François Legault à la recherche de la «fierté» perdue

Legault compte aussi profiter des six premiers mois de cette «vraie première année» au pouvoir pour clore le débat sur la laïcité de l’État.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Legault compte aussi profiter des six premiers mois de cette «vraie première année» au pouvoir pour clore le débat sur la laïcité de l’État.

À la veille de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale, François Legault cite « le plus grand défi » auquel il est confronté : redonner aux citoyens « la fierté d’être Québécois ». L’État a son rôle à jouer pour y arriver, selon le premier ministre.

« Quand on est fiers des services qu’on a, des services qu’on offre à nos enfants, à nos parents vieillissants, de voir notre gouvernement défendre notre identité, je pense que c’est important », a-t-il déclaré au terme du caucus présessionnel des élus caquistes, jeudi dernier.

Dans cet esprit, les élus de la Coalition avenir Québec procéderont dès leur retour au parlement, mardi, à la « mise en chantiers » de « grands projets » en économie, en santé, et en éducation, a-t-il mentionné, inaugurant la « vraie première année » où la CAQ peut accroître les services offerts aux tout-petits éprouvant des difficultés d’apprentissage et aux aînés en perte d’autonomie tout en « continu[ant] à remettre de l’argent dans le portefeuille des Québécois ».

Le chef du gouvernement compte aussi profiter des six premiers mois de cette « vraie première année » au pouvoir pour clore le débat sur la laïcité de l’État, qui s’est enlisé depuis la publication du rapport de la commission Bouchard-Taylor (2008). En interdisant le port de signes religieux chez les policiers, procureurs, juges, gardiens de prison ainsi que les enseignants, M. Legault soutient pouvoir réduire les « risques de dérapages » dans le mouvement de laïcisation de la société québécoise, a-t-il indiqué sur les ondes du réseau LCN, dimanche.

« Humilité » plutôt qu’« arrogance »

Le chef du gouvernement appelle les 75 élus caquistes — lui, y compris — à aborder avec « humilité » leur retour à l’Assemblée nationale, mardi. Il leur défend de s’enfler la tête après la publication d’une série de coups de sonde favorables. Le sondage Léger-Le Journal de Montréal, publié au cours du week-end, montre un taux de satisfaction de 63 % à l’égard du gouvernement, ainsi qu’un accroissement du nombre de sympathisants de la CAQ (42 % le 1er février contre 37 % le 1er octobre). « Je ne veux voir personne d’arrogant chez nous », a répété M. Legault dans les dernières semaines. « Ça change vite en politique. Il y a des hauts, puis il y a des bas », a ajouté le doyen de l’Assemblée nationale, évoquant l’« humeur » changeante de l’électorat.

Privée de sa principale cible, soit l’ex-ministre MarieChantal Chassé, l’opposition tirera dans toutes les directions, à commencer dans celle du chef du gouvernement.

Le Parti libéral promettait la « prospérité », le Parti québécois promettait la « fierté », avait fait valoir M. Legault à l’occasion d’un « 6 à 8 » mercredi dernier. « Il n’y a aucun des deux qui ont réussi parce que les deux vont ensemble », avait-il lancé devant quelques centaines de militants.

Âgé de 61 ans, M. Legault se rappelle d’avoir été « fier » d’être Québécois lorsque des « artistes, athlètes réussissent partout dans le monde » ou encore lors de l’Expo 67, des Jeux olympiques et… lorsqu’il « étai[t] sur la montagne le 24 juin » dans le cadre de la Fête nationale de 1975. « Quand on est fier, on est heureux. […] C’est en étant fier qu’on se donne de l’ambition. »

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13 commentaires
  • Gilles St-Pierre - Abonné 4 février 2019 04 h 07

    Oui à la fierté

    Exact M. Legault mais quand un peuple est fier, il se tient debout et il n'accepte pas de se soumettre à une ingérence étrangère et il proclame d'abord sa propre souveraineté. Ainsi comme toujours, vive le Québec libre.

    • Nadia Alexan - Abonnée 4 février 2019 07 h 37

      La fierté d'être Québécois réside dans le fait qu'une société s'occupe d'abord de ses citoyens les plus vulnérables et les plus démunis. Une société qui se réclame de démocratie est fière quand personne n'est délaissé en arrière, incluant les enfants, les malades et les ainés.

  • Michel Lebel - Abonné 4 février 2019 04 h 15

    Dérapages...

    C'est quoi cette tartine sur la fierté! On est ce qu'on est, avec nos points forts et nos points faibles. Enfin je voudrais bien savoir quels sont les ''risques de ''dérapages'' dans le mouvement de laïcisation de la société québécoise''? Faut -il enfin préciser qu'une société n'est pas laîque, mais un État peut l'être. Une sociéte est plurielle, composée de personnes religieuses et non religieuses. À différencier de l'État. Mais François Legault est-il capable de faire ces distinctions? À suivre!

    M.L.

    • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 5 février 2019 10 h 37

      Au milieu des années 1960 en Québec, si les religieux et religieuses se sont défaits de leurs soutanes, de leurs voiles et de leurs capines, c'est qu'ils avaient compris que nous vivions désormais dans une société laïque. Ils ont alors eu l'humilité et la sagesse de se joindre au mouvement national de laïcisation.

  • Jean Lapointe - Abonné 4 février 2019 08 h 05

    La fierté ne peut se limiter à avoir de bons services et à briller.

    «François Legault cite « le plus grand défi » auquel il est confronté : redonner aux citoyens « la fierté d’être Québécois»

    Il me semble qu'Il y a une distinction à faire entre les services que nous nous donnons et qui nous sommes. François Legault veut améliorer les services à la population que les Libéraux ont massacrés. Tant mieux, mais cela ne peut pas être le seul objet de fierté que nous puiissions avoir. Ce sera surtout son gouvernement qui pourra en être fier s'il y arrive mais ce n'est pas ce qui peut faire la fierté de la population.

    Etre fier d'être québécois pour moi ça veut dire se considérer comme faisant partie d'un peuple unique tout autant respectable que les autres peuples et se sentir responsable de l'avenir de ce peuple. Etre québécois c'est s'Inscrire dans une histoire à poursuivre pour le mieux autant que possible en faisant sa part compte tenu de ses capacités.Cela implique de chercher à savoir d'où nous venons pour mieus savoir ce que nous pouvons décidé de devenir.

    Ce n'est sûrement pas uniquement en se donnant de bons services et en essayant de briller dans différents domiaines du sport et de la culture entre autres que nous pourrions être vraiment fiers d'être québécois, même si ce n'est pas sans importance, mais bien davantage dans le fait de sentir que nous nous appartenons. Et alors ce n'est pas en restant dans le Canada que nous pouvons nous sentir comme nous appartenant parce que nous savons très bien que nombre de décisions nous concernant sont prises ailleurs, c'est-à-dire à Ottawa et dans le reste du Canada, ce à quoi nous n'avons jamais consenti parce que ça nous fut imposé.

    Il est plutôt décevant de voir que François Legault ne semble pas ou ne semble plus vraiment s'en soucier. Pourquoi? Qu'est-ce quil l' a fait changer d'idée? Le saura-t-on véritablement un jour?

  • Gilbert Talbot - Abonné 4 février 2019 08 h 13

    "Être fier", un cliché, vide de sens.

    On mêle cet expression-là à toutes les sauces: je suis fier de mes enfants, de mes parents, de mon pays, de mon toutou etc mais en réalité c'est juste bon comme les souhaits de bonne et heureuse année, ça n'engage la personne qui le dit à ne rien faire d'autre. En fait ça cimente le statu quo: quand on est fier de quelque chose, on ne veut pas le changer.

  • Jean Lapointe - Abonné 4 février 2019 08 h 29

    La laïcité de l'Etat n'est-elle pas souhaitable en soi?

    «M. Legault soutient pouvoir réduire les « risques de dérapages » dans le mouvement de laïcisation de la société québécoise, a-t-il indiqué sur les ondes du réseau LCN, dimanche»


    La laîcité de l'Etat est-ce que ce n'est pas quelque chose de souhaitable en soi et pas uniquement destinée à réduire les risques de dérapage? J'ai comme l'impression que François Legault ne les voit pas très bien ces avantages.


    Il me semble que la laïcité de l'Etat devrait être présentée comme queque chose de positif en soi dont tout le monde peut comprendre la portée quand on fait preuve d'un peu de bonne volonté et non pas uniquement comme une mesure destinée à réduisre les risques de dérapage comme par exemples des demandes d'accommodements inconciliables avec les traditions établies.

    Toute personne désireuse de voir progresser la démocratie devrait il me semble vouloir que l'Etat soit laîque parce que la laïcité ne pourrait que favoriser ce qu' on appelle le «vivre ensemble ». Elle ne règlerait pas tous les problèmes mais ce serait un bon pas en avant vers plus de démocratie.

    • Alain Béchard - Abonné 4 février 2019 12 h 29

      Entièrement d'accord sur la laicité. Mais allez en parler aux religieux de tout acabit. Tout ce qu'il voit c'est la perte de leur pouvoir sur l'autre. Ils s'inspirent des paroles d'un dieu qu'ils ont eux-même inventé et qu'ils renouvèlent au gré des rythmes et passions. Ces religieux n'ont pas à passer du côté civil car en très peu de temps nous aurions un gouvernement imprégné d'une morale divine. Regardons dans les sociétés déjà existantes! Voulons vraiment avoir des chefs religieux comme chef d'état?