La soif de changement, le grand moteur du vote de la CAQ

Le parti de François Legault a été porté au pouvoir par 37,42 % des électeurs québécois, le 1er octobre dernier.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Le parti de François Legault a été porté au pouvoir par 37,42 % des électeurs québécois, le 1er octobre dernier.

La Coalition avenir Québec (CAQ) doit sa nette victoire du 1er octobre à la volonté de changement plus qu’à n’importe quel élément de son programme, révèle une enquête post-électorale dévoilée jeudi. Et même : près de 40 % des électeurs caquistes se disent opposés à la promesse phare de François Legault de réduire les seuils d’immigration.

« Tous les partis se font des illusions et se pètent les bretelles en disant, une fois élus, que les gens ont voté pour l’ensemble de leurs politiques, relève en entretien la chercheuse Claire Durand, responsable de ce projet d’analyse des résultats du vote. On voit ici que ce n’est pas vrai », dit-elle en pointant notamment la donnée sur l’immigration.

40 %
Proportion des électeurs caquistes qui se disent opposés à la promesse phare de François Legault de réduire les seuils d’immigration.

Les données du sondage commandé aux fins de l’étude montrent que le vote ayant porté François Legault au pouvoir était d’abord circonstanciel — dans ce cas-ci, motivé par la volonté de changer de régime. Quelque 55 % des répondants qui ont dit avoir voté pour le CAQ ont spontanément choisi ce terme (« changement ») pour expliquer leur choix.

« L’appréciation générale des politiques et des idées » de la CAQ a autrement motivé le choix de 17 % des électeurs caquistes. L’autre raison évoquée par un nombre conséquent de répondants — il s’agissait d’une question ouverte — fut celle d’avoir choisi « le moins pire parti » (8 %).

Ceci fait dire à la sociologue Durand que « le vote pour la CAQ apparaît d’abord et avant tout comme un vote négatif », même si la volonté de changement « n’est pas nécessairement négative en soi ». « La suite montrera si ça devient un parti où il y a un appui pour les politiques. »

L’enquête de Mme Durand et de son collègue André Blais se base sur un sondage mené en ligne et par téléphone par la firme Ipsos auprès de 842 personnes (673 d’entre elles ont indiqué être allées voter). Les résultats ont été diffusés jeudi dans Options politiques, une publication de l’Institut de recherche en politiques publiques.

Tous les partis se font des illusions et se pètent les bretelles en disant, une fois élus, que les gens ont voté pour l’ensemble de leurs politiques. On voit ici que ce n’est pas vrai.

 

Les résultats indiquent que les libéraux et les solidaires ont profité d’un vote plus ancré dans le contenu de leur plateforme respective. Près de 36 % des répondants ayant voté libéral ont indiqué « l’appréciation générale » des idées de la formation comme principal facteur de choix. Un tiers des solidaires ont fait de même.

Pour les libéraux, on note aussi que la position du parti en économie a motivé le choix de 13 % des électeurs, alors que l’idée que le Parti libéral du Québec était le « moins pire » des choix a convaincu 12 % d’entre eux.

Au Parti québécois (PQ), le portrait est plus diffus. Selon le sondage, un électeur sur cinq a fait son choix en fonction de l’appréciation générale du programme ; 20 % indiquent que c’est le candidat local qui a motivé son vote ; près de 14 % ont mentionné la question nationale comme facteur ; et 10 % ont voté PQ parce que c’était la moins mauvaise des options.

Reste Québec solidaire, qui a vu ses appuis doubler au soir des élections. Outre l’appréciation générale du programme, on note que les électeurs solidaires ont fait leur choix en soutien aux propositions environnementales du parti (21 %) ; que la volonté de changement a été un facteur pour 16 % d’entre eux ; et que les valeurs du parti (10 %) ou l’adhésion idéologique à celui-ci (9 %) ont aussi influencé le vote.

Immigration

Deux autres questions posées dans le sondage permettent de voir que les Québécois peuvent voter pour un parti sans être d’accord avec tout ce qu’il propose.

Thème important de la dernière campagne, la question des seuils d’immigration divise la population : 42 % des répondants au sondage pensent qu’il faut maintenir les seuils actuels ; 14 % aimeraient les augmenter ; et 44 % estiment qu’il faut les diminuer, comme le propose le gouvernement Legault (d’environ 52 000 immigrants à 40 000).

Les électeurs caquistes sont majoritairement en faveur d’une réduction des seuils (61 %)… mais cela laisse tout de même un tiers de ceux-ci en faveur du statu quo, et plus de 5 % qui aimeraient une augmentation du nombre d’immigrants.

Autre point de convergence entre les électeurs libéraux et solidaires : environ les trois quarts d’entre eux sont opposés à une réduction des seuils d’immigration. Au Parti québécois (dont la position en campagne laissait présager une volonté de réduire les seuils, mais sans chiffre précis), les électeurs se partagent en deux parts égales entre opposants et partisans d’une telle mesure.

Globalement absente de la dernière campagne électorale — après un demi-siècle de domination des débats —, la question nationale n’a pas été un facteur de choix important le 1er octobre. Mais l’étude de Claire Durand montre que la quasi-totalité des électeurs libéraux sont au diapason de la position du parti sur cet enjeu ; elle révèle aussi que les deux tiers des caquistes sont opposés à l’indépendance.

Et si les trois quarts des péquistes sont pour l’indépendance, les solidaires se montrent pour leur part plus divisés : 47 % en faveur, et 53 % en défaveur.