Nathalie Roy promet une approche musclée de la loi 101

La ministre de la Langue française, Nathalie Roy, dit constater une baisse du respect de la loi 101 dans l’affichage commercial à Montréal.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La ministre de la Langue française, Nathalie Roy, dit constater une baisse du respect de la loi 101 dans l’affichage commercial à Montréal.

La loi 101 ne sera pas modifiée sous le gouvernement Legault. Mais elle sera appliquée avec plus de fermeté, promet la ministre responsable de la Langue française, Nathalie Roy. Celle-ci se dit notamment « préoccupée » par l’anglicisation de Montréal.

« Je crains qu’il y ait un recul de la langue française à Montréal, a soutenu mardi la ministre en entretien avec Le Devoir. Quand je me promène et que je vois dans différents quartiers des commerces qui affichent uniquement dans une autre langue que le français, il y a un sérieux problème. Il y a un manque d’application [de la loi 101] ».

Mme Roy dit constater « que le visage linguistique dans l’affichage a changé, qu’on respecte de moins en moins l’affichage [en français]. Ça me dérange profondément, et j’ai l’intention d’agir. »

Mais pour ce faire, il n’y a pas lieu de rouvrir la loi 101, pense celle qui est aussi ministre de la Culture et des Communications. « Il y a déjà dans la loi des articles qui permettent de sévir, dit Nathalie Roy. Commençons par l’appliquer — il y a beaucoup de rattrapage à faire. On a vécu quinze ans d’un gouvernement libéral qui se fichait pas mal de la loi 101. »

Sur la question de l’affichage, le gouvernement Couillard avait été critiqué pour la timidité d’un règlement adopté en mai 2016 et visant les bannières comme Walmart ou Best Buy. Après avoir jonglé avec l’idée d’exiger l’ajout d’un descriptif en français près du logo de ces marques de commerce, Québec avait opté pour une « présence suffisante » du français sur la façade. Un « coup d’épée dans l’eau », avait alors dit la Coalition avenir Québec.

En 2013, le parti de François Legault soutenait aussi plusieurs éléments du projet de loi 14 du gouvernement Marois pour modifier la Charte de la langue française. Mais aujourd’hui, NathalieRoy estime que l’enjeu n’est pas de donner plus de mordant à la loi 101 : il s’agit plutôt de s’assurer qu’elle est « appliquée de façon intelligente, et avec fermeté. »

OQLF dans la mire

À cet égard, Mme Roy a rencontré les dirigeants de l’Office québécois de la langue française (OQLF, l’organisme chargé du respect de la Charte) pour communiquer ses « attentes ».

« Le français commence à s’effacer de l’espace public et il faut corriger ça. Je l’ai dit clairement [à l’OQLF]. Je m’attends à des actions concrètes, à ce que la loi soit appliquée » de façon plus soutenue.

Mais elle prévient aussi qu’elle ne veut pas revivre des épisodes comme celui du « pastagate » — l’OQLF avait lui-même qualifié d’« excès de zèle » le travail d’un de ses inspecteurs qui avait reproché la présence du mot « pasta » sur un menu de restaurant en 2013.

« Peut-on faire preuve de discernement et de bon jugement, s’il vous plaît ? demande-t-elle. Peut-on arrêter de s’insurger pour des insignifiances ? Ce n’est pas comme ça qu’on protège la langue française. Allons voir à l’extérieur si on peut lire le nom ou que les spéciaux sont écrits en français. Usons de discernement… Le gros bon sens ! C’est très important. »

Mme Roy estime que son message a été « bien reçu et bien compris » à l’OQLF. « La façon de faire devrait être bien différente » à l’avenir, pense l’ancienne journaliste. L’institution n’a pas souhaité commenter la sortie de la ministre mardi.

Patrimoine

L’approche de Nathalie Roy par rapport à la loi 101 sera semblable à celle qu’elle veut suivre pour les dossiers de patrimoine bâti — la Loi sur le patrimoine culturel relève de son ministère.

Entrée en vigueur en 2012, cette loi visait notamment à donner davantage de pouvoirs aux municipalités en matière de protection du patrimoine. Or, plusieurs dossiers récents (la ministre évoque le « triste cas » de la maison Boileau à Chambly) ont montré que les municipalités s’acquittent de cette mission avec des résultats variables.

Mme Roy se dit « grandement préoccupée » par la situation actuelle. « C’est contradictoire : on a des municipalités qui veulent avoir plus de pouvoirs, et lorsqu’elles en ont, on se rend compte que certaines ne l’utilisent pas, ou qu’elles sont laxistes, ou qu’elles ne protègent pas leur patrimoine. »

Que faire ? La ministre rappelle avoir demandé aux villes qu’elles dressent une liste du patrimoine à risque. Elle dit aussi vouloir s’inspirer du rapport Courchesne-Corbo sur la gouvernance du patrimoine, commandé par Québec en 2016. « Il y avait là des pistes de solution », dit-elle.

Mais dans l’immédiat, Nathalie Roy veut surtout utiliser les outils que lui confère la Loi sur le patrimoine culturel. « Il y a des articles qui me permettent d’agir et j’ai l’intention de les utiliser, dit-elle. J’ai l’intention d’exercer mon pouvoir pour faire en sorte que les propriétaires [d’immeubles patrimoniaux] respectent leurs obligations. […] Il faut envoyer un message fort pour dire que le patrimoine est important. »

31 commentaires
  • Francis Soulié de Morant - Inscrit 19 décembre 2018 04 h 01

    La langue française en France

    En France même, notre langue est martyrisée, que ce soit en raison de l'ignorance crasse des Français pour la langue de leurs ancêtres, ou bien par l'espèce d'attraction magique de ce que Jean Dutourd appelait "Le sabir américanoïde". A la télévision, les annonces sont souvent en anglais, avec un sous-titre (pour se conformer à une loi plus ou moins tombée en désuétude) sous-titre pratiquement illisible, en caractères microscopiques ou en blanc sur fond blanc. Les enseignes, même en province, ont des sonorités anglaises, dont je pourrais donner mille exemples.
    Notre chère langue va devenir une langue locale, comme le breton, le basque ou le corse, dans un océan d'une sorte d'anglais américanisé, genre "pidgin English", simplifié pour faciliter son apprentissage par les innombrables étrangers venus s'installer en Europe.
    C'est avec une immense tristesse que je vois cette noyade du français, qui me semble irrécupérable.La mondialisation n'a pas que des aspects positifs. Nos descendants ne sauront pas lire Ballzac ou Lamartine, qui ne communiquaient pas par textos (SMS).
    Je souhaite que les Québecois plus conscients que nous de cette menace, aient une attitude plus ferme que nous, et que "s'il ne reste qu'un francophone, il puisse être Québecois" comme aurait dit VIctor Hugo.

    • Jean Richard - Abonné 19 décembre 2018 10 h 34

      Il y aurait, dit-on, près de 275 millions de locuteurs francophones dans le monde. Le terme locuteur est un peu vague. Ça peut vouloir dire 275 millions de personnes capable de comprendre et de parler français au niveau fonctionnel. Ça peut vouloir dire des gens qui habitent dans des pays où le français fait partie des langues officielles.
      Dans un cas comme dans l'autre, il faut savoir que le plus grand nombre des locuteurs francophones ne se trouve pas en Europe, encore moins en Amérique, mais bien sûr en Afrique. La France est donc devenue un acteur minoritaire de la francophonie.
      Le Québec ferait une erreur en se coupant davantage de la France, même si cette dernière vit des moments de déprime culturelle. Mais le Québec fait aussi une erreur en ignorant que la francophonie n'est pas que franco-française, mais un peu mondiale et surtout africaine. Le Québec fait aussi une erreur en s'alignant un peu trop sur la France et son américanolâtrie débridée.
      Au cours des années 70 et même une partie des années 80, on a cru un moment que le Québec pouvait influencer la France, grâce à l'effervescence culturelle de l'époque. Mais ça n'a pas duré. On ne peut pas dire que le Québec soit aujourd'hui tombé dans la même déprime culturelle que la France, mais il vit, à quelques exceptions près, une époque de fadeur culturelle. Quant à son ouverture à la culture franco-africaine, elle se limite à quelques rares rappeurs commercialisables. Kirikou n'a pas détrôné Walt Dysney.
      L'américanisation fulgurante de la France est-elle irréversible ? Difficile d'en juger quand on n'y vit pas. Mais à l'ouest de l'Atlantique, le Québec a intérêt à ne pas prendre de risque et à s'ouvrir davantage à la culture francophone hors France, culture partageant une langue dans une diversité culturelle enrichissante. La survie du français au Québec en dépend.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 décembre 2018 18 h 36

      Monsieur de Morant, il faudrait dire aux Français (pas spéfiquement à Monsieur et Madame tout le monde, mais surtout aux médias mondialistes,laxistes et peu fiers de leur langue) de cesser de s’abreuver de vols 'low cost', de "challenge", etc.

      Le pire, ou le mieux par son ridicule, c’est quand à un concours de la langue française à TV5, le premier prix était un HOME CINEMA. C’est à se tordre de rire devant ce ridicule! Pourtant le Français moyen, s’il ne savait pas à l’avance que c’est un cinéma maison, l’aurait vite compris et appris en le lui disant.

      Même chose pour ‘vols à bas coûts’ et les ‘défis ‘, etc. L’anglais est tellement envahissant que l’on n’a pas besoin de l’insérer nous-même dans notre discours. Et a langue française est tellement riche, on peut tout exprimer avec elle.

      Il est bon de pouvoir parler plusieurs langues, mais une seule à la fois.

      Au Québec c'est le français qui est la langue nationale. Le français est ma langue et j’en suis fier.

      Je suis heureux que vous et d’autres Français vous intéressiez au Québec et que certains d’entre vous choisissiez de venir s’établir chez nous.

  • Lionel Orengo - Inscrit 19 décembre 2018 04 h 05

    Appliquer la loi 101 dans l'espace public

    C'est quoi le problème de l'affichage en français dans l'espace public au Québec ? Une moindre utilisation du français dans les lois et l'affichage des règlements ou dans l'affichage publicitaire et commercial ? Jusqu'à preuve du contraire en France il n'y a pas de langue concurrente au français et pourtant nos villes et les abords de nos routes regorgent d'affichage en anglais (je ne parle même pas des "réclames" à la télé). C'est sûr que dans le cas du Québec la question revêt un enjeu identitaire que les élus doivent cesser d'ignorer. Il n'empêche que les autorités municipales de Montréal ne semblent pas trop se préoccuper de la question. Pour moi, Français lamba, le Québec est le phare de la langue française dans le monde car vous autres cousins d'outre-Atlantique savez à quoi riment culture, langue et identité. Comme touriste, j'ai été très attristé de me retrouver interpellé par des commerçants montréalais en anglais, voire même parfois d'entendre répondre en anglais à mes questions posées en français (sic). J'ai persisté à n'utiliser que la langue de Molière et ça s'est bien passé finalement. Mais j'ai dû lutter pour ça. La loi 101 il revient à tous de la mettre en oeuvre, même aux étrangers. Je me demande de plus en plus si le Québec ne devrait pas adopter une position beaucoup plus radicale vis à vis de la langue comme les cantons francophones le font dans la (con)fédération Suisse.

    J'ai confiance en vous autres car vous êtes résilients. Québécois, résitez !

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 décembre 2018 17 h 32

      « Comme touriste, j'ai été très attristé de me retrouver interpellé par des commerçants montréalais en anglais, voire même parfois d'entendre répondre en anglais à mes questions posées en français (sic). J'ai persisté à n'utiliser que la langue de Molière et ça s'est bien passé finalement. Mais j'ai dû lutter pour ça. »

      Bravo M. Orengo! Les Montréalais francophones devraient prendre davantage exemple sur vous. Trop souvent ils passent du français à l'anglais dès qu'ils en ont l'occasion! Bien des raisons valables expliquent cela (ex. : courtoisie, volonté de gagner du temps; pratiquer son anglais; etc.), mais il n'en demeure pas moins que cette façon de faire participe à la fragilisation du français au Québec. Et, bien sûr, nous pouvons nous poser cette question : pourquoi les non-francophones se forceraient à communiquer en français si les francophones passent du français à l'anglais dès qu'ils en ont l'occasion?

  • Germaine Côté - Abonnée 19 décembre 2018 06 h 32

    Enfin quelqu’un qui va se tenir debout face à l’affichage du français à Montréal. Merci madame Roy de défendre notre belle langue. Nous sommes au Québec et nos devons protéger la langue française.

    • François Beaulne - Abonné 19 décembre 2018 11 h 48

      Vous avez tout à fait raison.Ça fait du bien d'entendre ce ton plus affirmatif et conscient de la dégradation du Français à Montréal de la part de la ministre responsable du dossier. La politique linguistique de Nathalie Roy pour Montréal est en cohérence avec la volonté du Premier Ministre d'intégrer plus efficacement les immigrants à la majorité québécoise francophone. Cette sortie s'avère d'autant plus pertinente face au laxisme de la mairesse Plante en la matière.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 décembre 2018 18 h 08

      Il y a eu tellement de laisser-faire et d’incurie dans l’application de la Loi 101, que ressortir un épiphénomène comme le pastagate, est un sophisme.

    • Patrick Boulanger - Abonné 19 décembre 2018 18 h 24

      Je suggère que l'on attende de voir si le propos de Mme Roy par rapport à la loi 101 va corresponde à la réalité. En politique, il est hautement préférable d'être vigilent par rapport aux propos de nos élus. Dans ce domaine comme partout ailleurs d'ailleurs, les actions parlent plus que les mots...

  • Marguerite Paradis - Inscrite 19 décembre 2018 06 h 48

    PROGRAMME EN EMPLOYABILITÉ

    Madame Roy devrait aussi jeter un coup d'oeil sur les programmes du Ministère de l'éducation offerts en Employabilité : aucun cours de français. À Montréal, ces programmes sont majoritairement suivis par des personnes immigrantes, plus ou moins récentes, dont le français oral et écrit est déficient.

  • Jacques Maurais - Abonné 19 décembre 2018 07 h 08

    Qui dit vrai?

    L’article nous apprend que Mme Roy dit constater « que le visage linguistique dans l’affichage a changé, qu’on respecte de moins en moins l’affichage [en français]. » Rappelons que ce n’est pas l’avis de l’Office québécois de la langue française. Ce dernier a publié le printemps dernier une étude sur les langues dans l’affichage commercial à Montréal. Son président avait alors parlé des « progrès notables que cette étude nous révèle quant à la conformité de l’affichage public ». La conformité de l’affichage à la réglementation linguistique est en effet passée, de 2010 à 2017, de 72 % à près de 78 %, nous disait le communiqué du 28 avril. Il est vrai que, parmi les éléments pouvant expliquer cette hausse, il mentionnait au passage « les nouvelles dispositions réglementaires » qui avaient assoupli les règles.
    Malgré le refus de l’OQLF de faire des comparaisons avec des études antérieures, j’ai pu établir que dans les commerces ayant pignon sur rue, l’unilinguisme français est passé de 52 % en 1997 à 22,8 % en 2017. Mes analyses ont été publiées sur le site d’Impératif français et dans le blogue Linguistiquement correct (sous le titre « Le recul du français dans l’affichage commercial à Montréal).

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 19 décembre 2018 18 h 53

      Ce qu'il faut: TOLÉRANCE 0 pour l'absence de français ou de la prédominance du français. Oui l'exemple de la Suisse est instructive.

    • Serge Lamarche - Abonné 20 décembre 2018 00 h 42

      Mais oui, pas de tolérance pour l'anglais. Le français est tellement calé publiquement dans l'ouest.