Un compromis pour sauver le registre des armes à feu

Le gouvernement élimine certaines sources d’irritation afin d’obtenir l’adhésion des chasseurs.
Photo: Getty Images Le gouvernement élimine certaines sources d’irritation afin d’obtenir l’adhésion des chasseurs.

À une semaine de l’entrée en vigueur du registre québécois des armes à feu, le gouvernement Legault s’engage à éliminer les sources d’irritation administratives dénoncées par les chasseurs. Reste maintenant à savoir dans quelle mesure cela fera augmenter les inscriptions au registre.

Les données les plus récentes révèlent que seulement 21,8 % des armes à feu sont inscrites au registre. La ministre ne s’en cache pas : les ajustements apportés mercredi visent à « susciter davantage d’adhésion ». « Parce que si les gens n’inscrivent pas leurs armes, le registre, il n’existe pas, en pratique », a-t-elle ajouté lors d’une annonce dans le hall du parlement, mercredi.

Les changements toucheront le numéro unique de l’arme, sa longueur et la durée de déplacement nécessitant d’en informer les autorités. Ces changements correspondent aux demandes faites par la Fédération québécoise des chasseurs et pêcheurs (FédéCP).

À la surprise de plusieurs, la ministre avait réussi à réunir à l’annonce le directeur de la Fédération, Alain Cossette, et des partisans du contrôle des armes, comme la porte-parole du collectif PolySeSouvient, Heidi Rathjen.

« On peut penser que ces gens-là sont rarement unis pour une même cause, mais l’assouplissement de l’application de la loi et la correction de certaines sources d’irritation administratives constituent, si on veut, la partie consensuelle qui nous unit tous pour la même cause », a fait remarquer Geneviève Guilbault.

Voyez l'intervention de la ministre Guilbault

 

 
 

Mme Rathjen s’est dite « ouverte » aux assouplissements proposés dans la mesure où le gouvernement restait ferme sur le maintien du registre.

Plus mal à l’aise, le directeur de la Fédération des chasseurs a tenu à souligner que malgré les changements, il espérait toujours voir le registre un jour aboli.

Or la ministre a été très claire à cet égard. « Le registre est là pour rester, a-t-elle dit. Il n’est aucunement question de l’abolir. »

Le représentant de la mosquée où six personnes ont été tuées il y a deux ans s’est lui aussi réjoui de la décision du gouvernement caquiste. Son groupe avait pourtant échoué, cette semaine, à le convaincre de resserrer les vérifications sur les gens qui souhaitent avoir un permis d’arme. « C’est une première étape », a déclaré Boufeldja Benabdallah, cofondateur du Centre culturel islamique de Québec. « On ne peut pas tout gagner. Déjà que le registre, ils ne reculent pas dessus... »

Pas de chasse aux résistants

Malgré ce consensus, l’opposition au registre demeure importante au Québec. Le groupe « Tous contre un registre québécois des armes à feu », qui est suivi par 33 000 personnes sur les réseaux sociaux, continuait de le dénoncer haut et fort mercredi.

« Nous déplorons vivement qu’un gouvernement aussi redevable au vote des régions qui a mis 74 députés au pouvoir ne se souvienne pas que ce sont justement ces régions qui sont les plus farouchement opposées au registre », a-t-il fait valoir dans un communiqué en réaction aux ajustements proposés par la ministre.

Le groupe continue par ailleurs d’encourager les conseils municipaux de région à se rallier à lui. Jusqu’à présent, au moins 18 municipalités ont adopté une résolution d’appui à la cause, dont Baie-Saint-Paul, Notre-Dame-des-Monts, East Angus, Saint-René-de-Matane et Les Bergeronnes.

Quant à savoir ce qu’il adviendra des gens qui refusent d’homologuer leur arme une fois la loi entrée en vigueur, la police a promis mercredi de faire preuve de « discernement ».

  Votre navigateur ne supporte pas le type d’image. Veuillez le mettre à jour.
 

« On ne va pas faire du porte-à-porte », a expliqué le patron de la Sûreté du Québec. « Par contre, ils vont devoir répondre », a-t-il ajouté en expliquant que les gens devront prouver que leurs armes sont immatriculées lors d’une vérification de routine, par exemple. Les amendes pour non-respect de la loi oscillent entre 500 et 5000 $.

Le PQ et QS d’accord, silence du PLQ

Le chef du deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, Pascal Bérubé, a salué mercredi les assouplissements. À ses yeux, l’établissement d’un registre « plus facile d’utilisation » constituera un « gain » pour les chasseurs des quatre coins du Québec. « On a trouvé des accommodements qui permettent d’atteindre l’objectif, mais en ayant une sensibilité aux demandes des chasseurs. […] C’est une avancée importante », a-t-il déclaré en marge du caucus du PQ à Sainte-Agathe-des-Monts.

Quant à son collègue Sylvain Roy, qui suit de près ce dossier, il estime qu’il était temps. « Un moment donné, les chasseurs en ont assez. Et le registre était comme la goutte qui faisait déborder le vase, a-t-il affirmé. Ils se sentent montrés du doigt ». Les relations sont déjà tendues entre les chasseurs et le gouvernement québécois alors que les ressources allouées au secteur de la faune — agents de la faune, biologistes, par exemple — diminuent tandis que les tarifs de toute sorte grimpent depuis une quinzaine d’années, déplore le député de Bonaventure.

Du côté de Québec solidaire aussi, les changements ont été bien accueillis. « Je suis satisfait que Mme Guilbault ait respecté la volonté populaire, le Québec tient à son registre, a déclaré le député solidaire responsable de la sécurité publique, Alexandre Leduc. Je suis content surtout d’avoir entendu la ministre Guilbault dire que le registre était là pour rester. »

Quant au Parti libéral, qui avait fait adopter la loi sur l’immatriculation l’an dernier, il a préféré ne pas faire de commentaires.

LE COURRIER DE LA COLLINE

Nouvelle infolettre

Chaque jeudi, l'équipe du Devoir à Québec résume l'essentiel de la semaine parlementaire. Retrouvez aussi la note de Michel David, notre chroniqueur politique. Inscrivez-vous, c'est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

3 commentaires
  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 janvier 2019 07 h 39

    Le temps des déclarations sans contenu

    Faire la sourde oreille à une plainte, pire à essayer de mettre au pas ceux qui trouvent injuste la CRÉATION D'UN REGISTRE D'ARMES DE CHASSE, ce n'est pas reconnaître le droit de chacun de s'exprimer et de vivre tranquillement, en faisant ses activités préférées, sans aller piétiner celles des autres. On connaît les bases de l'élaboration de celui-ci : un déséquilibré mental a tué lâchement des étudiantes. Avec quoi? Avec une arme de guerre! Or, les armes de guerre sont évidemment prohibées, tant au Québec que dans les autres parties du Canada. Et c'est tant mieux car ces armes de dimensions plus restreintes qu'une arme de chasse peuvent faire des massacres inqualifiables! Là où le bas blesse, c'est la précipitation dans laquelle le gouvernement libéral précédent, a été obligé de se pencher vers cette solution, en voyant que gouvernement fédéral allait mettre fin à une partie de son registre, les armes d'épaules, comme les armes de chasse, devant son inutilité et ses coûts. [Avant d'aller plus loin, il existe d'autres armes d'épaule comme les lance-roquettes qui sont des armes de guerre, tout comme les chars d'assaut produits ici.] Devant le dilemme, on profita de cette situation pour un faire-penser bien politiquement éthique, de s'en prendre à ceux qui possédent légalement une arme de chasse et qui forment moins de la moitié de la population. Bref, s'en prendre à la minorité. Mais voilà, une loi sans discernement peut avoir des conséquences qui sont loin d'être connues! Chacun y va de ses commentaires, dans tel pays c'est ainsi. Faut-il copier tout ce qui se fait ailleurs? Pire, l'utilisation d'un langage châtié en attaquant les chasseurs ne fera qu'envenimer les choses, avant que cette loi soit jugée anticonstitutionnelle? Après combien d'argent gaspillé et surtout une radicalisation des uns et des autres. Que les armes de chasse soient utilisées en toute sécurité, voilà une priorité! Quant aux armes, blanches, à feu et autres, que fait-on?

  • Michel L’Heureux - Abonné 24 janvier 2019 08 h 02

    Pas de permis de chasse sans immatriculation des armes

    Simple comme bonjour, il faut exiger des chasseurs que leurs armes aient été enregistrées avant de leur remettre un permis de chasse.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 24 janvier 2019 12 h 41

    Et pour ceux qui ne font que du tir sur cible..

    Car l'un ne va pas sans l'autre, il s'agit souvent des mêmes armes, lesquelles armes sont déjà toutes enregistrées au fédéral! Pourquoi faire une duplication et encore contribuer au financement d'un autre registre dont les fondements manquent de logique, votre voiture est une arme tout aussi diabolique!