu la décision de Mme Fournier. « Certains des auteurs du sabotage de la démarche Oser repenser le PQ en appellent au renouvellement du parti, a-t-il écrit mardi. Si j’étais elle, je ne trouverais pas ces appels au renouvellement très crédibles non plus. Catherine Fournier est une femme lucide et je partage plusieurs des constats qu’elle pose. »

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26 commentaires
  • William Dufort - Abonné 12 mars 2019 22 h 18

    Quoi comprendre?

    Je ne comprends pas ce qu'il y a de si hérétique dans ces propositions qui aurait pu pousser Mme Fournier à claquer la porte. Mais comme on est au PQ où rien n'est simple, faudra attendre ses explications. J'ai bien hâte de les entendre.

  • Denis Paquette - Abonné 13 mars 2019 01 h 13

    en poilique le gasp générationnelle a toujours été la difficultée

    le P.Q, a toujours eu des problemes générationnelle c'etait vrai du temps de René Lévesque, c'est encore vrai aujourd'hui,mon opinionest que c'est presque toujours les nouvelles génrations qui font évoluer les sociétés, c'est encore vrai aujourd'hui

    • André Guay - Abonné 13 mars 2019 09 h 07

      En français "GASP": Mouvement respiratoire inefficace d'origine réflexe, phénomène terminal de l'agonie.

    • Marie Nobert - Abonnée 14 mars 2019 00 h 11

      M. Guay! M. Paquette voulait dire «gap». Nous avons tous compris, mais il est vrai qu'en français le mot juste aurait pu être «fossé» (fracture, etc.). Il aurait été plus utile et agréable de le lui proposer avec élégance. Bref.

      JHS Baril

  • Hermel Cyr - Inscrit 13 mars 2019 06 h 07

    Laisser les grenouilleurs grenouiller dans leur coin

    Il apparaît de plus en plus clair que la démission de Christine Fournier est une action téléguidée qui cache un agenda politique ourdi des mêmes franges autodestructrices du mouvement indépendantiste. On saura bien les détails assez tôt !

    Mme Fournier a participé en tant que membre de l’exécutif à tous les travaux préparatoires, elle était informée (Gabrielle Lemieux), les discussions tenues en sa présence relevaient des problèmes dont elle a elle-même fait ses raisons de quitter (dixit Véronique Hivon). Alors, pourquoi saper cet élan à la toute veille d’un conseil qui s’annonce une remise en question fondamentale du parti ?

    Les vrais perdants sont ceux qui démissionnent. Ils se retrouvent chez les grenouilleurs qui piaffent d’impatience de prendre du galon. Les gagnants sont ceux et celles qui se retroussent les manches et travaillent au renouvellement.

    Le succès est têtu, l’échec est défaitiste. Le mieux que les membres de ce parti puissent faire est de se concentrer sur le travail à faire et de laisser les grenouilleurs grenouiller dans leur coin. La cause de l’indépendance est plus grande que les petits égos meurtris.

    • Gilles Gagné - Abonné 13 mars 2019 13 h 02

      ''Les vrais perdants sont ceux qui démissionnent'' vous avez tout-à-fait raison, qu'est-ce qui ne va pas chez celles-ci/ceux-ci? c'est à croire que les consensus ne peuvent plus se développer il n'y en a plus que pour les idées personnelles sans compromis. Balailles d'égo ou manque de maturité personnelle alors que les discussions ne faisaient que commencer, c'est un poste de député que Mme Fournier viennait de gagner impliquant la population de toute une circonscription pas une job de dépanneur que l'on obtient sans trop d'appui. Quel dommage!

    • Hermel Cyr - Inscrit 13 mars 2019 13 h 10

      J’ajouterais ceci. Que tout est dans la façon dont Mme Fournier a traité ses collègues du caucus et de l’exécutif du parti.

      Depuis, des semaines, elle a participé aux discussions sur l’autocritique et la réorientation du parti en leur présence. Elle les à peut-être regardé dans les yeux, elle a eu l’occasion d’émettre librement ses idées, ses objections, ses oppositions. Et elle les a tenus hors de ses réflexions personnelles. Elle a travaillé avec eux jusqu’à vendredi passé sans laisser même une once de doute sur ses intentions de les quitter. Pourtant, lundi, elle a bien dit avoir longuement mûrie sa réflexion ! Alors. Pourquoi le dimanche suivant, convoque-t-elle une conférence de presse pour le lendemain afin de déballer ce que tout le monde sait ? Moi, j’appelle ça de la vilénie politique.

      Je pense que Christine Fournier vient de signer sa mort politique au Québec. Qui pourra accorder foi à cette personne maintenant ? Qui voudra travailler avec elle sachant qu’elle leur cache ses convictions profondes et qu'elle est une fourbe ?

    • Colette Lécuyer - Abonnée 13 mars 2019 14 h 23

      La démission de Christine Fournier et l'absence de Jean-Marie Aussant m'ont donné le coup de pouce de renouveler mon adhésion au PQ pour les 3 prochaines années. Soit Christine Fournier et Aussant se partent un parti. Soit qu'elle rejoint Martine Ouellet...Qui sait?

      Colette Lécuyer - Abonné

    • Hermel Cyr - Inscrit 13 mars 2019 15 h 06

      Toutes mes excuses à Christine Fournier et aussi à Catherine Fournier. C’est une méprise malheureuse pour Christine qui ne le mérite vraiment pas !

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 13 mars 2019 06 h 48

    RIEN ?!?

    « Oser repenser le PQ en appellent au renouvellement du parti, a-t-il écrit mardi. Si j’étais elle (A), je ne trouverais pas ces appels au renouvellement très crédibles non plus. Catherine Fournier est une femme lucide et je partage plusieurs des constats qu’elle pose. » (Paul St-Pierre Plamondon. Avocat, Auteur)

    Bien sûr, mais ce bémol : Pendant qu’elle siégeait au Conseil de direction du PQ, qu’a-t-elle retenu ? Qu’a-t-elle suggéré ou souhaité ? S’est-elle manifestée ?

    RIEN ?!? - 13 mars 2019 –

    A : Un « Si » très étonnant et renversant ! Bof !?!

  • Bernard LEIFFET - Abonné 13 mars 2019 07 h 15

    Se remettre en question? Une nécessité pour tous!

    Quel devin peut-il oser affirmer que tout va bien sur terre? Il en est de même partout, autant au travail, pendant la retraite, dans les familles de plus en plus séparées propres aux nouvelles générations omnubilées par l'indépendance personnelle et le narcissisme véhiculé par les réseaux sociaux. Bref, il n'est même pas facile de s'entendre sur quelque chose qui va bien, et de quelle chose s'agit-il?
    Pointer le Parti Québécois comme un parti usé, fatigué, presque sans idées, puisque ses membres sont trop vieux pour prendre des décisions, dont celle de se « moderniser ». C'est se mettre le doigt dans l'oeil! Prêts à bondir sur toute nouvelle fracassante, les journalistes en font leur choux gras pendant que les autres partis s'en tirent bien.Rien à craindre d'un retour du PLQ, QS n'est plus intéressée par l'indépendance, quant à la CAQ, les promesses s'envolent et, bien que des membres soient des anciens péquistes, l'indépendance n'est pas un objectif, ni d'ailleurs celui d'être un pays autonome, c'est-à-dire libre et souverain. Alors, pourquoi ne pas commenter l'autonomie de la CAQ? Est-elle superficielle, réelle? Sur quels fondements repose-t-elle?
    Les remises en question sont quasi perpétuelles et ce sont elles qui font aussi les nouvelles. Le cas de Madame Fournier en est un exemple. Et sans nouvelles que deviendront nos vaillant(e)s journalistes? Alors, SVP évitons d'éclabousser ceux et celles qui pensent que l'Indépendance est une bonne chose pour le Québec et qu'une République du Québec mettrait fin à des années de colonisation!