Chagnon accuse Montréal de détourner des fonds

Une déclaration-choc du ministre de la Sécurité publique provoque le désarroi à Montréal. Jacques Chagnon accuse la Ville d'avoir détourné 15 millions de dollars en 2003 qui étaient destinés à la lutte contre le terrorisme. Les autorités montréalaises, abasourdies, rejettent ces graves allégations.

Dans un budget spécial déposé à la suite des attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis, le gouvernement péquiste avait prévu verser 15 millions de dollars par année à la Ville de Montréal pour la lutte antiterroriste. En avril 2003, ce montant a été accordé, tel que convenu.

Or, selon le ministre, le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) lui a réclamé, quelques mois plus tard, 9,7 millions de dollars sur trois ans pour mener à bien sa lutte contre le terrorisme, faute d'avoir obtenu les sommes prévues. «Je leur ai demandé s'ils ont eu les 15 millions que le gouvernement avait envoyés au début d'avril. La réponse a été non. Il n'y a personne qui a pu répondre à ma question, à savoir à quel service l'argent avait été remis. Et personne de la Ville de Montréal n'a pu répondre à ma question», a affirmé Jacques Chagnon, à la sortie de l'étude des crédits budgétaires de son ministère, hier, en avant-midi.

D'après le ministre, Montréal a donc utilisé cette somme à d'autres fins. «L'argent a été versé au fonds consolidé de la Ville de Montréal. On pourra toujours dire qu'elle a participé à financer une partie des services de police, mais il n'y a pas eu une augmentation de 15 millions dans les services policiers spécifiquement pour cette cause», a-t-il dit.

Jacques Chagnon refuse de verser un seul sou en 2004 à la Ville de Montréal pour la lutte antiterroriste, tant et aussi longtemps que la lumière ne sera pas faite sur cette affaire. «On ne peut pas imaginer qu'on va envoyer 15 millions pour des raisons qui, semble-t-il, à ce que j'ai vu, ne se prêtent pas à l'orientation pour laquelle les sommes sont destinées. Je pense que l'argent doit servir pour les fins auxquelles il est déterminé. Si ce n'est pas le cas, vaut mieux faire en sorte d'avoir un meilleur usage de cet argent-là», a expliqué M. Chagnon.

Les autorités de la Ville de Montréal ont été sidérées par les accusations du ministre Chagnon. «On essaie de comprendre nous-mêmes ce que le ministre a voulu dire», a lancé Robert Lamontagne, directeur principal au service des finances et trésorier à la Ville de Montréal.

Non seulement l'argent a servi à la lutte antiterroriste, a-t-il ajouté, mais un rapport sur la gestion et l'utilisation de ces 15 millions de dollars a été remis au ministère de la Sécurité publique.

Informé de la réaction des autorités montréalaises plus tard dans la journée, Jacques Chagnon s'est fait avare de commentaires. «Ils m'enverront les factures, car je n'ai jamais vu ça», a-t-il lancé.

Selon M. Lamontagne, Québec n'aurait même versé que 10 millions de dollars à la Ville en 2002. Ainsi, en ajoutant les 15 millions qui ne se trouvent pas dans le budget 2004-05, Montréal réclame maintenant 20 millions de dollars au gouvernement Charest pour la lutte antiterroriste.

Le service des communications de la Ville de Montréal estime que Jacques Chagnon, en cette période de restrictions budgétaires, tente peut-être de trouver une raison de ne pas débourser 15 millions de dollars cette année. Le SPVM a refusé de commenter.

Avec la collaboration d'Antoine Robitaille