Nouvelles divisions dans le camp souverainiste

Catherine Fournier quitte le parti avec lequel elle s’est fait élire il y a moins de cinq mois pour mieux travailler à la réalisation de l’indépendance, explique-t-elle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Catherine Fournier quitte le parti avec lequel elle s’est fait élire il y a moins de cinq mois pour mieux travailler à la réalisation de l’indépendance, explique-t-elle.

Le Parti québécois (PQ) refuse de laisser aller son statut de deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale avec Catherine Fournier.

Québec solidaire (QS) a rapidement revendiqué le statut de deuxième groupe d’opposition lundi, après le départ de l’élue de Marie-Victorin. « Les principes du parlementarisme sont clairs : c’est le nombre de députés qui classe l’ordre des partis », a fait valoir le leader parlementaire solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, fort d’un député de plus que le PQ. QS compte dix députés, le PQ neuf.

Les élus solidaires « connaissent bien mal les règles parlementaires », a rétorqué M. Bérubé, pointant l’« Entente relative au fonctionnement de l’Assemblée pour la durée de la 42e législature ». « [Les partis] conviennent, sur la base de ces résultats [du 1er octobre dernier], de reconnaître, pour la durée de la 42e législature, le Parti québécois comme deuxième groupe parlementaire d’opposition et Québec solidaire comme troisième groupe parlementaire d’opposition », stipule l’accord conclu entre les partis politiques en novembre 2018.

« Dans la mesure où un parti peut perdre ou gagner des députés, n’est-ce pas antidémocratique que le PQ soit installé dans la deuxième opposition et QS dans la troisième opposition jusqu’au scrutin de 2022 ? » a demandé Le Devoir au chef péquiste. « C’est comme ça », a répondu M. Bérubé, tout en soulignant que « chacun [des représentants des partis] a signé en son âme et conscience » l’entente l’automne dernier.

Mais QS refuse d’en rester là. Le parti politique demande à la direction de l’Assemblée nationale de trancher.

Un parti « perdant »

Après près de huit années de militantisme au PQ, Catherine Fournier a tourné le dos au parti politique fondé par René Lévesque il y a 50 ans, qui, selon elle, « à force de perdre […] est devenu perdant ».

La députée de Marie-Victorin siégera désormais comme « élue souverainiste indépendante » à l’Assemblée nationale. « Ce n’est pas un coup de tête. C’est une décision mûrement réfléchie », a-t-elle souligné lors d’un point de presse dans le Vieux-Longueuil lundi avant-midi.

Malgré ses dizaines de milliers de membres aux quatre coins du Québec, le PQ a « cessé d’attirer et de se renouveler », selon Mme Fournier. L’élection d’un nouveau chef — elle, par exemple — ne changerait pas la donne, croit-elle. « Il ne sert à rien de vouloir désespérément sauver le tronc ou les branches d’un arbre en train de dépérir. L’important, c’est d’en sauver les racines », a-t-elle soutenu lundi matin.

Dans cet esprit, Catherine Fournier compte participer à la création d’une « coalition » capable de « regrouper les souverainistes de tous les horizons autour d’un plan crédible, concret et réalisable pour réussir à faire du Québec un pays », et ce, « en terrain neutre des chicanes partisanes contre-productives ».

La vérité, c’est que le Parti québécois a cessé d’attirer et de se renouveler. Trop de Québécois ne l’écoutent plus.

Pour l’instant, Catherine Fournier n’entend pas créer un nouveau parti politique. « La dernière chose [dont] le mouvement souverainiste a besoin à l’heure actuelle, c’est un parti politique qui vienne s’ajouter à l’offre de partis politiques actuelle », a-t-elle fait valoir, avant d’ajouter : « Bien sûr, il va falloir trouver un canal politique pour arriver à porter nos idées, puis bien sûr à faire une place sur la scène politique québécoise pour arriver au pouvoir et réaliser le projet de pays. On n’est pas du tout là. » Pourtant, des individus préparent le terrain, y compris un compagnon de route de Jean-Martin Aussant qui a récemment réservé le nom d’« Option Québec » auprès d’Élections Québec. Mme Fournier s’est abstenue de dire lundi si elle est associée de près ou de loin à cette initiative. « Je ne parlerai pas pour monsieur Aussant », s’est-elle contentée de dire.

Légitimité égratignée ?

M. Bérubé s’interroge sur la légitimité de Mme Fournier, qui a brigué les suffrages sous la bannière du PQ il y a seulement cinq mois. Elle doit sa victoire du 1er octobre dernier dans Marie-Victorin aux « gens qui ont voté pour le Parti québécois », selon lui. Doit-elle mettre son siège en jeu ? « C’est une question qui se pose », a-t-il répondu. « Il y a une question de légitimité. »

Sophie Stanké, qui avait elle aussi brigué l’investiture du PQ dans Marie-Victorin après la démission de Bernard Drainville il y a deux ans et des poussières, juge « regrettable », « décevant » le départ précipité de Mme Fournier de la famille péquiste. « Si ç’avait été moi, je serais restée », a-t-elle assuré au Devoir, notant par ailleurs avoir reçu « beaucoup de messages » d’électeurs de Marie-Victorin depuis la conférence de presse de Mme Fournier, lundi avant-midi.

Catherine Fournier ne croit « trahi[r] en aucun cas le mandat » donné par les électeurs de Marie-Victorin le 1er octobre dernier, puisque l’indépendance demeure « la raison fondamentale de [son] engagement politique ».

Par ailleurs, elle disait avoir l’intention de participer comme prévu à un panel sur l’avenir du PQ — ou « Comment faire renaître nos espérances » — le 31 mars prochain au restaurant La Croisée des chemins de Chambly. La directrice générale du PQ, Carole Poirier, l’invite poliment à reconsidérer sa décision. « Ce serait très étrange qu’elle vienne », a-t-elle affirmé au Devoir lundi soir.

« [Catherine Fournier] s’est donnée une indépendance, elle n’a pas fait avancer l’indépendance », a poursuivi M. Bérubé.

L’ex-députée de Vachon, Martine Ouellet, n’en est pas certaine. « Quand on parle d’indépendance, tous les véhicules sont bons. Le jour où ce sera le temps de se décider, tout cela s’additionnera. Je suis pas inquiète », a-t-elle dit en marge du lancement de son magazine, Oui je le veux !. « Si elle veut contribuer au magazine, si elle veut contribuer au Mouvement Québec indépendant, la porte est grande ouverte », a-t-elle lancé.

La  «bonne nouvelle indépendantiste» sur 32 pages glacées

Après un an de travail bénévole, l’éditrice (ex-députée péquiste et chef bloquiste) Martine Ouellet et la rédactrice en chef (ex-chef intérimaire d’Option nationale) Nathaly Dufour ont lancé, lundi soir à Montréal, Oui je le veux, un magazine « 100 % indépendantiste ». « Ce n’est pas un tract politique », a insisté Martine Ouellet, invitant tout indépendantiste à proposer un texte à cette nouvelle publication. « L’indépendance est au-delà des partis. L’indépendance est au-delà des ego des individus. »
21 commentaires
  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 12 mars 2019 05 h 44

    … suspectes !

    « Après près de huit années de militantisme au PQ, Catherine Fournier a tourné le dos au parti politique fondé par René Lévesque il y a 50 ans, qui, selon elle, « à force de perdre […] est devenu perdant ». » (Marco Bélair-Cirino, Le Devoir)

    Bien que sa décision soit « mûrement réfléchie », on-dirait que, de la citation, la ou les raisons (du monde des perdants, oups?!) motivant son départ demeurent comme …

    … suspectes ! - 12 mars 2019 -

    • Carole Mattard - Inscrite 12 mars 2019 09 h 08

      Suspectes en effet,
      Je suis vraiment déçue de ce sabordage du PQ, qui travaillait à se relever. Attendons maintenant de voir quel leader en mal de micro se cache derrière... cet élan "murement réfléchi". Suffit de voir qui se pointera pour en profiter, et ça ne tardera pas. Pendant ce temps, la droite prend toute la place. Bravo à Jean-François Lisée, qui a visé juste encore une fois avec son livre.

  • Hélène Gervais - Abonnée 12 mars 2019 06 h 16

    Franchement ....

    je trouve cette personne très peu crédible; pourtant elle était un vent de rafraîchissement une fois élue. Elle met le PQ dans l'embarras en devenant indépendante. Je me demande ce que ceux qui ont voté pour elle en pensent.

  • André Joyal - Inscrit 12 mars 2019 07 h 34

    53 ans plus tard...

    C'est la 2è fois que j'en suis à penser que mon parti n'a pas le choix : il doit se saborder. Grande différence cependant, la première fois, les Rinistes avaient une autre option. Quelle est la nôtre? Sûrement pas QS...C'est au Brésil de Bolsonaro que j'apprends cette nouvelle : un épais nuage passe devant mon soleil. «Notre» ex- Catherine a -t-elle raison? Je n'en sais rien, hélas.

    • Christian Montmarquette - Abonné 12 mars 2019 08 h 46

      @ André Joyal,

      " Les Rinistes avaient une autre option. Quelle est la nôtre? Sûrement pas QS...." - André Joyal

      Si je comprends bien, vous faites vous-même ce que les péquistes ont reproché à QS durant des années.

      Vous mettez des "conditions" à l'indépendance.

      Mais ça ne m'étonne pas du tout.

      Les péquistes ont toujours vu la paille dans l'oeil de QS en refusant de voir la poutre dans les leurs. Et c'est d'ailleurs une des importantes raisons de l'incapacité de ce parti de se renouveler. Comment corriger ses erreurs quand ont refuse de les reconnaitre ?

      Christian Montmarquette

    • Tristan Roy - Abonné 12 mars 2019 08 h 52

      Je suis un électeur de Marie-Victorin. La grande majorité des électeurs de Mme Fournier dans le comté ont d'abord voté pour le PQ et vont voter pour le candidat du PQ à la prochaine élection. Mais pas tous. Beaucoup dans les réseaux sociaux depuis novembre regrettaient déjà leur vote et annoncaient vouloir voter pour la CAQ en 2022, surtout autour du débat de la loi sur l'immigration.

      À l'autre extrémité, des électeurs de QS et du PLQ ont voté pour Mme Fournier afin de bloquer la CAQ parce que c'était serré. À la prochaine élection, si le candidat de la CAQ a une large avance, ces électeurs vont voter pour leur parti préféré.

      Les souverainistes y gagnent plus de bisbille, les résidents du comté... rien. Mme Fournier va probablement se lancer dans une aventure messianique avec M. Haussan et parcourir le Québec pour délaisser le comté. Quand elle va voir que ça ne fonctionne pas et que les Québécois ne prêtent pas attention a elle et son message, elle va être démotivée... et s'occupper encore moins du comté, voir démissionner et accepter un bel emploi. Chez Québecor par exemple, avec son ancien patron PKP. Plusieurs ont déjà joué ce scénario.

      Je trouve ça très triste, Mme Fournier faisait partie d'une brillante relève. Elle s'est engagée sur la pente descendante. Si jeune... J'espère me tromper et qu'elle confondra les sceptiques.

    • Hélène Paulette - Abonnée 12 mars 2019 10 h 53

      Dites moi, monsieur Roy, ce qui empêche ses électeurs d'aller demander des comptes à leur députée?

    • Gilles Théberge - Abonné 12 mars 2019 12 h 26

      Il n’y a pas de commune mesure entre le RIN et QS, qui n’est qu’un ersatz d’un parti politique.

      À l’époque, il était question d’une véritable convergence entre des partis, RIN, RN, qui visaient le même objectif, l’émancipation et la libération du peuple Québécois.

      Ce n’est pas comparable.

    • Jean-François Trottier - Abonné 13 mars 2019 09 h 58

      Montmarquette :

      Le grand défaut que tous les commentateurs trouvent au PQ est qu'il est en perpétuelle remise en question. C'est d'ailleurs le sujet ici et maintenant.

      Comment peut-on dire que les péquistes ne voient pas la poutre ?
      Vision manichéenne coupée au couteau, qui permet tout à certains et rien à d'autres.

      Toujours tenter de démontrer qu'il n'y a que deux options possibles : son Parti et rien pantoutte.
      Même si on parle de paille, nier le moindre problème possible avec son parti.

      En clair : reprocher aux autres précisément ses propres défauts.

      Sans compter la charge émotive incluse, blessante, très "ferme ta gueule".
      Comment répondre à ça sans devenir dur, sinon hargneux?
      Si au moins cette méchanceté était passagère... Mais non, nous sommes envahis!

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 12 mars 2019 08 h 14

    Une suggestion

    À chaque élection provinciale au Québec et à chaque processus de désignation d’un nouveau chef du Parti Québécois, l’idée de tenir un autre référendum provoque un « psychodrame politique ».

    De plus, la présence de plusieurs partis politiques favorables à l’indépendance du Québec occasionne des problèmes et des discussions quant à un front commun qui, de façon générale, n’aboutissent pas.

    Ne conviendrait-il pas de modifier la méthode par laquelle les citoyens québécois décident s’ils veulent ou pas que le Québec soit un pays indépendant?

    Cette modification consisterait en ce que, lors de la tenue de chaque élection, le Parti Québécois propose que l’indépendance du Québec est décidée par un vote majoritaire (50 +1 %) des électeurs québécois pour des candidats favorables à l’indépendance, peu importe quel parti politique ces candidats représentent, et ensuite par un vote majoritaire (50 +1 %) des députés à l’Assemblée nationale.

    Cette méthode, d’une élection à l’autre, éliminerait tout psychodrame fondé sur l’aspect final et tragique d’un référendum, et ce par sa récurrence possible à chaque élection. Elle normaliserait en quelque sorte la démarche de tous les indépendantistes pour l’indépendance du Québec.

    D’autre part, pour assurer que les citoyens puissent bénéficier d’un choix de partis politiques représentant les diverses tendances de la « droite » à la « gauche » en passant par le « centre », il conviendrait que la loi relative à l’indépendance du Québec prévoit des élections dès le moment où l’indépendance est légalement et effectivement établie.

    Maîtres chez nous!

    • Sylvain Lévesque - Abonné 12 mars 2019 12 h 43

      Dans le contexte d'une telle "élection référendaire", Québec Solidaire perdrait au moins la moitié de ses votes...

  • Tristan Roy - Abonné 12 mars 2019 08 h 28

    Mme Fournier, vous avez raison sur votre diagnostic sur le PQ. Mais je ne vois pas bien en quoi votre départ va changer quoi que ce soit, à part contribuer à l’éparpillement des forces souverainistes…

    Vous êtes très jeune, c’est bien tôt pour mettre votre carrière politique en jeu. La prochaine élection va arriver vite et en plus des électeurs péquistes pour qui le parti passe avant tout, vous allez perdre les électeurs de QS, voir même du PLQ , qui ont voté pour vous pour bloquer la CAQ. Vous allez aussi perdre les nombreux électeurs qui ont voté PQ, le regrettent maintenant et penchent vers la CAQ. Votre carrière de députée risque de se terminer en 2022.

    Jean-François Haussant a fait le même pari que vous, et la suite de sa carrière politique n’a été qu’une succession d’échecs… Ce n’est pas un exemple à suivre.

    …mais c’est fait, c’est fait. Vous avez trois ans pour trouver une solution. J’espère que vous la trouverez, ce serait vraiment dommage que l’Assemblée Nationale perdre un brillante membre de sa relève. Encore bonne chance.

    • Jacques Patenaude - Abonné 12 mars 2019 11 h 28

      Pour madame Fournier on verra. elle a pris un risque et elle l'assume. Dans notre système électoral les électeurs votent pour élire un député local. C'est ainsi que le système est fait qu'on le veuille ou non. Les électeurs sont conscient que la personne qu'ils élisent est membre d'un parti. Certains votent en adhérant à son parti, d'autres votent surtout contre un parti, d'autres enfin votent pour ou contre une candidature en particulier peu importe le parti. On peut difficilement savoir qu'est-ce qui a motivé chaque électeur d'autant plus actuellement selon un récent sondage Ipsos il n'y a aucun parti qui peut dire que " l’appréciation générale des idées de la formation" est le principal facteur de choix. Le parti qui fait les meilleur score à ce sujet est le parti libéral. Les députés représentent d'abord tous les électeurs de leur comté. Les forcer à maintenir obligatoirement leur allégeance à un parti est une façon de les contraindre à devenir de simple haut parleur de l'appareil du parti.