Un registre des armes inadapté à la réalité des communautés autochtones

Le Chef de la Nation naskapie de Kawawachikamach, Noah Swappie, demande de «véritables consultations» afin de respecter «les besoins et la culture» de son peuple.
Photo: Getty Images Le Chef de la Nation naskapie de Kawawachikamach, Noah Swappie, demande de «véritables consultations» afin de respecter «les besoins et la culture» de son peuple.

Dépenser deux tiers d’un million de dollars pour persuader les propriétaires d’armes d’épaule d’enregistrer leur fusil dans le nouveau registre québécois des armes à feu, c’est une chose. Mais Québec aurait gagné à mettre un peu de cet argent dans des consultations avec les communautés autochtones afin de trouver des « mesures d’accommodement » permettant aux Premières Nations de poursuivre leurs activités de subsistance loin de cette nouvelle contrainte législative inadaptée et « paternaliste ».

C’est ce qu’affirme le chef de la nation naskapie de Kawawachikamach, Noah Swappie, une communauté située au nord de Schefferville, dans une lettre adressée au Devoir. Selon lui, « l’effort demandé par le gouvernement [pour se conformer aux règles d’immatriculation des armes d’épaule] risque […] de mettre des membres de notre nation dans une situation difficile face à la loi », écrit-il en évoquant un registre qui « répond à des enjeux urbains de criminalité » et qui, appliqué aux Autochtones, est une « intervention dans [leur] mode de vie » qui « semble très paternaliste ».

Depuis le 29 janvier dernier, les propriétaires de fusils, de carabines et d’autres armes d’épaule ont l’obligation d’immatriculer leurs armes auprès du ministère de la Sécurité publique (MSP), qui gère le nouveau registre. L’enregistrement doit se faire en ligne ou par la poste.

Sans remettre en question « les motivations du gouvernement dans ce dossier », M. Swappie estime qu’il est « accessoire » de demander aux membres de sa communauté d’enregistrer leurs armes, puisque toutes les familles en possèdent une pour assurer leur subsistance par la chasse. Il précise également que ces familles s’expriment « essentiellement en langue naskapie » et ont une connaissance sommaire de l’anglais et du français, ce qui complique leur interaction avec l’administration publique. Qui plus est, leur accès à Internet est déplorable, un problème pour s’inscrire au registre ou pour informer d’un changement d’emplacement de l’arme, comme le prescrit la loi.

Il réclame de « véritables consultations » afin de trouver des aménagements à cette loi qui « permettraient à [son] peuple d’assurer le maintien de [ses] activités de subsistance, dans le respect de [ses] besoins et de [sa] culture ».

L’appel à l’accommodement fait suite à celui lancé fin janvier par plusieurs autres chefs de nations autochtones présentes sur le territoire québécois. « Nous allons avoir un gros problème d’application chez nous si le gouvernement maintient sa position », a dénoncé le chef de la nation opitciwan, Christian Awashish, en marge d’une réunion des chefs de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) qui s’est tenue à Montréal il y a quelques jours. Cité par Radio-Canada, il a lui aussi souligné que les impératifs du registre n’étaient pas adaptés au mode de vie amérindien. Quant à Ghislain Picard, chef de l’APNQL, il s’est indigné de ne jamais avoir été consulté par Québec sur cette question.

Depuis un an, Québec a consacré 660 000 $ pour promouvoir son registre. À ce jour, 25 % des armes d’épaule en circulation ont été enregistrées. Les propriétaires des 75 % d’armes restantes se trouvent désormais dans l’illégalité et s’exposent à des amendes variant de 500 à 5000 $.

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