François Legault veut davantage d’immigrants français

Le premier ministre François Legault a amorcé dimanche sa première visite officielle en France. Sur la photo, il est accompagné de sa femme, Isabelle Brais, de l'écrivain Dany Laferrière et de la ministre québécoise des Relations internationales, Nadine Girault.
Photo: Philippe Lopez Agence France-Presse Le premier ministre François Legault a amorcé dimanche sa première visite officielle en France. Sur la photo, il est accompagné de sa femme, Isabelle Brais, de l'écrivain Dany Laferrière et de la ministre québécoise des Relations internationales, Nadine Girault.

Alors qu’il amorçait sa première visite officielle en France, le premier ministre du Québec a déclaré que, même s’il avait l’intention de réduire les quotas d’immigration, il souhaitait attirer encore plus d’immigrants français au Québec. François Legault a fait cette déclaration au Devoir au premier jour de sa visite en France à l’occasion de laquelle il rencontrera lundi le président, Emmanuel Macron, et le premier ministre, Édouard Philippe.

Pour le premier ministre, il est clair que la réduction des quotas d’immigration ne doit pas nuire à l’immigration en provenance de la France. Au contraire, dit-il. « Actuellement, il y a beaucoup trop d’immigrants au Québec qui ne sont pas qualifiés ou qui ne parlent pas français, dit le premier ministre. Donc, des Français, on en prendrait plus. De même que des Européens. »

François Legault rappelle son « inquiétude » de constater que, l’an dernier, 53 % des immigrants accueillis au Québec ne parlaient pas français. Avec l’immigration française, dit-il, il n’y a généralement ni problème de qualification ni problème de langue. C’est aussi pour recruter du personnel qualifié que l’Union des municipalités du Québec participait la semaine dernière au grand Salon du travail et de la mobilité professionnelle à la grande halle de La Villette à Paris.

On l’aura compris, c’est une visite surtout économique qu’entend mener le premier ministre québécois en France, durant laquelle il doit d’ailleurs rencontrer une douzaine de dirigeants de grandes entreprises françaises afin de les convaincre d’accroître leurs investissements au Québec. Le premier ministre est d’ailleurs accompagné du ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, ainsi que de la ministre des Relations internationales Nadine Girault.

« Ma priorité est économique, dit-il. Je ne veux rien soustraire [dans la relation France-Québec]. Mais je pense qu’on peut en faire plus en économie en augmentant les exportations. […] Je veux aussi augmenter les investissements des entreprises françaises au Québec, même si je comprends que M. Macron veut le contraire. »

François Legault n’hésite pas à qualifier de « ridicule » le chiffre des exportations québécoises en France, qui ne représente que « trois jours sur une année » comparativement aux exportations en direction des États-Unis. Il dit vouloir « doubler » les échanges économiques. « Il est plus que temps que l’on diversifie nos exportations, dit-il. Nos entreprises n’ont pas le réflexe d’exporter en Europe. Il va falloir changer ça. » Le premier ministre entend notamment augmenter le nombre d’agents commerciaux de la Délégation générale du Québec à Paris. Il compte aussi, en réorganisant Investissement Québec, mieux arrimer le travail de cette agence à celui de la Caisse de dépôt et des délégations à l’étranger.

Entre Matignon et l’Élysée, François Legault se rendra au siège de L’Oréal rencontrer son p.-d.g., Jean-Paul Agon. La multinationale des produits de beauté compte déjà 1474 employés au Québec et une usine à Saint-Laurent. Immédiatement après, il s’entretiendra avec le p.-d.g. du groupe agroalimentaire Fleury Michon, Régis Lebrun, qui emploie 350 personnes à Rigaud. Lundi soir, il mangera avec une demi-douzaine de dirigeants d’entreprises inscrites à la Bourse de Paris, dont David Layani, fondateur du groupe Onepoint, spécialiste de la transformation numérique des entreprises, et Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de la grande banque BNP-Paribas.

Le volet politique de cette première visite à l’étranger sera pour sa part plus classique. Lundi midi, François Legault aura un repas privé avec le président Emmanuel Macron. Pour le reste, il rencontrera le premier ministre, Édouard Philippe, et les présidents du Sénat, Gérard Larcher, et de l’Assemblée nationale, Richard Ferrand. Il n’y aura ni conférence de presse commune avec le premier ministre français, ni signature d’ententes, ni non plus de rencontre avec les leaders des partis politiques, comme avaient l’habitude de le faire certains de ses prédécesseurs. « C’est déjà beau que, dans le contexte des gilets jaunes, on nous accorde tout ce temps », dit-on dans l’entourage du premier ministre.

Des gilets jaunes au Québec ?

François Legault ne manquera d’ailleurs pas de s’informer au passage sur la révolte des gilets jaunes qui secoue la France depuis maintenant deux mois. Selon lui, « la crise des gilets jaunes montre qu’il y a une limite à ce qu’on peut demander au contribuable. Il y a toujours un risque qu’on dépasse cette limite et qu’il y ait une révolte ». Il rappelle qu’en campagne, la CAQ proposait de « remettre de l’argent dans le portefeuille » des classes moyennes. « Quand je vois ce qui se passe en France, je me rends compte que c’est important. »

François Legault n’hésite d’ailleurs pas à comparer la taxe sur le carbone que cherche à imposer Justin Trudeau aux provinces à celle sur le diesel qui a déclenché la révolte des gilets jaunes. « M. Trudeau essaie de mettre une taxe punitive qui n’est pas nécessaire au Québec, dit-il, parce qu’on a déjà la bourse du carbone. »

Encore peu connu en France, François Legault donnera des entrevues aux quotidiens L’Opinion et Le Monde ainsi qu’à la chaîne francophone TV5 Monde. Dimanche, il en a profité pour échanger avec l’académicien québéco-haïtien Dany Laferrière. Cette rencontre en compagnie de la déléguée générale du Québec à Paris, Line Beauchamp, s’est tenue aux café Les deux magots, lieu symbolique bien qu’un peu défraîchi du passé littéraire français. Plus tôt, en cette veille du Jour du drapeau, le premier ministre s’était rendu sur la place du Québec, au coeur de Saint-Germain-des-Prés, où comme à l’habitude dans ce genre d’occasion, les couleurs du Québec étaient à l’honneur.

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15 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 21 janvier 2019 04 h 04

    Bonne direction

    Tellement simple. Ben oui, des immigrants français. Très bonne idée puisque je constate que des immigrants français, il y en a beaucoup qui viennent dans l'ouest du pays sans même passer par le Québec. Ben pour dire.

    • Jean-Yves Bigras - Abonné 21 janvier 2019 11 h 11

      Comme on dit par chez nous “ Faites attention à ce que vous souhaitez, ça pourrait arriver “, n’oubliez pas que nous recevons déjà une immigration francophone et que ce même gouvernement Legault s’apprête justement à légiférer pour restreindre ses droits fondamentaux.
      Comment être sûr que si nous recevons des français de France on pourra ne choisir que les Jean-Jules et les Thierry et qu’ils n’en profiteront pas pour nous fourguer leurs Mohamed.

  • Jean Lapointe - Abonné 21 janvier 2019 07 h 28

    François Legault est d'une autre époque. Il est en retard.

    On dirait que François Legault redécouvre la France. Il n'a pas l'air de se rendre compte que ce ne sont plus des raisons sentimentales qui règnent dans le monde des affaires. Il est d'une autre époque. On dirait qu' il aimerait refaire ce qu'on a appelé la «révolution tranquille». On dirait qu'il ne se rend pas compte que les choses ont bien changé et que la France a bien d'autres préoccupations. Notre sort ne préoccupe plus beaucoup les Français et ils ont bien raison. C'est à nous d'y voir en faisant du Québec un pays indépendant pour qu' il dispose de tous les moyens nécessaires pour pouvoir agir entre autres dans le domaine économique. A le voir à Paris me donne l'impression de voir un vieux film des années 60. François Legault n'est pas encore arrivé au 21e sièlce. Il ne s'agit plus non plus de compter sur les Français dans l'espoir que le Québec reste de langue française. Encore là nous devrions prendre les moyens nécessaires pour faire du Québec un pays indépendant de langue française. Arrêtons de quémander. Prenons nos afffaires en main. Arrêtons de compter sur les autres. Legault manque de fierté et de courage.

    • Guy LeVasseur - Abonné 21 janvier 2019 09 h 16

      Je crois monsieur Lapointe que c'est votre attitude (angry péquiste ?) qui est d'un autre temps. La lecture de votre etxe ci0haut nous en donne la preuve hors de tout doute. Et ne vous trompez pas. Je ne suis ni multiculturaliste, ni fédéralsite !

    • Gilles Théberge - Abonné 21 janvier 2019 11 h 39

      J'avoue que je suis rlativement sidéré de vous lire monsieur Lapointe...

      Le mieux est l'ennemi du bien. Rappelez vous-en...!

  • Gilles Bousquet - Abonné 21 janvier 2019 08 h 11

    Parfait pour plus d'immigrants français mais...

    En même temps, il veut réduire l'immigration, ça va être difficile de conjuger ces 2 désirs contradictoires, en apparence, en même temps. Trudeau devrait lui arranger ça.

    • Daniel Ouellette - Abonné 21 janvier 2019 10 h 29

      Sans doute avez-vous oublier de prendre votre café ce matin...Il n'y a aucune contradiction factuelle entre réduire un nombre global pour augmenter le nombre d'une partie, en mathématique comme en réalité, la solution est toute simple...on réduit l'importance des autres segments.

      Dis plus simplement, pourquoi faire venir des immigrants qui ne parle pas la langue d'usage dans vos entreprises en pensant que leur intégration sera facile ? M. Legault applique une règle de base en gestion de ressource humaine.

  • Jacques Dupé - Inscrit 21 janvier 2019 09 h 00

    Faut pas rêver...

    Émigrer au Québec ? Il y a bien longtemps que les Français préfèrent les pays anglophones !

    • Raymond Labelle - Abonné 21 janvier 2019 15 h 04

      Montréal est quand même la ville qui compte le plus de personnes d'origine française (nées en France) en Amérique du Nord - considérant l'existence de mégalopoles comme Los Angeles ou New-York, par exemple, ça n'est pas rien.

  • Pierre François Gagnon - Inscrit 21 janvier 2019 10 h 34

    Bienvenue aux cousins!

    S'il s'agit de Français de souche, nous sommes bien d'accord, évidemment... S'il s'agit d'étrangers qui profitent du passeport français pour nous envahir, non merci! Nous avons déjà fait le plein plus qu'à ras bord d'éléments déstabilisateurs.

    • Jean-Yves Bigras - Abonné 21 janvier 2019 12 h 00

      Qu’est-ce qu’ils déstabilisent au juste ?
      Et bien sûr je ne pense pas me tromper en présumant que votre commentaire n’est pas le moins du monde ou raciste ou xénophobe ?

    • Raymond Labelle - Abonné 21 janvier 2019 15 h 08

      La probabilité qu'un citoyen français parle français est plutôt élevée, quelle que soit son origine. Quant aux critères de qualification, ils sont objectifs - l'origine de qui les satsifait n'a pas à être considérée.