Pas de réforme en vue à la Société des traversiers du Québec

Le traversier «NM Trans-Saint-Laurent», qui relie les régions du Bas-Saint-Laurent et de Charlevoix, a effectué mercredi ses dernières liaisons maritimes entre Rivière-du-Loup et Saint-Siméon. Il se dirigera vers Québec afin que des réparations y soient effectuées.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir Le traversier «NM Trans-Saint-Laurent», qui relie les régions du Bas-Saint-Laurent et de Charlevoix, a effectué mercredi ses dernières liaisons maritimes entre Rivière-du-Loup et Saint-Siméon. Il se dirigera vers Québec afin que des réparations y soient effectuées.

Malgré les nombreux ratés des derniers mois dans les services de la Société des traversiers du Québec (STQ), aucune réforme des façons de faire de l’organisme n’est au programme.

« Aucun changement n’est présentement prévu à la STQ », a indiqué jeudi l’attaché de presse du ministre François Bonnardel, qui n’a pas voulu commenter les plus récentes lacunes dans le service offert le long du fleuve.

D’ici au 7 janvier, le seul traversier à relier les deux rives du Saint-Laurent est celui de Québec–Lévis. Celui de Saint-Siméon–Rivière-du-Loup a cessé ses activités le 3 janvier et celui qui relie Matane à la Côte-Nord est à l’arrêt depuis le 21 décembre. Ainsi, d’ici mardi, les automobilistes et les camionneurs doivent faire le détour de plus de 800 kilomètres par Québec pour passer d’une rive à l’autre du fleuve, dans l’est du Québec.

« Ce sont des liens essentiels pour les gens de ce coin-là », déplore Jacques Demers, président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) et maire de Sainte-Catherine-de-Hatley, en Estrie.

Cette situation découle de l’arrêt du NMF.-A.-Gauthier, un navire qui cumule les bris depuis son acquisition par la STQ, il y a trois ans, au montant de 180 millions de dollars. Entre juillet 2015 et janvier 2016 seulement, le F.-A.-Gauthier a fait l’objet de 128 bris et ajustements.

Pas de « ménage » à faire

Jusqu’à présent, le ministre des Transports, François Bonnardel, n’a pas voulu en rejeter la responsabilité sur la Société des traversiers. Il a plutôt reproché au précédent gouvernement libéral de ne pas avoir ordonné l’achat d’un traversier de remplacement comme le recommandait la STQ l’an dernier.

Pourtant, la CAQ préconisait des réformes internes agressives lorsqu’elle était dans l’opposition. « Il y a un grand ménage à faire à la STQ. Est-ce que le ministre a la lucidité pour faire ce ménage ? » dénonçait le député caquiste Donald Martel en février dernier. En décembre 2017, le député Éric Caire avait même invité les libéraux à montrer la porte à des dirigeants de la STQ.

Par ailleurs, la CAQ n’est pas la seule à se montrer compréhensive envers la STQ. Jeudi, le chef intérimaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, n’a pas voulu non plus écorcher la société d’État. « Ce qui m’importe, moi, c’est d’assurer la traverse. »

Lors d’une conférence de presse avant Noël, le ministre des Transports, François Bonnardel, a fait savoir qu’il comptait doter le Québec d’un nouveau bateau de remplacement pour éviter qu’une telle situation se reproduise.

Il a aussi offert aux utilisateurs du F.-A.-Gauthier (Matane-Godbout) un service par avion, mais cela ne répond pas à tous les besoins, selon le président de la FQM. « Il y a de la marchandise qui ne peut pas voyager par avion. »

Durant les Fêtes, un grand nombre de voitures et de camions se sont tournés vers le Trans-Saint-Laurent, signale le maire de Saint-Siméon, Sylvain Tremblay. Or, ce service est interrompu comme chaque mois de janvier pour des activités de maintenance.

Un bateau pas comme les autres

À la STQ, le porte-parole AlexandreLavoie reconnaît qu’il y a « place à l’amélioration », mais affirme que, dans l’ensemble, le système de remplacement des traversiers fonctionne bien. « Partout sur notre réseau, nos navires peuvent se remplacer l’un l’autre. Cela dit, à Matane, le F.-A.-Gauthier a un gabarit beaucoup plus important et différent des autres, et c’est sûr que lui, c’est plus difficile à remplacer. »

Il ajoute que la STQ a trouvé un navire de remplacement pour le F.-A.-Gauthier : le CTMA Vacancier, qui dessert les Îles-de-la-Madeleine. Or ce dernier est en « arrêt technique » pour maintenance jusqu’au 7 janvier et la STQ n’a pas pu le libérer plus tôt. « S’il avait pu entrer en service plus tôt (c’est-à-dire avant la fin du service à Rivière-du-Loup), c’est sûr qu’on l’aurait pris », résume le porte-parole.

Le maire de Saint-Siméon, lui, réclamedepuis huit ans que le traversier qui relie sa ville à Rivière-du-Loup ne soit plus interrompu en janvier et devienne opérationnel à l’année. « Si le service était offert à l’année, il pourrait beaucoup mieux soutenir les interruptions des autres services », dit-il en soulignant que son village serait aussi gagnant. « Avec le traversier, le dernier dépanneur du village, la dernière épicerie sont beaucoup plus achalandés. »

À la STQ, on n’a pas voulu commenter cette suggestion. L’avenir du bateau de Saint-Siméon–Rivière-du-Loup — l’un des rares à être géré par une entreprise privée — est à l’étude, puisque le contrat liant la STQ à la compagnie — La Traverse Rivière-du-Loup–Saint-Siméon ltée — tombe à échéance de toute façon.

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