Pesticides: un contrôle resserré sur le CEROM

Le Centre de recherche sur les grains (CEROM) s’est fait imposer une restructuration par le ministère de l’Agriculture après les révélations faites dans les médias l’an dernier.
Photo: iStock Le Centre de recherche sur les grains (CEROM) s’est fait imposer une restructuration par le ministère de l’Agriculture après les révélations faites dans les médias l’an dernier.

Le Centre de recherche sur les grains (CEROM), qui avait fait l’objet d’une dénonciation d’un lanceur d’alerte qui a finalement été congédié, s’est fait imposer une restructuration par le ministère de l’Agriculture après les révélations faites dans les médias l’an dernier.

Restructuration, embauche d’un directeur scientifique, création d’un comité scientifique, changements au sein du conseil d’administration… Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a formulé au printemps des dizaines de demandes au Centre qu’il finance à au moins 60 %.

C’est à propos de ce centre que le lanceur d’alerte Louis Robert, un agronome au ministère de l’Agriculture, a fourni des documents confidentiels aux journalistes avant d’être congédié. L’an dernier, il avait notamment fourni à une journaliste du Devoir un document confidentiel mettant en lumière l’ingérence du privé dans la recherche scientifique en agro-environnement au CEROM.

Dans ses demandes de réforme faites au CEROM, le ministère de l’Agriculture requiert notamment la réalisation de travaux de recherche permettant de minimiser l’usage des pesticides. Le Centre doit remettre son plan pour y arriver d’ici deux semaines.

Joint jeudi, son directeur, Pierre Fréchette, s’est dit persuadé de pouvoir répondre à toutes les demandes du ministère. « Je pense que les choses sont rentrées dans l’ordre », a-t-il dit.

Concernant l’embauche d’un directeur scientifique, il a dit être « en recrutement de candidats ». Lorsqu’on lui a demandé si la recherche au CEROM allait être « davantage indépendante » dans la foulée des changements, le directeur a répondu que « oui », mais a ajouté que le conseil d’administration et ses membres n’avaient rien à se reprocher.

« Je suis ici depuis février 2018 et je n’ai jamais vu le conseil d’administration intervenir dans des projets de recherche », a-t-il répété.

Le conseil d’administration de l’organisme était pourtant au coeur des révélations faites dans ce dossier l’an dernier. Neuf personnes avaient témoigné au Devoir de leur profond malaise avec certains membres du conseil qui affichaient leurs positions en faveur des pesticides jusqu’à s’ingérer dans la recherche.

Parmi les changements qu’il réclame, le ministère a demandé l’ajout de deux de ses représentants au conseil d’administration. Vérification faite, le conseil d’administration est dirigé par la même personne qu’il y a un an, M. Christian Overbeek, qui y représente les producteurs de grain.


Le ministre nie toute influence

Le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne, a dû de nouveau justifier jeudi le congédiement du lanceur d’alerte Louis Robert en niant l’avoir mis à la porte à la demande de l’industrie des pesticides. « Moi, je n’ai pas de liens du tout avec ça », a-t-il fait valoir dans un impromptu de presse jeudi avant-midi. Il a cependant refusé de dire si l’industrie avait fait pression sur le ministère afin qu’il congédie M. Robert. Le ministre de l’Agriculture dit avoir donné son feu vert au congédiement à la lumière d’un rapport d’enquête indépendant. « Des gens de l’extérieur du ministère ont enquêté. Ils ont fait état de tout ce qui s’est passé en vertu de nos lois, des pratiques, du droit des employés, de tout ça », a relaté M. Lamontagne, tout en précisant avoir « fait confiance à [son] équipe ». Le premier ministre, François Legault, a tenté, quelques heures plus tard, de battre en brèche l’idée selon laquelle son gouvernement a cédé au lobby des pesticides. « Ce serait mal le connaître [M. Lamontagne]. Ce serait mal me connaître. On n’est pas achetables à la CAQ, je le dis là ! Ça va s’appliquer autant pour ces groupes-là que pour les autres », a-t-il affirmé.

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