La liste d’attente en immigration s’allonge encore

Le gouvernement de François Legault veut mieux arrimer l’immigration aux besoins du marché du travail, mais c’est aux travailleurs qualifiés qu’il devra fermer la porte en 2019 pour respecter son engagement de réduire à 40 000 l’afflux d’immigrants.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le gouvernement de François Legault veut mieux arrimer l’immigration aux besoins du marché du travail, mais c’est aux travailleurs qualifiés qu’il devra fermer la porte en 2019 pour respecter son engagement de réduire à 40 000 l’afflux d’immigrants.

La CAQ compte sur Ottawa pour ralentir la progression des dossiers afin de respecter sa promesse de limiter le seuil d’immigration à 40 000 personnes. Près de 17 000 candidats en attente d’une résidence permanente risquent dès lors de voir leur arrivée au Québec considérablement retardée.

À l’heure actuelle, pas moins de 41 200 personnes attendent une réponse d’Ottawa pour obtenir leur résidence permanence. Or le gouvernement de la CAQ a demandé au gouvernement fédéral de n’en accepter que 24 300 en 2019.

Cela veut dire que 16 900 personnes qui en étaient à la dernière étape du processus devront au minimum attendre à 2020 avant d’obtenir leur résidence permanente.

La Coalition avenir Québec (CAQ) s’est fait élire en promettant qu’elle limiterait cette année à 40 000 le nombre d’immigrants reçus au Québec. Or de ce nombre, il faut compter les 16 000 réfugiés et personnes en regroupement familial qui sont déjà attendus dans le cadre des programmes fédéraux. Dès lors, pour réduire le nombre total d’immigrants, le gouvernement doit intervenir sur le seul programme qu’elle contrôle — les travailleurs qualifiés — en réduisant le nombre de personnes reçues à 24 300.

Au cabinet du ministre Simon Jolin-Barrette, on est convaincu qu’Ottawa s’ajustera en raison de l’Accord Canada-Québec. Celui-ci stipule que le Canada doit « tenir compte de l’avis du Québec relativement au nombre d’immigrants que ce dernier désire recevoir ».

Du côté d’Ottawa, on dit n’avoir aucune intention de s’y opposer. « C’est ce qui est prévu dans l’Accord Canada-Québec », a résumé une source au cabinet du ministre de l’Immigration Ahmed Hussen.

Le gouvernement Legault avait déjà fait savoir en décembre qu’il comptait limiter son nombre d’immigrants reçus à 24 300, mais on n’avait pas signalé à l’époque qu’il y avait autant de certificats de sélection acceptés au Québec et en attente d’un feu vert du fédéral.

Mardi, pendant la période de questions, le ministre québécois de l’Immigration, Simon Jolin-Barrette, a reproché au précédent gouvernement libéral d’avoir accepté trop de gens quand il était au pouvoir. « Ce que les libéraux ont fait, c’est qu’il n’y avait pas de gestion de la demande et qu’au fédéral ça a créé des inventaires de 30 400 dossiers en 2017, 38 500 personnes [en 2018], 41 200 personnes présentement au fédéral. Ça, c’est la méthode de gestion libérale, un autre inventaire. »

Pour atténuer l’impact des seuils d’immigration sur les travailleurs qualifiés, le gouvernement de la CAQ négocie actuellement avec Ottawa afin de pouvoir aussi réduire la proportion de dossiers de regroupement familial acceptés. Or en attendant, l’impact se concentre sur les immigrants économiques.

Pendant ce temps, à l’Assemblée nationale, les critiques continuent de fuser contre le gouvernement Legault à propos d’une autre liste d’attente, celle des 18 000 dossiers qu’il compte annuler pour réformer le système de sélection.

Mardi matin, le ministre Jolin-Barrette a répété qu’il comptait respecter l’injonction obtenue par les avocats en immigration qui force son ministère à continuer de traiter les 18 000 dossiers tant que le projet de loi 9 ne sera pas adopté.

Or pour y arriver, il n’y aura pas d’ajout de personnel au sein de son ministère, a fait savoir le ministre en mêlée de presse.

Le premier ministre François Legault a quant à lui signalé qu’il faudrait au ministère « au moins un an » pour traiter les 18 000 dossiers. « Ça veut dire que le nouveau système Arrima, qui arrime les qualifications des candidats avec les besoins des entreprises, ne pourra pas être utilisé avant un an. Nous, on veut pouvoir l’utiliser le plus rapidement possible. »

Bien que son gouvernement entende respecter le jugement, il a bien l’intention de délaisser l’ancien système une fois le projet de loi 9 adopté, a toutefois ajouté le premier ministre. « Il y a une certaine urgence de régler la pénurie de main-d’oeuvre », a-t-il dit.

Qui prioriser ?

Le hasard a voulu mardi que le ministre Jolin-Barrette doive justement accueillir en commission parlementaire le groupe d’avocats qui l’a traîné devant les tribunaux, l’Association québécoise des avocats et avocates en droit de l’immigration (AQAADI).

Concernant les 18 000 dossiers, le porte-parole de l’AQAADI, Guillaume Cliche-Rivard, a suggéré au ministre de traiter en priorité les 4500 dossiers transmis avant 2015 parce qu’ils étaient transmis à l’époque en format papier et étaient déjà complets. « Ils sont prêts à être traités demain », a-t-il dit.

[...] le nouveau système Arrima, qui arrime les qualifications des candidats avec les besoins des entreprises, ne pourra pas être utilisé avant un an. Nous, on veut pouvoir l’utiliser le plus rapidement possible.

Me Cliche-Rivard a ensuite reproché au ministre de vouloir forcer les nouveaux immigrants à rester en région, ce qui a vivement fait réagir le ministre et donné lieu à un échange plutôt musclé.

Écoutez l'échange entre Guillaume Cliche-Rivard et Simon Jolin-Barrette


La Commission a ensuite reçu des regroupements d’affaires, dont la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI). Sa porte-parole, Martine Hébert, a suggéré quant à elle qu’on traite en priorité les dossiers en attente des gens qui travaillent déjà au Québec.

Pour favoriser la régionalisation, Mme Hébert a affirmé que cela se ferait « tout seul » dans le nouveau système d’arrimage avec les entreprises, puisque la plupart des demandes viennent des régions de toute façon.

Plus tard en soirée, les organismes communautaires en immigration ont eux aussi décrié l’annulation des 18 000 dossiers. Pour la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI), il s’agit d’une décision « radicale » et « sans considération » pour les individus concernés. La TCRI a ensuite recommandé au gouvernement de traiter en priorité les dossiers des demandeurs ayant fait leur demande à partir du Québec.

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12 commentaires
  • Georges Tremblay - Abonné 27 février 2019 04 h 32

    Des hésitations qui en disent long sur nous.

    Je suis très mal à l'aise d'entendre toutes les réserves adressées à la CAQ en matière d'immigration.
    C'est comme si nous n'étions pas libres de faire ce qu'on veut.
    C'est comme si de simples candidats avaient déjà acquis des droits.
    C'est comme si nous étions incapables d'imposer des contraintes même si c'est pour protéger nos intérêts.
    C'est comme si toutes ces années de tergiversations libérales, de référendums perdus, de commissions d'enquête bidons, de perte d'investissements productifs et récemment de décisions de la cour avaient érodé notre capacité de s'affirmer.

    • Serge Sokolski - Abonné 27 février 2019 09 h 46

      Si vous croyez que ces hésitations (?) en disent long sur nous (qui? nous), c'est très décevant. Faire ce qu'on veut, sans doute. Mais dans le cadre de règles établies qu'on ne change pas en cours de route. Oui les candidats ont des droits: ceux de se faire respecter s'ils ont suivi les règles. Mais si vous les changez en plein milieu du jeu, c'est injuste. Ne mélangez pas les commissions d'enquête, les référendums etc avec ça. Ça devient une soupe infecte. Le Québec a toujours imposé des contraintes pour protéger ses intérêts comme vous dites. Il n'a jamais été très facile d'immigrer au Québec (ou au Canada), contrairement à vos ancêtres qui n'ont jamais demandé la permission aux Amérindiens. Heureusement qu'il y a des immigrants : on en serait encore à manger du cheddar 2 couleurs et à boire de la 50 et nous devrions faire des études supérieures en anglais ou aux É-U.

    • Christiane Gervais - Inscrite 27 février 2019 10 h 29

      Je suis de votre avis et il faut écouter le vidéo joint à l'article dans lequel le ministre explique très bien les raisons qui prévalent pour, entre autres, le choix de la régionalisation des immigrants.

      Les activistes et lobbies divers sont en guerre contre ce gouvernement démocratiquement élu et ce, sur tous les fronts.

      La CAQ veut redonner un sens, une fierté à la nation québécoise et il est évident que tout est mis en oeuvre, en se servant des lois et valeurs canadiennes, pour l'en empêcher.

    • Hermel Cyr - Inscrit 27 février 2019 17 h 28

      M. Serge Sokolski
      Ne pouvez-vous donc pas diverger d'opinion avec M. Tremblay sans étaler votre mépris envers l'ensemble des Québécois ?

  • Yvon Robert - Abonné 27 février 2019 09 h 03

    Ignorance crasse

    En campagne électorale Legault parlait à travers son chapeau en immigration, son ministre actuel ne maitrise pas le dossier, son objectif réaliser une promesse électorale prise sans connaître le dossier immigration.

  • Serge Sokolski - Abonné 27 février 2019 09 h 29

    Amateurisme

    Ce gouvernement d'amateurs, d'idéologues et d'opportunistes se moque de tout et de tout le monde: les citoyens (et ceux en devenir), la loi, les faits, la science, la réalité. Ils sont aveuglés par leurs promesses populistes et leur soi-disant bon sens. Il me semble que c'est le pire gouvernement depuis longtemps si ce n'est depuis toujours.

  • Gilles Théberge - Abonné 27 février 2019 10 h 13

    C'est comme si, les avocats, et je parle ici de monsieur Cliche-Rivard, ne voyait pas que l'Immigration n'est pas un doit, mais un privilège...

    Je dis qu'à force de tenter de faire faire au gouvernement de la CAQ ce qui va à l'encontre des besoins du Québec,il ne voit que ses besoins, pendant que la population voit que le gouvernemet protège la société Québécoise contre cette sorte de dérive.

    Les boomerangs, ça existe.

  • Vincent Giroux - Inscrit 27 février 2019 11 h 05

    Incompétance continue en Immigration avec la CAQ

    Je dois dire que j'ai honte. J'ai rarement vu autant d'erreurs en droit d'un partie politique sur un seul sujet. C'est à croire qu'ils le font exprès; qu'ils cherchent un prétexte futile pour ramener la question de la souverainté. Vraiment, vous croyez que la séparation du Québec est une réponse à nos problèmes? C'est d'un ridicule consommé!
    C'est dommage que le Devoir n'est pas voulu nous montrer la réponse de Me Clîché-Rivard, mais je me doute un peu de celle-ci et c'est qui le projet de loi 9 est anti-constitutionel et ne pourra pas être imposé car elle va contre la Constituion Canadienne et la Charte des Droits et Libertés. Même si l'immigration est un droit partagé entre le fédéral et le provincial, le provincial doit se soumettre au pouvoir fédéral dans le cas d'un confilt ou d'une intersection de droit. La capacité à la sélection des immigrants est laissé au Qc, mais le status d'un CANADIEN est un pouvoir fédérale! Est-ce vraiment si compliqué à comprendre. On peut y attacher certaines restrictions, mais aucune qui pourraient porter préjudice à la personne ou encore diminuer ses droits.
    Ce que la CAQ propose est de créer une population de 2e classe avec les nouveaux arrivants, c'est à la limite de l'esclavage. Bravo la CAQ pour détruire l'image du Qc, Bravo pour empirer la situation des entreprises. Bravo pour nous faire reculer de 30 ans.
    Pour tout ceux qui ne voit pas plus loin que ler nez. La majorité des immigrants de 1e générations, qu'ils soient résidents permanents ou Canadiens, sont venu vivre au Canada, pas au Québec. Commencez à leur faire regretter leur choix et je vous promet une exode de ceux-ci. Un manque de 100 000 travailleurs, je crois qu'on pourrait voir se chiffre tripler si nous continuons dans cette voie.
    And to those that are scared of Qc identity loss, get your heads out of your collective asses, you have nothing to lose since you never had anything! If you don't like emmigrate to another ex-french colony.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 27 février 2019 18 h 46

      Et le fédéral qui attend deux ans avant d'accorder les permis de travail???

      Peu de gens en parlent.