MarieChantal Chassé n'était pas dans son élément, dit Legault

La ministre MarieChantal Chassé s’était imposée comme le maillon faible du nouveau gouvernement de la CAQ ces dernières semaines.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne La ministre MarieChantal Chassé s’était imposée comme le maillon faible du nouveau gouvernement de la CAQ ces dernières semaines.

Le passage de la ministre MarieChantal Chassé au ministère de l’Environnement aura été d’une rare brièveté. Moins de trois mois après sa nomination, le premier ministre François Legault a annoncé mardi qu’elle serait remplacée par le député Benoit Charette.

« On a convenu ensemble que c’était mieux qu’elle prenne un pas de recul », a déclaré le premier ministre Legault lors d’un point de presse mardi après-midi, son premier de l’année 2019.

Mme Chassé s’était imposée comme le maillon faible du nouveau gouvernement de la CAQ ces dernières semaines. Peu à l’aise devant les médias, elle ne semblait pas maîtriser ses dossiers. « J’avais des doutes au cours des dernières semaines », a dit à son sujet le premier ministre.

Se défendant d’avoir pris une mauvaise décision, il a souligné candidement que la plupart de ses ministres étaient de nouveaux venus et que cela comportait des « risques ». « Bien honnêtement, à part Marguerite Blais [qui avait déjà été ministre], j’ai un peu pris une chance sur vingt-cinq personnes et je trouve que ma moyenne au bâton est bonne. »

Questionné sur les compétences de Mme Chassé et ses relations avec l’équipe, le premier ministre a par ailleurs uniquement pointé ses difficultés face aux médias. « Ce n’est pas facile d’échanger avec les journalistes. Des fois, ils sont durs », a-t-il dit.

M. Legault a fait valoir qu’il comptait confier à Mme Chassé de nouvelles responsabilités liées à son expérience en gestion. Elle conserve d’ailleurs son siège de députée de Châteauguay.

Quant au nouveau ministre Benoit Charette, M. Legault l’a décrit comme « un homme qui a une grande rigueur ». « Il connaît le transport, qui va devenir un élément important pour réduire les GES », a-t-il ajouté en soulignant que sa « grande expérience politique » allait rendre ses échanges avec les médias plus faciles.

Un député expérimenté

Député de Deux-Montagnes, M. Charette n’avait pas accédé au conseil des ministres après l’élection du gouvernement, mais était « passé proche » à l’époque, a dit M. Legault.

D’abord élu sous la bannière du PQ en 2008, Benoit Charette est à la CAQ depuis 2012.

Il n’a pas d’expérience particulière en environnement, mais c’est lui qui avait piloté le plan de lutte contre la congestion automobile présenté par la CAQ en campagne électorale, a souligné le premier ministre.

Mardi, M. Charette a vite dû répondre à des questions sur le projet de troisième lien dans la région de Québec. Il a soutenu qu’un tel projet n’était pas contradictoire avec l’objectif de réduction des GES parce que le service de transport en commun allait pouvoir l’emprunter et relier la rive-nord et la rive-sud. Le nouveau ministre n’était toutefois pas prêt à commenter le revirement de son gouvernement concernant la tenue d’un BAPE sur le projet de Sayona Mining en Abitibi.

Un peu plus tôt, François Legault a souligné que la lutte contre les changements climatiques constituait « un immense défi », mais qu’il fallait aussi « réduire l’écart de richesse par rapport à nos voisins ». « C’est important d’être moins dépendant de la péréquation, a-t-il mentionné. On va travailler à conjuguer ces deux défis importants. »

Si le départ de Mme Chassé n’est une surprise pour personne, la plupart des observateurs s’attendaient à ce qu’il se fasse plus tard dans un éventuel remaniement ministériel. Ce n’est toutefois pas la première fois qu’un premier ministre agit aussi rapidement. En 2012, Pauline Marois avait, elle aussi, dû montrer la porte à Daniel Breton deux mois après l’élection. M. Breton, qui avait été lui aussi nommé à l’Environnement, faisait face à des allégations d’ingérence au BAPE, et les médias avaient notamment révélé qu’il collectionnait les loyers impayés quelques années auparavant.

Plus récemment, le premier ministre Philippe Couillard avait écarté le ministre de l’Éducation Yves Bolduc moins d’un an après l’élection de 2014, parce qu’il l’avait mis dans l’embarras dans plusieurs dossiers.

Finie la parité

Avec le remplacement de Mme Chassé, le gouvernement Legault met un terme à la parité homme-femme au conseil des ministres, dont il s’était pourtant vanté cet automne. Mme Chassé n’aurait-elle pas pu être remplacée par une femme ? « On a 75 députés, dont 29 femmes. La parité, ça reste toujours un objectif important », s’est-il justifié. « Par contre, il ne faut pas être rigide. […] J’ai choisi le député qui selon moi avait les meilleures capacités pour répondre aux besoins. »

M. Legault s’est en outre défendu d’avoir choisi dans un premier temps Mme Chassé pour atteindre cette même parité. « Je pensais à l’époque que MarieChantal, qui est ingénieure, a une expérience en affaires, était capable de relever ces responsabilités. »

Ce changement a donné lieu à des réactions partagées, mardi. Chez Greenpeace, on y a vu le signe que le gouvernement prenait le dossier des changements climatiques au sérieux. « Le fait que M. Legault corrige le tir rapidement est selon nous un signe positif que l’environnement et la lutte contre les changements climatiques sont des priorités », a déclaré Patrick Bonin.

Dans les rangs de l’opposition, on se montrait plus sceptique. « C’est le premier ministre qui porte les résultats de cet échec aujourd’hui », a fait valoir la porte-parole libérale en environnement, Marie Montpetit, en soulignant que la parité au gouvernement n’aura duré que « quelques semaines ».

Au PQ, le député Sylvain Gaudreault a félicité son ancien collègue Benoit Charette en invitant la CAQ à donner « un sérieux coup de barre » à ses politiques quant à la crise climatique. Enfin, Ruba Ghazal, de Québec solidaire, a fait valoir que « ce n’est pas seulement le fait d’être un bon communicateur qui fait un bon ministre de l’Environnement ».

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10 commentaires
  • Marc O. Rainville - Abonné 9 janvier 2019 04 h 48

    La dinde de la farce

    C’est sûr qu’à partir du moment où cette députée surdouée s’est rendue compte que son Ministère n’était qu’une coquille vide, ouverte à tous les vents contraires, que le Troisième lien est effectivement une aberration et que les projets en Gaspésie des pétrolières juniors sont une hérésie, c’est sûr que madame a dû trouver que passer les messages de la CAQ, du gouvernement, dans un tel contexte allait se révéler un défi impossible pour quelqu’un comme elle qui éprouve des difficultés à parler des deux côtés de la bouche.
    En remplacement, et avec la complicité de médias béats, le jeune Charest devrait exceller.

    • Hermel Cyr - Inscrit 9 janvier 2019 16 h 05

      Bien d'accord avec vous.
      Difficile d'être Ministre d'un gouvernement dont le parti n'a rien dans son programme sur le sujet ! Il faut être maître de la ligue nationale d'improvisation... jour après jour... ou très bon funambule.
      Ministre de l'environnement pour un gouvernement de la CAQ c'est comme être Ministre de la francophonie en Ontario, Ministre des pêcheries en Saskatchewan ou Ministre de la condition féminine en Arabie Saoudite.
      On appelle ça une antinomie.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 9 janvier 2019 07 h 43

    … MarieChantal … !?!

    « Je pensais à l’époque que MarieChantal, qui est ingénieure, a une expérience en affaires, était capable de relever ces responsabilités. » (François Legault, PM, CAQ)

    De cette citation, il est remarquable d’observer que tout le monde savait que Mme Chassé était douée de capacités ministérielles, sauf …

    … MarieChantal … !?! - 9 jan 2019 -

  • Daniel Ouellette - Abonné 9 janvier 2019 09 h 40

    En 2019, un nombre basé sur le genre ne définit plus la notion d’égalité

    On se ‘’relaxe’’ un peu avec la notion de parité sur le sexe, ce n’est qu’une notion d’un discours féministe ‘’à la mode’’ mais en voie d’être dépassé.

    Benoit Charest n’avait pas été nommé au cabinet pour préserver la notion de quota, heureusement le bon sens replace les choses selon les mérites et les compétences. On s’attend à une analyse plus réfléchie qu'un lien entre le % de femmes et le % à l’Assemblée nationale et les compétences, car cette façon de réduire l’égalité sur le genre au chiffre de 50% est un quota. La notion de quota est un affront aux principes de la méritocratie.

    Avec ce calcul, on devrait avoir 50% de femmes plombières ou policières! Heureusement, au Québec ce principe n’a jamais été retenue dans le cadre des programmes d’accès à l’égalité en emploi. Sous un régime pareil, des candidates de second ordre risqueraient de prendre la place d’hommes plus qualifiés qu’elles et l’ensemble de la classe politique s’en trouverait affaiblie. Les élus doivent être choisis pour leur compétence, et non en fonction de leur sexe.

    Les quotas sont contraires aux modalités d’évaluation du quantum de représentation qui ne se base pas sur un quota mais sur la disponibilité. Le véritable accès à l’égalité ne se limite au genre, il y a d’autres groupes dans la Société, tels les personnes handicapées, les minorités visibles ou ethniques et toutes les réalités sous l’étiquette LGBTQ X.

    En 2019, un nombre basé sur le genre ne définit plus la notion d’égalité.

  • Yvon Pesant - Abonné 9 janvier 2019 10 h 51

    La pauvre dame

    Comme je la plains de se retrouver si vite fait sur l'autel des sacrifices.

    Madame Chassé, on peut le croire, avait peut-être plus de difficulté à comprendre où chèche vraiment la CAQ en matière d'environnement et ce qu'il lui était vraiment possible de dire aux journalistes, à brûle-pourpoint, sans que monsieur le Premier ministre lui ait mis les mots en bouche. Peut-être aussi que sa formation d'ingénieure l'amenait à vouloir tout bien comprendre à la perfection avant de se prononcer de manière intelligente sur les nombreux dossiers relevant de son ministère. Des dossiers en lien avec ceux des autres ministres (Économie, Transports, Énergie et Ressources naturelles, Agriculture, etc.) ayant d'autres chats "économiques" à fouetter que le maintien de la biodiversité, la protection de la qualité de l'air et et de la qualité des eaux de surface et souterraines, la régulation dans l'usage des pesticides, la lutte contre les changements climatiques et quoi encore!?!

    Si on ajoute à ça la responsabilité du bon fonctionnement d'un ministère au personnel dont le travail professionnel a trop souvent peu compté dans les prises de décisions gouvernementales par trop alignées sur les autres défis à relever... sans trop de considération aux impacts environnementaux des projets de tous ordres mis de l'avant par Pierre, Jean, Jacques,... généreux contributeurs à la caisse du parti au pouvoir...Puis, bang! Tout d'un coup! L'urgence climatique et environnementale maintenant décrétée par monsieur et madame tout l'monde et une cohorte d'artistes qui nous invitent à signer pour bien le signifier à sa majesté. 40 à 50 ans trop tard?

    Il y a vraiment là de quoi bafouiller et à se méfier des personnages à la parole trop facile.

  • Claude Gélinas - Abonné 9 janvier 2019 12 h 02

    Le PM a été bien avisé d'agir rapidement.

    Car avec la reprise des travaux de l'Assemblée nationale le 4 février, la Ministre n'aurait pu que s'enfoncer davantage. Serait-ce la première fois que le PM constate que ce n'est pas parce qu'une élu a une expérience en affaires fût-elle ingénieure, qu'il possède nécessairement les aptitudes et les qualités nécessaires pour diriger un Ministère et faire passer son message.

    Dans son rôle de Ministre Madame Chassée avait des allures de personne perdue. Ni son charme ni son sourire n'auront réussi a faire oublier qu'elle n'était pas la personne de la situation.

    À sa décharge il s'impose de préciser qu'il n'est pas toujours facile pour une Ministre néophyte de répondre aux questions des journalistes tout en maîrisant peu ou prou les dossiers toujours complexes en environnement.

    Quant à la parité hommes-femmes du Conseil des ministres elle ne doit pas devenir un dogme. Mieux vaut choisir les meilleurs candidats et ce indépendamment de leur sexe. Et pourquoi pas un jour plus de femmes que d'hommes !

    • Gilles Théberge - Abonné 9 janvier 2019 15 h 53

      Vous dites que « ce n'est pas parce qu'une élu a une expérience en affaires fût-elle ingénieure, qu'il possède nécessairement les aptitudes et les qualités nécessaires pour diriger un Ministère et faire passer son message».

      La même remarque s'applique également au premier ministre. Ce n'est pas parce qu'il est un « comptable agréé », qu'il est capable de saisir tous les enjeux de sa charge.

      Notez que son langage est clair quant il est question «d'affaires», et qu'il est anémique en ce qui concerne les autres sujets. Notamment en ce qui concerne l'environnement...