Jean-François Roberge veut remanier le cours ECR

La promesse d’abolir le cours d’ECR prise par la Coalition avenir Québec dans la foulée de son congrès de fondation, en 2012, ne tient plus.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La promesse d’abolir le cours d’ECR prise par la Coalition avenir Québec dans la foulée de son congrès de fondation, en 2012, ne tient plus.

Le programme Éthique et culture religieuse passe sous silence l’athéisme, estime le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Le plan de cours sera révisé afin d’évoquer la doctrine selon laquelle Dieu n’existe pas, a-t-il indiqué mardi.

« Il y a une place [pour les athées dans le cours d’éthique et de culture religieuse (ECR)], mais elle n’est pas suffisamment grande. Or, je pense que l’athéisme fait partie des courants de pensée », a-t-il soutenu dans un impromptu de presse sur la colline Parlementaire.

Aux yeux de M. Roberge, « il faut corriger ce cours-là, il faut améliorer ce cours-là ». Il s’engage à le faire d’ici la fin de la législature, en 2022. « On ne peut pas tout faire cet hiver », a dit l’auteur de deux projets de loi : le premier instaurant les maternelles 4 ans, le deuxième encadrant les frais imposés aux parents d’élèves.

Manuels scolaires

Le ministre — et ancien enseignant du cours d’ECR — a mentionné mardi sa volonté de réviser les manuels scolaires qui peuvent, selon lui, contenir des « images stéréotypées ». « Ce n’est pas une bonne idée de continuer comme ça avec le statu quo — avec les manuels tels qu’ils sont », a-t-il dit.

Le premier ministre, François Legault, en a rajouté devant l’Assemblée nationale. « Ce cours doit être complètement revu », a-t-il laissé tomber dans le Salon bleu.

La promesse d’abolir le cours d’ECR prise par la Coalition avenir Québec dans la foulée de son congrès de fondation, en 2012, ne tient plus. « C’est une fausse bonne idée, l’abolition pure et simple du cours d’ECR pour amener de la laïcité », a indiqué M. Roberge, sept ans plus tard.

Le ministre a soutenu que le programme d’ECR prépare l’élève au « vivre-ensemble » en l’outillant afin de « combattre les généralisations hâtives, les appels aux clans, les faux arguments ». « Dans un contexte de mondialisation et de migration massives, je pense que c’est important de connaître les grandes religions [car elles] influent sur la politique étrangère de certains pays, influent sur les façons de se vêtir de certains, sur ce que mangent certaines personnes, sur les valeurs », a-t-il expliqué. « Le cours d’ECR, ce n’est pas un cours de religion, c’est d’abord un cours d’éthique. »

Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a pour sa part décrié le cours d’ECR, qui est selon lui « un échec ». Il demande au gouvernement caquiste de cesser un enseignement qui « véhicule des valeurs qui ne sont pas les nôtres, stigmatise les enfants en fonction d’une pratique religieuse, discrimine les enfants non pratiquants, propage des stéréotypes, véhicule des dogmes religieux [et] va à l’encontre de l’égalité entre les femmes et les hommes ». Cela dit, M. Bérubé n’est pas d’accord pour permettre aux parents de retirer leur enfant des classes d’ECR. « Ça fait partie des cours qui sont obligatoires », a-t-il noté.

 
 

Écoutez les députés Pascal Bérubé, Gabriel Nadeau-Dubois et le ministre de l'Éducation, Jean-François Roberge, en mêlée de presse

Jeter l’eau du bain, sans le bébé

Selon M. Bérubé, il s’agit d’un « test de cohérence » pour un gouvernement qui s’apprête à déposer un projet de loi sur la laïcité de l’État québécois, a-t-il fait valoir.

« Il y a des choses à apporter, à changer, mais on n’est pas obligés de jeter le bébé avec l’eau du bain », a rétorqué le chef du gouvernement, François Legault. « On a le droit d’expliquer l’histoire des religions aux personnes, aux jeunes qui viennent dans nos écoles. »

Le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois estime pour sa part que le cours d’ECR est « utile pour éduquer les jeunes à la citoyenneté ». « Je suis un des rares députés dans cette chambre qui est assez jeune pour avoir suivi le cours d’ECR. Ça ne m’a pas du tout rendu multiculturaliste, bien au contraire », a-t-il souligné. L’élu solidaire croit cependant que le programme peut « certainement » être amélioré.