«Il y a encore du chemin à faire» pour les victimes d'agression sexuelle, admet Sonia LeBel

Sonia LeBel n’a pas l’intention à court terme de se lancer dans «une révolution fédérale» et de demander une réforme du Code criminel.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Sonia LeBel n’a pas l’intention à court terme de se lancer dans «une révolution fédérale» et de demander une réforme du Code criminel.

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, a rencontré jeudi Les Courageuses, des victimes alléguées de Gilbert Rozon, qui lui ont fait part de leurs expériences au sein du système de justice. Une rencontre qu’elle qualifie de « prise de conscience » sur le manque d’accompagnement des victimes d’agression sexuelle.

« Sans parler d’étonnement, ce dont je me suis rendu compte, c’est qu’il y a encore du chemin à faire […]. Je ne veux pas jeter le blâme sur personne, mais il y a actuellement des moments dans le processus où ça fonctionne bien, parce que les intervenants sont mieux outillés, et d’autres où les personnes victimes sont déçues », a indiqué la ministre LeBel lors d’une entrevue avec Le Devoir.

Cette rencontre survient une semaine après que le directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a confirmé avoir examiné les dossiers de 14 présumées victimes du fondateur du festival Juste pour rire à la suite de la vague de dénonciations #MoiAussi. Après trois jours à les rencontrer tour à tour, le DPCP a annoncé que la plainte d’une seule d’entre elles avait été retenue. Gilbert Rozon a été accusé de viol et d’attentat à la pudeur pour des actes qui auraient été commis en 1979. Il est aussi visé au civil par une action collective des Courageuses, qui regroupent une vingtaine de présumées victimes.

« Mon intervention n’est pas une intervention dans le sens de donner plus de crédibilité [aux Courageuses] versus M. Rozon […]. C’est pour voir, dans l’administration de la justice, comment je peux améliorer des processus pour qu’au moins, peu importe la décision, il y ait une compréhension et une acceptation sociale plus grandes », a-t-elle précisé.

Redonner confiance

La ministre LeBel réitère qu’à ses yeux le système de justice fonctionne, mais admet que la confiance du public est ébranlée.

« Quand je dis que le système fonctionne, je parle des règles de droit criminel actuelles. La présomption d’innocence, je pense qu’on a choisi au Canada, dans une société libre et démocratique, de mettre en avant ce type de système là », explique-t-elle.

D’ailleurs, Mme LeBel n’a pas l’intention à court terme de se lancer dans « une révolution fédérale » et de demander une réforme du Code criminel. « Je suis très préoccupée par le fait de redonner confiance et ce que je souhaite, c’est voir comment on peut améliorer le processus judiciaire en regardant les solutions qui sont à ma portée à moi », a-t-elle souligné.

Tout comme le premier ministre François Legault, elle se dit ouverte à l’idée d’avoir un tribunal spécialisé en matière d’agression sexuelle et de violence conjugale. « Cet élément fait partie de la réflexion, mais je veux y aller plus large. Il faut regarder le problème de façon globale », dit la ministre, soulignant qu’il y a un volet de sensibilisation au comportement sexuel qui doit se faire dès un jeune âge.

Mme LeBel évoque aussi la possibilité d’avoir un accompagnateur pouvant expliquer les étapes du processus et le rôle de chacun des intervenants rencontrés.

La ministre de la Justice a prévu des séances de travail avec des élues des trois autres partis présents à l’Assemblée nationale, soit la députée libérale Hélène David, la députée péquiste Véronique Hivon et la députée solidaire Christine Labrie. « C’est un sujet transpartisan et je veux vraiment explorer leurs idées, entendre les solutions qu’elles ont à proposer et les regarder ensemble », dit-elle.

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