La réforme de l'immigration sème l'inquiétude chez les étudiants étrangers

Le projet de loi 9 envoie un très mauvais signal aux étudiants étrangers qui doivent déjà composer avec la déréglementation des droits de scolarité.
Photo: Jeff Pachoud Agence France-Presse Le projet de loi 9 envoie un très mauvais signal aux étudiants étrangers qui doivent déjà composer avec la déréglementation des droits de scolarité.

L’annulation des 18 000 dossiers de candidature en attente au ministère québécois de l’Immigration fait craindre le pire à des doctorants et à des stagiaires post-doctoraux étrangers. Une situation que dénoncent des associations universitaires.

Bahman Khabiri, 33 ans, a quitté l’Iran en 2016 afin de faire son doctorat en génie à Sherbrooke. « Après un an, j’ai trouvé que c’était charmant et j’ai décidé de faire ma vie ici », a-t-il raconté dans un échange de courriels cette semaine. En 2017, il s’est inscrit au programme des travailleurs qualifiés du Québec pour immigrer. Il espérait obtenir son certificat de sélection sous peu quand le gouvernement a annoncé que les 18 000 dossiers en attente seraient annulés.

« Ils ont ruiné ma vie », dit l’étudiant, qui doute de pouvoir être reçu en s’inscrivant dans le nouveau système Arrima. Il craint aussi de perdre des points en raison de son âge et parce qu’il a peu travaillé depuis cinq ans, ce qui n’était pas le cas quand il s’est inscrit en 2017.

Les recherches de Bahman portent sur des biofiltres permettant d’éliminer des gaz à effet de serre (GES) comme le méthane à l’aide de bactéries. « Comme vous voyez, je fais quelque chose de bien pour le Québec ! », dit-il.

Le Regroupement des étudiants de maîtrise et de doctorat de l’Université de Sherbrooke (REMDUS) estime qu’entre 10 et 25 étudiants sont touchés par le projet de loi 9. « Ce sont des étudiants en génie, en immunologie et en administration », explique le porte-parole Kevin Galipeault.

Quand on lui fait remarquer que c’est relativement peu sur l’ensemble de la population étudiante (environ 42 000), il répond que ce sont des cas « de trop ». « Surtout quand on pense à ce qu’ils apportent à la société québécoise », dit-il. « Il ne faut pas oublier que c’est juste pour l’Université de Sherbrooke. Il y a ceux des autres universités aussi. »

Sur les autres campus, les associations jointes par Le Devoir se disent, elles aussi, préoccupées par le problème, mais sont incapables de dire combien d’étudiants sont touchés. « On n’a pas de chiffres, on est en train d’essayer de les obtenir », explique Matis Allali, secrétaire général de la Fédération des associations étudiantes du campus de l’Université de Montréal (FAECUM). « C’est certain à notre avis qu’on a plus de 20 personnes qui sont touchées par ça. Ça risque d’être proportionnel à ce qu’on voit à l’Université de Sherbrooke si ce n’est pas plus, parce qu’on a beaucoup d’étudiants qui viennent de l’international. »

À l’Université Laval, on n’a pas de chiffres non plus, soutient l’Association des étudiantes et des étudiants de Laval inscrits aux études supérieures (AELIES), qui n’a pas non plus reçu d’appels d’étudiants touchés. Quant à Concordia et l’Université McGill, leurs associations étudiantes n’ont pas rappelé Le Devoir cette semaine.

Deux étudiantes ont également inclus leurs témoignages dans l’action en justice intentée par l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI) contre le gouvernement. Mme Seeun Park, diplômée en soins infirmiers en Corée qui étudie le français ici pour pratiquer au Québec ainsi que Fernanda Pérez Gay Juárez, une étudiante en neurosciences à l’Université McGill originaire du Mexique.

Selon l’Union étudiante du Québec (UEQ), qui regroupe huit associations étudiantes, les répercussions du projet de loi 9 sur les étudiants « sont assez floues pour l’instant ». Mais son président, Guillaume Lecorps, dit suivre le dossier de près et déplore que « l’empressement » du gouvernement à adopter le projet de loi les prive du temps nécessaire pour mettre tout cela au clair.

Chose certaine, dit-il, cela envoie un très mauvais signal aux étudiants étrangers qui doivent déjà composer avec la déréglementation des droits de scolarité. « Encore une fois, on crée des mesures qui ont un effet dissuasif sur le processus d’immigration des étudiants internationaux ».

Pas pire qu’avant, selon le cabinet du ministre

Pour l’heure, seuls les étudiants de Sherbrooke prévoient agir à court terme contre la réforme, par des rencontres avec leurs députés de locaux notamment. Le porte-parole du REMDUS a également fait une présentation en février lors d’un rassemblement de Québec solidaire au Cégep Ahuntsic, à Montréal.

Joint vendredi, le cabinet du ministre de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, estime que les inquiétudes des étudiants sont non fondées. Ceux parmi les 18 000 qui sont au Québec (les 3700) seront traités en priorité dans Arrima, rappelle son attaché de presse, Marc-André Gosselin. « Ces personnes n’auraient pas nécessairement été reçues dans l’ancien système », dit-il en soulignant que le traitement des dossiers se fera plus vite dans Arrima.

Relancé à ce propos, le REMDUS rétorque que le gouvernement a certes promis de traiter les dossiers en priorité, mais que seulement 400 personnes parmi les 3700 seront reçues cette année, selon une analyse récente du ministère diffusée dans les médias.

Christophe Duret, conseiller politique au REMDUS, ajoute qu’en soumettant une nouvelle candidature, les étudiants risquent de perdre des points pour leur âge désormais plus élevé. « Ce qui nous inquiète plus, c’est l’orientation générale du nouveau programme », ajoute-t-il. « C’est bien de vouloir arrimer l’immigration en fonction des besoins de main-d’oeuvre, mais le problème avec les cycles supérieurs et le post-doctorat est qu’on ne peut pas quantifier la plus-value que ces personnes-là peuvent apporter au Québec. »

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9 commentaires
  • Serge Pelletier - Abonné 11 mars 2019 04 h 55

    Encore du pleurage...

    Depuis quand le "je veux des ci et des ça" dans un rêve devient-il obligatoirement combler dans la vie? Depuis quand une formation quelconque - peut importe le domaine et le niveau (sauf pour les MD) - assure-t-elle une brillante et lucrative carrière? Depuis quand un pays - ou ce qui en tient lieu - est-il dans l'obligation de dire "oui" à toute demande d'immigration? Depuis quand un pays - ou ce qui en tient lieu - doit-il justifier ses politiques migratoires aux demandeurs d'immigration?

    Pire, nos universités canadiennes, tout comme les québécoises, "parcheminent" à qui mieux mieux dans toutes les disciplines, et ce à tous les niveaux...

    Quant à se faire croire et accroire comme étudiant universitaire que l'on va sauver le peuple de la dèche, que dis-je la nation entière elle-même, par mes supers connaissances, et mon intellect pratiquement sans borne... Et, bien, c'est simple... La consultation est nécessaire, et urgente.

    Les pays d'origine de ces messieurs et dames "parcheminés" les attendrent généralement les bras ouverts... avec des empois pratiquement assurés et biens rémunérés (en regard des normes du pays d'origine)... Pays d'origine où ils pourront faire rayonner tout leurs savoirs... Et peut-être y être le sauveur réincarné...

    Mais pourquoi donc tiennent-ils tant à demeurer ici... Et que toute réponse négative à leur demande d'immigration serait automatiquement un crime de lèse-majesté envers leur illustre personne?

    • James Dormeyer - Abonné 11 mars 2019 10 h 38

      Votre seul nom, Mr Pelletier, m'indique que vous n'avez jamais eu à vivre les affres d'un déracinement...
      Je ne vous le souhaite pas. Ou plutôt je vous les souhaite... Ça mettrait un peu plus de compassion dans vos propos, et vous permettrait aussi de rejoindre cette réputation de terre d'acueil auquel le Québec prétend, et auquel de futurs émigrants ont cru.

      James Dormeyer.

  • James Dormeyer - Abonné 11 mars 2019 09 h 59

    VOTRE SEUL NOM...

    Votre seul nom, Mr Pelletier, me dit que vous n'avez pas eu à quitter votre pays d'origine...

    James Dormeyer.

    • Serge Pelletier - Abonné 11 mars 2019 15 h 46

      M. Dormeyer, j'ai habité en Europe plusieurs années, j'ai habité à Hong Kong (kowloon pour être plus précis) pendant de nombreuses années, j'ai habité les USA pendant plusieurs années... et pas uniquement comme touriste "yeuxteur", mais comme travailleur, et même pour une entreprise chinoise pour H-K. Pour le Canada, j'ai travaillé et habité dans toutes les provinces et territoires...

      C'était un choix personnel de "faire de par le vaste monde", et pour quelques fois par obligations "de gagner ma vie"... et jamais je n'ai, ni même penser, que j'étais un "plus" pour ces endroits. Ni d'ailleurs, qu'il (le pays où l'endroit) avait besoin de moi, et que sans moi... et bien, ce serait le délude...

      Quand l'on est étudiant universitaire que l'on se croit directement sortie de la cuisse de Zeus... la consultation est de rigueur.

  • Nick O'Pol - Inscrite 11 mars 2019 13 h 58

    Réponse à Mr Serge Pelletier

    Outre le fait que vous sembliez idéaliser quelque peu la profession de médecin, vous passez à côté des arguments principaux des témoignages recueillis.
    Les étudiants au doctorat et les stagiaires au post-doctorat sont:
    1) pour le moins hautement qualifiés dans leur domaine
    2) pour la plupart ici depuis plusieurs années (4-5 ans pour un doctorat, au minimum 2 ans pour compléter un stage post-doc ''qui a de l'allure''.
    3) ils ont appris et parlent le français (tout au moins ceux qui ont fréquentés une Université francophone
    4) ils contribuent déjà, pour la plupart à l'économie et au développement du Québec dans des secteurs de pointe.
    En cette période de pénurie de main d'œuvre, on ne peut que s'interroger sur la logique d'un gouvernement qui renvoi ces candidats à la case départ.

    • Serge Pelletier - Abonné 11 mars 2019 15 h 26

      M. O'Pol, je n'idéalise aucunement les MD, se sont les seuls finissants universitaires qui possèdent en terminant leurs études un emploi pratiquement garanti et rémunéré par l'État. Ça, il faut le savoir.
      Un doctorat ou un post-doc ne signifie aucunement une super-qualification dans un domaine donné. Généralement, il s'agit, pour un doc la connaissance d'un petit, très petit "morceau" d'une domaine donné... Et plusieurs thèses de doctorat n'ont aucun rapport avec l'avancement réel des connaisances du domaine. L'on peut facilement en consulter des rayons complets de ses écrits plus ou moins utiles dans les bibliothèques universitaires. Et croyez-moi, il ne s'agit pas uniquement d'écrits inutiles portant sur les amours entre mouches tsé-tsé... Pire, lune très forte majorité des thèses actuelles sont des "remakes" mis à la mode du jour.
      Quant aux "post-Doc" cela fait partie d'échanges de bons procédés entre profeseurs universitaires...
      Quant à la pénurie de main-d'oeuvre... Cela est une mode très très passagère, et ne concerne pas en général les universitaires... mais les emplois du "bas"... Le terme pénurie est devenu à la mode avec les arguities des infirmières il y a une dizaine d'années... Puis, comme "cela poignait" comme terme, et non en fait réel... Il s'est .étendu à tous les domaines... Ce qui facilite la non délivrance d'un service quelconque, ou la non disponibilité d'un bien quelconque...

  • Nick O'Pol - Inscrite 11 mars 2019 18 h 54

    Je constate que Mr Pelletier a une très haute opinion des études universitaires...

    Ceci étant dit, il n'en reste pas moins paradoxal que le gouvernement continue de clamer que le niveau d'éducation reste un critère de sélection important des immigrants. Il faut croire que la CAQ ne partage pas votre avis...du moins en apparence.
    Il reste donc au ministre de l'immigration à nous expliquer pourquoi il rechigne à régler le cas des étudiants étrangers en attente de statut.
    Heureusement, les avocats ont fait leur travail et ont obtenu que le gouvernement fasse au moins semblant de s'y intéresser. Pas uniquement aux étudiants d'ailleurs mais bien à l'ensemble des 18000 dossiers que la CAQ voulait 'oublier'.
    Curieux de voir combien de ses dossiers seront effectivement traités dans les prochains mois.

    • Serge Pelletier - Abonné 12 mars 2019 03 h 48

      M. O'Pol, je suis, entre autres, un universitaire "super-parcheminisé", et ce dans divers domaines.
      L'histoire de la scolarisation (pour le pointage) découle des ententes fédérales/provinciales/québécoises. Lors du "transfert" de compétences pour permettre des recommandations du GV-Q en matière de sélection, il fut demander au GV-Q d'établir une grille de pointage: âge, scolarité, état civil, etc. Comme se sont des bureaucrates qui ont établi les barêmes de pointages... ils ont recopié ce qui en était dans la fonction publique avec bien entendu tous ses travers.
      Le pointage pour le niveau de scolarisation (tout comme les autres) n'existait pas antérieurement. Ce qui a permis à une multitude de gens d'immigrer ici... et de gagner honorablement leur vie dans tous les domaines et ce dans des occupations très variées allant du manoeuvre journalier sur la voirie, au professeur d'université, et pour plusieurs des emplois dans les secteurs publics, pari-publiques, et péri-publiques.
      Quant au 18,000 dossiers en "souffrance" au Service de l'immigration du GV-Q, certains y "souffrent" depuis une décennie... L'agonie y est longue avant d'avoir un diagnostic de "mort prévisible et irrévocable".
      De plus, M. O'pot, depuis quand un ministre doit-il expliquer une décision à un quidam quelconque - soit-il un étudiant universitaire? Bien pire, le politiquement correct qui sévit en cette époque trouble interdit de dire la réalité et la vérité. Pourtant elle est simple pour certains étudiants et "implantés" ici sans demandes antérieures d'immigration: nous allons les mettre (le GV et la population) devant un fait accompli... J'ai tout vendu dans mion pays pour venir ici, cela fait trois ans, cinq ans, que je suis ici vous ne pouvez plus me dire NON... Je suis ici... Un scénario pratiqment similaire pour les étudiants... CELA SE NOMME TENTATIVE DE COURT-CIRCUITER UN SYSTÈME...
      Et que dites-vous aux gens qui se conforment aux règles, et déposent une demande de chez-eux à l'étrang

  • Nick O'Pol - Inscrite 12 mars 2019 11 h 52

    Mr Pelletier

    Vous semblez très attaché à soutenir une décision pour le moins discutable et très certainement constestée.
    1) ''Quant au 18,000 dossiers en "souffrance" au Service de l'immigration du GV-Q, certains y "souffrent" depuis une décennie... L'agonie y est longue avant d'avoir un diagnostic de "mort prévisible et irrévocable".
    A bon, vous travaillez aussi au Ministère de l'Immigration pour ainsi présumer des décisions de celui-ci?
    2) Ce n'est pas aux étudiants ou aux immigrants en général que le ministre doit s'expliquer mais bien face à leurs représentants légaux, les avocats spécialistes en droit de l'immigration. Et le minsitre a été bien en peine de le faire, avec le résultat que l'on connaît.
    3) Il se s'agit en rien d'une tentative pour court-circuiter le système puisque le système dans les règles qui étaient (et sont encore par injonction) les siennes, privilégie les candidats très scolarisés, francophones et déjà intégrés à la société québécoise.
    Vous ne trouvez pas c'est un plus ? Étonnant...