Brancher les régions à Internet haute vitesse sera plus long et plus coûteux

En campagne électorale, François Legault avait promis d’offrir l’accès à Internet à tous les Québécois qui en sont privés d’ici la fin de son premier mandat.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir En campagne électorale, François Legault avait promis d’offrir l’accès à Internet à tous les Québécois qui en sont privés d’ici la fin de son premier mandat.

La promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’offrir à toutes les régions un accès à Internet haute vitesse d’ici 2022 va prendre plus de temps à se réaliser et coûter plus cher que prévu.

En campagne électorale, François Legault avait promis d’offrir l’accès à Internet à tous les Québécois qui en sont privés d’ici la fin de son premier mandat. Un engagement de 400 millions de dollars visant 240 000 ménages.

Or, le député à qui il a confié le dossier, Gilles Bélanger (Orford), estime aujourd’hui que « c’est utopique de penser que le Québec va être 100 % couvert d’ici 2022 ». « Je crois que dans certains cas, on va être très très proche de 100 %, mais il va toujours rester certaines régions où ça va plus prendre un six ans », a-t-il affirmé.

Pourquoi ? « Parce qu’il y a des MRC qui ne sont peut-être pas prêtes, dit-il. Et parce qu’il y a des endroits où il n’y a pas de bénéfices à brancher », par exemple.

Quant aux coûts, le député Bélanger prévoit déjà que l’investissement prévu de 400 millions pourrait passer à 450. Au total, c’est 1,1 milliard qui sera injecté dans l’aventure d’ici quatre ans. « Le Québec, c’est 400 à 450 millions qu’on va contribuer. Le reste, ça vient du fédéral et des promoteurs et peut-être des municipalités. »

Après avoir fait le tour du dossier, M. Bélanger a présenté son plan de match à ses collègues, la semaine dernière, au caucus de son parti, à Gatineau.

« Moi je me mets un objectif de cinq ans pour le réaliser. On va avoir donné un bon coup de main au niveau du Québec pour le développement économique en région, ça sera peut-être pas 100 % de la solution, mais… »

Le plan vise d’abord à boucler le programme Québec branché, lancé en 2016 par le gouvernement libéral et dont les fonds n’ont pas tous été dépensés. Ce programme a connu des retards majeurs depuis son entrée en vigueur.

Plusieurs municipalités ne sont jamais parvenues à faire autoriser leurs projets par le gouvernement fédéral, qui cofinançait le projet. Pour l’heure, sur les 82 projets retenus par Québec, seulement 9 ont eu accès au financement, selon les données du ministère de l’Économie.

Dans un premier temps, Gilles Bélanger espère donc faire décoller « la plupart » de ces projets en attente, ce qui permettrait de faire passer de 340 000 à 240 000 le nombre de résidences sans Internet haute vitesse.

Le gouvernement caquiste lancerait ensuite son propre plan, qui placerait les MRC au coeur du déploiement d’Internet haute vitesse en région et, espère-t-on, permettrait de brancher 200 000 personnes de plus.

Au cours des prochains mois, les MRC lanceront des appels d’offres pour recruter les compagnies de télécommunications qui réaliseront leurs projets. « À partir de l’automne, on voudrait que les premières MRC puissent recevoir des offres. Ce que je veux, c’est que les MRC définissent leurs besoins, qu’on va valider avec eux. Par la suite, il va y avoir des appels d’offres, certains de type enchères », explique Gilles Bélanger.

Des critères plus serrés pour les compagnies de télécommunications

Pour remporter les enchères et avoir accès aux subventions, les compagnies de télécommunications devront se soumettre à des critères plus serrés que pour Québec branché, explique le député Bélanger. « Si je suis une compagnie, que j’ai pas de critères, je vais aller sur ce qui est le plus rentable. T’arrives dans un village, tu branches là où il y a le plus de densité et tu laisses tomber le reste… »

Les appels d’offres exigeront par ailleurs un minimum de 50 mégabits par seconde, soit l’équivalent de ce que le CRTC définit comme le seuil de la haute vitesse. C’est toutefois moins que ce qu’avait promis la CAQ en campagne électorale, soit une capacité de 100 mégabits par seconde.

En donnant la direction aux MRC et non aux municipalités, on espère pouvoir négocier des ententes plus avantageuses et forcer les milieux à tenir compte de l’Internet haute vitesse dans l’aménagement du territoire.

Or, ce seront aussi aux MRC de rendre des comptes, dit M. Bélanger. « Je rêve du moment où, dans cinq ans, quand un citoyen va se plaindre qu’il n’a pas accès à Internet haute vitesse, au lieu de toujours mettre la responsabilité sur le gouvernement, [ce sera aux MRC de] répondre aux citoyens et de dire : « Voilà, notre territoire, on le développe de telle façon et voilà ce qu’on est prêts à assumer. »» 

Le nouveau programme n’ira toutefois pas jusqu’à encourager les MRC à devenir propriétaires des infrastructures. « Aux États-Unis, beaucoup de municipalités ont investi pour avoir leur propre réseau de fibre avec le potentiel d’avoir des redevances », dit-il. Or « en majorité, ils se sont plantés ».

Les MRC qui le souhaitent pourraient quand même avoir accès aux subventions et monter le projet à l’interne si aucune entreprise de télécommunications ne faisait d’offre intéressante. Certaines le font d’ailleurs déjà, comme la MRC de Bécancour ou celle de Montcalm avec le projet Lucioles.

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8 commentaires
  • Mc Caskill - Inscrit 5 février 2019 07 h 37

    Brancher les régions...

    Le problème c'est que les Telco (Bell, Telus, ROgers) ont l'expertise mais aucun intérêt. Tandis que les MRC et les Municipalités ont l'intérêt mais aucun expertise. En plus, il est souhaitable que les régions aient leur propre réseau pour ne pas être dépendant des Telcos, mais il faut développer l'expertise locale. Et avec la pénurie de main d'oeuvre en TI...

  • Marcel Vachon - Abonné 5 février 2019 08 h 16

    Bravo, bravo, bravo à cette initiative tellement simple, intelligente et efficace. Vive la CAQ.

  • Bernard LEIFFET - Inscrit 5 février 2019 08 h 21

    La fibre optique à haute vitesse...

    À l'ère de l'Intelligence artificielle, du transport de l'énergie électrique dans un câble sous-marin et des câbles sous-marins pour acheminer les messages par fibres optiques dans une île, il apparaît, encore, qu'il y aura des délais dans la mise en oeuvre de la fibre optique à haute vitesse en régions éloignées! Comme citoyens du Québec nous payons nos împôts et taxes et, de plus, le coût des marchandises et des services est plus élevé qu'à Montréal. Les élections sont choses du passé, une nouvelle bulle évanouie, on s'en lave les mains. Et pourtant, on entend des rumeurs concernant un oléoduc, lesquelles font état que de gros travaux permettront un acheminement sans dommage pour l'environnement! Bref, Monsieur le Premier Ministre, soyez juste pour tout le monde. De mon côté je préfère l'installation de la fibre à celle d'une pollution en puissance!

  • Jean Richard - Abonné 5 février 2019 10 h 37

    Des régions éloignées ? Et à quelle vitesse ?

    Parenthèse : l'expression « internet à haute vitesse » est fautive. Qu'on ait un forfait de 10 Mbits/s ou de 50, le signal voyage à la même vitesse dans les deux cas, et cette vitesse est voisine de celle de la lumière, que ce soit par paire de cuivre, par câble ou par fibre optique.. D'ailleurs, si vous consultez la documentation du CRTC, vous ne trouverez pas une telle expression.
    Les expressions Mbits/s ou Gbits/s sont des unités de mesure de débit et non de vitesse. C'est un peu comme un cours d'eau. Supposons un ruisseau et un large fleuve dans lesquels l'eau descend à une vitesse de 5 nœuds (identique pour les deux). Il est clair que le débit du fleuve sera supérieur à celui du ruisseau et pourtant, la vitesse du courant est la même.
    C'est pourquoi le CRTC utilise l'expression « large bande » (pour large bande passante) et non pas haute vitesse.

    Ceci dit, venons-en aux régions et à ces gens qui, y habitant, s'imaginent qu'ils sont les enfants pauvres des télécommunications, se faisant croire que le dernier des taudis de Montréal est desservi par la fibre optique. La réalité est bien différente. À cause des subventions versées aux exploitants des réseaux de communication qui se devaient de donner priorité aux régions, Montréal a été la dernière ville où le déploiement résidentiel de la fibre optique a été entrepris. Et ce déploiement est loin d'être terminé. Des milliers de logements à Montréal ne sont toujours pas desservis par la fibre optique. J'habite à distance de marche du centre-ville de la métropole et si la fibre optique se rend dans la ruelle, elle n'entre pas dans l'immeuble et le maximum de largeur de bande qui m'est offert correspond au minimum du CRTC, rien de plus. Et on commence à penser qu'un plus haut débit sera bientôt offert par la Chine (Huawei), qui a une grande longueur d'avance avec la technologie 5G. L'internet devient de plus en plus nomade, de moins en moins sédentaire. À prévoir toutefois qu'Ottawa va leur fermer la route...

  • Julien Thériault - Abonné 5 février 2019 11 h 24

    MRC de Bécancour

    Dans la MRC de Bécancour, la fibre optique se rend à toutes les propriétés (ou c'est pour très très bientôt), même au fond des rangs les plus isolés.. La MRC en a pris l'intitiative et a pris les moyens pour la déployer. Il en coûte 48 $ par année par porte, qui s'ajoute à la facture de taxes municipales, ce qui est tout de même raisonnable. Elle reçoit aussi des redevances de la compagie Sogetel, qui a accepté de fournir le signal (cable, téléphone fixe, internet). Sauf erreur, Sogetel à l'exclusivité du service pour un temps limité. Il semble que les grands joueurs (Bell, Vidéotron...) ne trouvait pas ça assez rentable. Bien entendu, si le gouvernement les subventionne, elles vont vont accepter. La MRC, pour sa part, a entrepris cela avant l'annonce des subventions l'an dernier et a eu du mal à en obtenir. Il semble que le gouvernement trouvait normal de subventionner Bell ou Vidéotron mais une MRC rurale...

    Par ailleurs, avec Sogetel, on peut communiquer avec le service aux clients presque sans délai. Essayez de joindre Bell...