Le commissaire à la santé devrait analyser les conséquences de la réforme Barrette

La restructuration du système de santé enclenchée par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette a grandement secoué le milieu, ces dernières années.
Photo: Michael Monnier Archives Le Devoir La restructuration du système de santé enclenchée par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette a grandement secoué le milieu, ces dernières années.

Le prochain commissaire à la santé et au bien-être (CSBE) risque d’avoir du pain sur la planche à son entrée en poste cet été. Il devrait toutefois analyser en priorité l’efficacité et les impacts de la réforme Barrette sur le réseau de la santé, estiment des experts et acteurs du milieu.

« Il faut absolument se pencher sur l’état du réseau qui a été mis à mal par la réforme Barrette, la loi 10, et qu’on suggère des leviers à mettre en place pour que les services et les soins continuent d’être déployés malgré les effets collatéraux sur le terrain », lance Nancy Bédard, présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ).

La restructuration du système de santé enclenchée par l’ex-ministre de la Santé Gaétan Barrette a grandement secoué le milieu, ces dernières années. Or nombre de ces réformes et changements ont été effectués pendant que le poste de CSBE disparaissait du budget libéral, dès 2016.

Critiquant cette décision, la Coalition avenir Québec avait promis en campagne électorale de rétablir ce poste. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a finalement lancé mercredi le processus de sélection du prochain CSBE, qui doit entrer en fonction cet été.

« C’est sûr qu’on a du retard, plein de choses se sont passées entre-temps et le système a beaucoup changé. Il va falloir regarder en arrière et évaluer la réforme mise en place. En tout cas, c’est ce que je ferais comme commissaire », soutient Robert Salois, qui a assumé ce rôle de 2006 à 2017. Ravi de voir son ancien poste rétabli, il espère que son successeur aura accès plus facilement que lui aux différents indicateurs et données pour mener à bien son rôle d’« observateur externe ».

De son côté, le professeur à l’École de sciences infirmières de l’Université de Victoria Damien Contandriopoulos doute de la pertinence d’analyser l’efficacité de la réforme Barrette, une « catastrophe totale » déjà bien connue. « Je ne vois pas comment un gouvernement pourrait aller de l’avant en proposant de restructurer encore le réseau. Le système public de santé est dans un état de soins intensifs, la priorité devrait être mise sur sa stabilisation avant d’essayer de l’opérer », illustre-t-il comparant le réseau à un patient.

À son avis, le prochain commissaire ne risque pas de se tourner les pouces, car bien d’autres dossiers l’attendent. Manque de places en CHSLD, rémunération médicale, surmédication ou encore surcharge du personnel en santé : la liste est déjà longue.

Une entité essentielle

« Paradoxalement, l’abolition du poste de commissaire a démontré toute sa pertinence, fait remarquer M. Contandriopoulos. Il faut dire que l’ancien commissaire dérangeait le politique. Je pense aux travaux qui ont montré que le Québec a les pires urgences du monde occidental, ou encore à ceux sur la rémunération des médecins. Aucune des entités gouvernementales existantes n’a l’indépendance ou le courage de poursuivre ce genre d’études. D’où la nécessité d’un chien de garde externe. »

Un avis partagé par les fédérations et organismes du milieu consultés par Le Devoir. La ministre McCann elle-même l’a confirmé par voie de communiqué : « Il est essentiel, au Québec, de pouvoir compter sur un organisme indépendant qui peut analyser la performance du réseau de la santé et des services sociaux, formuler des critiques constructives et proposer des recommandations pour améliorer l’accès aux soins ».

Pleine indépendance ?

Mais reste à savoir de quels pouvoirs il sera investi et de qui il relèvera, soulève Danis Prud’homme du Réseau FADOQ. Lors de sa création en 2003, le poste de commissaire devait relever de l’Assemblée nationale pour jouir d’une pleine indépendance. Cela n’a toutefois jamais été respecté, le commissaire ayant toujours relevé du ministère de la Santé.

« C’est majeur, cette idée de neutralité, et ce rôle de vigie ne peut avoir de sens que s’il relève de l’Assemblée nationale et non d’un gouvernement », affirme le président de l’Association médicale du Québec (AMQ), Hugo Viens. Le CSBE n’est pas à l’abri d’une nouvelle disparition et d’un changement de son mandat, craint-il. « Peut-être qu’on décidera que cette entité sera sous la tutelle de l’Assemblée nationale d’ici la nomination du commissaire. Ce n’est que le début du processus, toutes les ficelles ne sont pas encore tirées », espère M. Viens.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.