Le «gouvernement des régions» à l’épreuve

Le premier ministre François Legault lors de la présentation de la mise à jour économique de son gouvernement, en décembre dernier
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le premier ministre François Legault lors de la présentation de la mise à jour économique de son gouvernement, en décembre dernier

Le gouvernement caquiste de François Legault passait le cap cette semaine de ses 100 premiers jours au pouvoir. En campagne électorale, la CAQ a formulé plusieurs promesses pour les régions, ne manquant pas de hausser les attentes. Maintenant que le jeune gouvernement a dépassé cette barre symbolique, l’heure est au bilan, tout en gardant un oeil sur les dossiers chauds à venir.

L’exclusion de la ministre MarieChantal Chassé risque de déplacer les projecteurs vers d’autres fragilités du gouvernement de la CAQ, notamment en région, où il a pris des engagements très ambitieux pendant la campagne.

Le ministre Mathieu Lacombe joue « sa crédibilité » dans « le dossier de l’hôpital », tonnait cette semaine le député libéral André Fortin dans les pages du quotidien Le Droit, en Outaouais. « Il a promis un nouvel hôpital en service, en cinq ans, aux citoyens de l’Outaouais. Il sera là, son vrai test au cours des prochains mois et années. »

Tout en soulignant qu’il avait fallu neuf ans pour doter la Montérégie d’un hôpital neuf à Vaudreuil, le député libéral de Pontiac se demandait comment la CAQ pourrait faire la même chose en quatre ans de moins.

Mathieu Lacombe répète quant à lui dans les médias que les libéraux ont négligé l’Outaouais et que ça va changer. François Legault a d’ailleurs promis en campagne électorale qu’il formera un « gouvernement des régions ». « On a besoin d’un gouvernement des régions. Le Parti libéral, au cours des dernières années, n’a pas été un gouvernement des régions, donc je demande aux gens des régions de voter pour la CAQ. »

Au-delà du nouvel hôpital de l’Outaouais, les dossiers en santé risquent de rattraper le nouveau gouvernement un peu partout à travers la province, notamment dans le Centre-du-Québec. Lors de la création des CISSS et CIUSSS par Gaétan Barrette, cette région n’avait pas aimé qu’on l’intègre au CIUSSS de la Mauricie et réclamait son propre centre.

Un voeu que la CAQ a promis d’exaucer. « Le gouvernement libéral de Philippe Couillard doit cesser de considérer la région du Centre-du-Québec comme une banlieue de la Mauricie », déclarait François Legault en 2016 lors d’un passage à Drummondville.

Le p.-d.g. du CIUSSS, Martin Beaumont, y voyait un recul, mais il vient d’être nommé à la tête du CHU de Québec, ce qui permettra au moins au gouvernement de nommer un remplaçant plus coopératif pour attaquer ce projet pour le moins périlleux.

Pendant ce temps, en Estrie et dans le Bas-Saint-Laurent, des groupes citoyens très actifs pressent la CAQ de décentraliser l’organisation des soins, tandis que chaque semaine on apprend qu’un nouveau bloc opératoire de région a dû cesser ses activités faute de personnel en nombre suffisant.

Plusieurs dossiers chauds

Par contre, quand le premier ministre Legault s’adresse aux régions spécifiquement, il ne parle pas de santé. Son premier discours au Salon bleu mettait plutôt l’accent sur l’uniformisation de la taxe scolaire, qui bénéficie notamment au Saguenay–Lac-Saint-Jean et à la Mauricie. Il a aussi mis en avant sa promesse de déplacer du personnel des ministères vers les régions et de brancher tout le Québec à Internet haute vitesse d’ici la fin de son mandat. Deux promesses ambitieuses que d’autres gouvernements ont faites dans le passé sans y parvenir.

La nouvelle ministre des Affaires autochtones, Sylvie D’Amours, sera aussi surveillée de près au cours des prochains mois. Dans un milieu où la diplomatie est cruciale, son absence à deux rencontres clés, cet automne, n’est pas passée inaperçue. Après avoir raté une réunion d’urgence sur les suicides au Nunavik à la fin d’octobre, Mme D’Amours ne s’est pas présentée comme convenu à l’Assemblée politique annuelle de la nation algonquine-anichinabée en décembre. De quoi relancer les questions concernant la décision du premier ministre de la nommer à ce ministère alors que beaucoup la pressentaient à l’Agriculture.

La CAQ va par ailleurs continuer de subir des pressions en région dans le dossier du Registre québécois des armes à feu. Après avoir donné de l’espoir à ceux qui espéraient s’y soustraire, elle aura bientôt la tâche ardue de faire appliquer les règles et d’imposer des amendes avec l’entrée en vigueur du registre à la fin du mois.

L’autre enjeu régional plus problématique est sans contredit l’environnement. Déjà, le gouvernement a dû revenir sur au moins trois grands engagements à cet égard. En Abitibi, la députée Suzanne Blais avait promis, en campagne, la tenue d’un BAPE sur le projet minier Authier à La Motte, une promesse que tous les partis avaient faite d’ailleurs.

Ce projet de mine de lithium suscite beaucoup d’inquiétudes en Abitibi parce qu’il serait situé juste à côté de l’esker Saint-Mathieu-Berry, une source naturelle d’eau potable qui est là-bas l’objet d’une grande fierté.

Or, cet automne, celle qui a depuis perdu son poste de ministre de l’Environnement, MarieChantal Chassé, a fait savoir que la tenue d’un BAPE n’était plus acquise et qu’elle préférait remettre la décision à plus tard. Questionné à ce sujet cette semaine, son successeur, Benoit Charette, a dit qu’il n’avait pas encore pris connaissance du dossier.

Toujours en environnement, le gouvernement est déjà revenu sur sa promesse de suspendre, dès son élection, le chantier de la ligne à haute tension d’Hydro-Québec Grand-Brûlé–Dérivation Saint-Sauveur à Saint-Adolphe-d’Howard, dans les Laurentides. Le cabinet du PM s’est justifié en disant que le chantier était tout simplement trop avancé pour intervenir.

Dans le même secteur, la CAQ n’est pas au bout de ses déboires dans le dossier des motoneiges et du sentier Caribou, dans le parc national du Mont-Tremblant. Depuis 2013, il est interdit de circuler en motoneige dans les parcs nationaux, une décision qui a été particulièrement mal acceptée à Tremblant. Après avoir promis en campagne de le rouvrir aux motoneigistes, le gouvernement a dû faire un pas de côté et remettre sa décision à plus tard. Un peu avant Noël, le ministre de la Faune, Pierre Dufour, a annoncé que l’accès serait permis de façon temporaire et « exceptionnelle » cette année, en attendant qu’on puisse offrir un autre trajet aux motoneigistes.

Bref, entre les pressions régionales souvent axées sur le développement économique et l’image verte que le gouvernement souhaite se donner, les arbitrages s’annoncent délicats. On le verra notamment dans le dossier du projet GNL au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

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