La classe politique québécoise réagit aux révélations de Wilson-Raybould

Sonia LeBel se dit «plutôt inquiète pour le respect de nos institutions».
Photo: Jacques Boissinot Archives La Presse canadienne Sonia LeBel se dit «plutôt inquiète pour le respect de nos institutions».

La procureure générale du Québec (PGQ), Sonia Lebel, n’entrevoit pas la perspective où elle interviendrait dans une poursuite visant SNC-Lavalin.

La Loi sur le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) permet à la PGQ d’« intervenir, en première instance ou en appel » dans une poursuite qui « soulève, à son avis, des questions d’intérêt général qui dépassent celles habituellement soulevées dans les poursuites criminelles et pénales ».

À l’instar de l’ex-procureure générale du Canada (PGC), Jody Wilson-Raybould, Mme Lebel pourrait voir une affaire visant le géant montréalais du génie-conseil atterrir sur son bureau. En effet, le DPCP travaillerait, selon La Presse, à préparer le dépôt de chefs d’accusation contre SNC-Lavalin de concert avec la Gendarmerie royale du Canada (GRC).

« [L’intervention de la PGQ dans une poursuite,] c’est une procédure exceptionnelle. Au moment où on se parle, je n’ai pas l’intention d’intervenir dans ce dossier et rien ne me laisse penser que j’aurai à le faire », a déclaré Mme Lebel dans un impromptu de presse, jeudi. « Si un jour, la décision change parce que les circonstances changent ou les informations qu’on pourrait détenir changent, je devrai le faire en toute transparence. Je devrai expliquer à la population pourquoi j’interviens dans ce dossier-là pour éviter des allégations de pressions politiques et expliquer l’intérêt public », a-t-elle ajouté.

Voyez l'intervention de Sonia LeBel


De son côté, le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon, a réitéré sa volonté de « protéger SNC-Lavalin dans la mesure où on peut le faire légalement ». Il a pris soin de rappeler que SNC-Lavalin emploie 9000 individus au Canada, dont 3400 au Québec. « SNC a admis ses torts, a changé la direction d’entreprise, a changé le conseil d’administration, a créé un comité d’éthique à l’intérieur. Les efforts ont été faits. Comme gouvernement, il faut tenir en compte ce qu’ils ont fait », a-t-il insisté.

Le premier ministre, François Legault, a rappelé une nouvelle fois que la perspective d’une mise à l’écart de la firme de génie-conseil des marchés publics pendant la décennie suivant un verdict de culpabilité « crée des gros problèmes et des gros risques pour les emplois ». M. Fitzgibbon a été plus direct : « Plus de contrats, plus d’employés ».

Voyez l'intervention de François Legault


Mme Lebel s’est dite préoccupée par les allégations de pressions soutenues de la part du premier ministre Justin Trudeau sur Mme Wilson-Raybould l’incitant à conclure un accord de réparation avec SNC-Lavalin en dépit de l’avis contraire de la Directrice des poursuites pénales (DPP). « Si ce qu’on allègue est vrai, c’est effectivement inquiétant qu’on ait fait des pressions. Et ça, ça m’inquiète grandement », a-t-elle déclaré, après avoir dit ne pas vouloir « jouer à qui dit vrai » entre M. Trudeau et Mme Wilson-Raybould.

M. Fitzgibbon n’a pas jeté la pierre au premier ministre fédéral. « Si j’avais été premier ministre du Québec, j’aurais été voir le ministre de la Justice pour voir pourquoi on ne peut pas faire un accord de correction », a-t-il affirmé. « J’aurais voulu comprendre. »

Avec Isabelle Porter