Cannabis: des experts en santé publique contredisent le ministre Carmant

Des groupes qui défileront devant la commission parlementaire étudiant le projet de loi sur le cannabis plaideront pour le maintien à 18 ans de l’âge légal pour posséder ou consommer de la marijuana. Les municipalités tenteront pour leur part de défendre leurs pouvoirs en réclamant le retrait de l’article interdisant à quiconque de fumer du cannabis dans l’espace public.
Photo: Getty Images Des groupes qui défileront devant la commission parlementaire étudiant le projet de loi sur le cannabis plaideront pour le maintien à 18 ans de l’âge légal pour posséder ou consommer de la marijuana. Les municipalités tenteront pour leur part de défendre leurs pouvoirs en réclamant le retrait de l’article interdisant à quiconque de fumer du cannabis dans l’espace public.

Une coalition dirigée par l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ) réfute l’argument principal avancé par le ministre Lionel Carmant pour justifier la hausse de l’âge minimal requis pour acheter et posséder des produits du cannabis de 18 à 21 ans : l’apparition de dommages au cerveau de consommateurs âgés jusqu’à 25 ans.

Il est « impossible pour l’instant de tirer des conclusions probantes » à partir d’imageries du cerveau de jeunes consommateurs occasionnels de cannabis dans lesquelles certains changements ont été observés, soutiendront l’ASPQ et l’Association des spécialistes en médecine préventive du Québec (ASMPQ) en commission parlementaire mardi. « La nature et la taille des échantillons ne permettent pas d’établir que ces changements sont associés à des effets négatifs », sont-ils d’avis.

La coalition, à laquelle s’est également joint le professeur de criminologie de l’Université d’Ottawa Bastien Quirion, exhortera mardi l’auteur du projet de loi 2, Lionel Carmant, à maintenir l’âge minimal d’accès légal au cannabis à 18 ans « par souci de cohérence législative, de rigueur scientifique, de lutte contre la stigmatisation et de prévention ».

Les municipalités québécoises, dont la Ville de Montréal, feront de même. Elles redoutent pour leur part des « désagréments » et des « coûts » advenant l’adoption du projet de loi resserrant l’encadrement du cannabis.

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, incitera le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, à renoncer à son projet d’interdire toute consommation de cannabis dans les lieux publics, lors de son passage à l’Assemblée nationale mardi soir. « La consultation qui a eu lieu [sous le gouvernement Couillard] et le cadre qui prévaut répondent aux réalités montréalaises », a fait valoir l’un de ses proches collaborateurs dans un échange avec Le Devoir, lundi. « Effectuer des changements en cours de route impliquerait beaucoup de désagréments, sans parler des coûts », a-t-il ajouté.

Le président de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Alexandre Cusson, tentera aussi de dissuader les élus caquistes d’« empiéter sur les compétences des municipalités en matière d’aménagement du territoire et de paix et bon ordre dans l’espace public » en décrétant une interdiction de fumer un joint de marijuana sur leur territoire. D’ailleurs, « les municipalités n’ont pas encore constaté [près de cinq mois après la légalisation du cannabis au Canada] de situations vraiment problématiques devant exiger des changements législatifs », souligne l’UMQ dans son mémoire adressé à l’Assemblée nationale. Le Devoir en a obtenu copie.

M. Cusson tentera de convaincre la Commission de la santé et des services sociaux de maintenir le pouvoir des municipalités d’adopter, si elles le souhaitent, un règlement déterminant les « lieux publics extérieurs (rues, trottoirs, parcs, etc.) où il sera permis ou interdit de fumer du cannabis ».

Sensibiliser plutôt qu’interdire

Par ailleurs, l’UMQ doute fortement que la consommation de cannabis fléchisse chez les jeunes après l’entrée en vigueur du projet de loi 2, qui prévoit faire passer l’âge légal d’achat et de consommation de 18 à 21 ans. « [Cette mesure] encourage plutôt une consommation d’un produit non encadré », souligne le regroupement de « gouvernements locaux » représentant plus de 85 % de la population. « Il importe d’abord et avant tout de continuer à faire des campagnes de sensibilisation et de prévention auprès de ces personnes plutôt que de simplement leur en interdire l’accès », ajoute-t-il.

D’ailleurs, la légalisation du cannabis au Canada, le 1er octobre dernier, n’a pas suscité l’engouement des jeunes pour le cannabis, qui était tant redouté. Selon Statistique Canada, 27,4 % des 15-24 ans ont consommé du cannabis entre octobre et décembre 2018, comparativement à 27,6 % entre janvier et septembre 2018.

Le président de l’UMQ, Alexandre Cusson, profitera de son passage devant la commission parlementaire afin de réclamer le versement des 20 millions de dollars mis de côté par l’ex-ministre des Finances, Carlos Leitão, pour faciliter la transition des municipalités vers la légalisation du cannabis.

Le monde municipal pourra compter mardi sur l’appui de l’ASPQ et ses partenaires. Les adultes de 18, 19 et 20 ans consommant du cannabis risquent d’acheter, si le gouvernement caquiste ne révise pas le projet de loi 2, une « substance non contrôlée et de moindre qualité » vendue sur le marché illégal, craignent l’ASPQ, l’ASMPQ, ainsi que le professeur Bastien Quirion.

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