Comment enrayer le racisme dans les arénas?

Le premier ministre François Legault a fait savoir mercredi qu’il se serait attendu à ce que le match soit arrêté et que les partisans ayant insulté M. Diaby et sa famille soient expulsés.
Photo: Skynesher Getty Images Le premier ministre François Legault a fait savoir mercredi qu’il se serait attendu à ce que le match soit arrêté et que les partisans ayant insulté M. Diaby et sa famille soient expulsés.

La polémique entourant un joueur de hockey victime de racisme lors d’un match de la Ligue nord-américaine de hockey (LNAH) a continué mercredi de faire réagir la classe politique. Selon le député libéral Enrico Ciccone, des accusations criminelles devraient être portées contre la poignée de partisans impliqués.

« Dégoûtant, disgracieux et inacceptable. » Les événements survenus samedi à l’aréna régional Rivière-du-Nord, à Saint-Jérôme, ont visiblement choqué M. Ciconne. « On s’est attaqué à ses parents, à sa famille, parce qu’ils sont Noirs. Là, un moment donné, ça va trop loin », s’est-il insurgé devant les journalistes, ajoutant qu’« on tomb[ait] dans le droit criminel ».

Photo: HO-Ligue nord-americaine de hockey La Presse canadienne Jonathan-Ismaël Diaby

Le jeune défenseur des Marquis de Jonquière Jonathan-Ismaël Diaby a été la cible de propos à caractère raciste lancés par des partisans de l’équipe adverse, les Pétroliers du Nord. Des spectateurs lui ont également montré des vidéos de babouins alors qu’il se trouvait au banc des pénalités.

La famille de l’athlète a aussi été prise à partie par des partisans. Selon la description des événements faite par M. Diaby, des spectateurs ont touché les cheveux de son père et pris le bras de sa copine. Le joueur a finalement décidé, après avoir écopé d’une nouvelle pénalité, de quitter les lieux avec ses proches. « Quand tu mets la main sur la tête de quelqu’un, quand tu prends le bras de quelqu’un comme ça a été fait, ce sont des voies de fait, a commenté Enrico Ciccone. On fait des guides sur comment se comporter dans les arénas, mais ça ne fonctionne pas. Ça fait cinquante ans que ça ne fonctionne pas […] Un moment donné, il faut être plus coercitif. »

Des matchs sans spectateurs

Le premier ministre François Legault a fait savoir mercredi qu’il se serait attendu à ce que le match soit arrêté et que les partisans ayant insulté M. Diaby et sa famille soient expulsés. « J’en appelle aux ligues de hockey et aux autres spectateurs : on a le droit de dire à quelqu’un qui tient des propos comme ça que ça n’a pas de bon sens. »

De son côté, Enrico Ciccone a suggéré que la LNAH prenne exemple sur l’Europe, où il arrive qu’un match amateur ou semi-professionnel de soccer se déroule à huis clos pour éviter des débordements de la foule. « Il faut aller chercher où ça fait mal, et c’est le portefeuille. Dans la ligue nord-américaine, on a besoin de[s] sous [de la vente de billets] », a-t-il dit.

Une proposition que juge « un peu trop extrême » Simon Turcot, entraîneur-chef du 3L de Rivière-du-Loup, l’une des équipes du circuit de la LNAH. « Si on fait ça, les organisations vont fermer les livres. Les joueurs sont payés, il y a énormément de dépenses autour d’un match de hockey. »

Mais celui qui est à la tête de la formation louperivoise depuis trois ans le remarque : insultes et comportements déplacés fusent dans les arénas du Québec. « Ça arrive partout maintenant, déplore-t-il. Je m’implique parfois dans le hockey mineur et ça arrive même dans les estrades des niveaux atome et pee-wee. » Et dans ses fonctions d’entraîneur-chef du 3L, il raconte que les joutes disputées à Saint-Jérôme détonnent des autres villes visitées par la LNAH. « C’est la place la plus difficile en matière de spectateurs. »

Le climat parfois tumultueux des arénas est actuellement sous la loupe de la ministre des Sports, Isabelle Charest, qui en est à dresser un portrait de la situation, a-t-elle indiqué au Devoir.