Immigration: la CAQ accusée d’agir dans la précipitation

Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Simon Jolin-Barrette, ministre de l’Immigration

Le gouvernement se fait reprocher de procéder trop vite avec son projet de loi sur l’immigration, au point où des groupes comme le Barreau et la CSN n’ont pas pu participer à la Commission parlementaire, faute de temps pour se préparer.

Le Barreau du Québec a su mercredi après-midi qu’il était invité à faire une présentation à la commission parlementaire sur le projet de loi 9. Le hic, explique sa porte-parole Martine Meilleur, c’est qu’il devait y faire une présentation dès le lendemain. « Le délai était tellement bref qu’on n’a pas pu l’honorer. »

À la Confédération des syndicaux nationaux (CSN), on a décliné l’invitation pour les mêmes raisons. « Depuis le dépôt du projet de loi, nous avons demandé à être entendus en commission parlementaire, sans succès. Puis on nous appelle en milieu d’après-midi mercredi pour aller témoigner le lendemain matin. Il s’agit d’un projet de loi ayant de sérieux impacts pour la société québécoise, on ne peut pas demander aux organisations de préparer un mémoire à la dernière minute », a expliqué par courriel le président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jacques Létourneau.

Selon ce qu’a expliqué le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, les deux organismes ont été invités pour combler les cases horaires laissées vacantes par le désistement de Québec International et la Ville de Québec.

Or le leader de l’opposition libérale, Sébastien Proulx, lui reproche de « presser la note ». Non seulement les groupes manquent de temps pour se préparer, mais les commissions parlementaires ne consultent pas suffisamment de gens, font valoir les libéraux.

Pour le projet de loi 9, par exemple, le PLQ avait réclamé 39 intervenants, alors que Simon Jolin-Barrette se satisfaisait jeudi de deux fois moins d’intervenants.

De l’obstruction

Aux yeux du ministre de l’Immigration, les libéraux tentent « de mettre du sable dans l’engrenage ». Dans le système parlementaire québécois, le gouvernement doit s’entendre avec le leader de l’opposition sur l’horaire des travaux, notamment ceux des commissions qui étudient les projets de loi.

« Ils ralentissent le Parlement, ils ralentissent l’adoption des projets de loi », a déclaré M. Jolin-Barrette. Le leader du gouvernement, n’était pas le seul à tenir ce discours, jeudi. « Il y a un manque de collaboration entre l’opposition officielle et le gouvernement qui fait en sorte que c’est difficile », a fait valoir le co-porte-parole solidaire Gabriel Nadeau-Dubois, avant la période de questions.

L’opposition entre M. Proulx et M. Jolin-Barrette a pris une telle ampleur jeudi après la période de questions que les travaux de deux commissions parlementaires s’en sont trouvés paralysés pendant près de deux heures.

Pendant les travaux en Chambre, M. Proulx a reproché au leader caquiste de tenir un vote sur le principe du projet de loi 1 en même temps qu’une commission parlementaire sur le projet de loi 8 qui mobilisait les mêmes élus. « Ce n’est pas respectueux. […] Le temps ne presse pas au point de devoir faire ça là. » Pendant ce temps, la poursuite de la discussion au Salon bleu empêchait les commissions parlementaires de débuter.

Pierre Fortin

L’étude du projet de loi a finalement pu débuter à 15 h avec le passage de l’économiste Pierre Fortin, dont les remarques allaient dans le même sens que le gouvernement à plusieurs égards.

« Ce qui est important, c’est l’adéquation entre les besoins réels de nos entreprises et les demandes qui sont faites », a plaidé l’économiste, qui voit dans le système des déclarations d’intérêts (ARRIMA) un « pas dans la bonne direction ».

M. Fortin a aussi avancé qu’une augmentation trop importante des seuils d’immigration n’était pas une bonne chose en soi et risquait de générer du chômage chez les immigrants et de l’intolérance.

Le Conseil du patronat a par la suite plaidé pour un système de sélection plus efficace et réclamé qu’on accueille plus de travailleurs manuels. « D’ici 2026, le tiers des emplois […] nécessiteront peu ou pas de qualifications », a-t-il fait valoir dans son mémoire tout en s’en prenant à l’importance « démesurée » qu’accorde la grille de sélection aux diplômes universitaires. La Commission des partenaires du marché du travail s’est, elle aussi, montrée généralement favorable au projet de loi. La consultation doit poursuivre ses travaux mardi, mercredi et jeudi la semaine prochaine.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que l’économiste Pierre Fortin n’avait pas de problème avec la décision de Québec d’annuler 18 000 dossiers en attente au ministère, a été corrigée.

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