Les communications ne tiennent qu’à un fil aux îles de la Madeleine

Un avion de l’armée canadienne a atterri sur les îles de la Madeleine, vendredi, afin de prêter main-forte aux insulaires, qui ont été coupés du reste du monde jeudi à la suite du bris d’un câble.
Photo: Nigel Quinn La Presse canadienne Un avion de l’armée canadienne a atterri sur les îles de la Madeleine, vendredi, afin de prêter main-forte aux insulaires, qui ont été coupés du reste du monde jeudi à la suite du bris d’un câble.

Les îles de la Madeleine demandent à être dotées du « système » de communications « le plus robuste possible ». Au lendemain de la tempête de vent qui a frappé l’archipel, son système actuel ne tient qu’à un fil.

« Ce que ça démontre, c’est qu’il faut avoir le système le plus robuste possible. Il faut prendre les moyens pour procéder aux réparations ou, à tout le moins, que le gouvernement se porte garant de l’infrastructure », fait valoir le coordonnateur des opérations courantes du Réseau intégré de communications électroniques des îles de la Madeleine (RICEIM), Joël Bourque, dans un entretien avec Le Devoir. Le câble de fibre optique constitue un « projet très structurant » pour la communauté, insiste-t-il.

Le COGIM 2 (Câble optique Gaspésie Îles-de-la-Madeleine 2) a été « complètement sectionné » à environ trente kilomètres au large de l’archipel du golfe du Saint-Laurent, jeudi matin. Le COGIM 1 n’a pas automatiquement pris le relais, coupant les quelque 12 000 habitants des îles du reste du monde. « Généralement, lorsqu’une section d’un câble [est rompue], automatiquement, tout le trafic est transféré sur le deuxième segment. Ça ne s’est pas produit [jeudi] matin », explique M. Bourque. L’opération a été effectuée manuellement jeudi à 22 h 15.

« Les câbles, comme n’importe infrastructure en milieu marin, sont soumis à des assauts bien importants. Ce n’est pas facile, dans le secteur », souligne-t-il, montrant du doigt « l’absence de glace » et « les vents forts » observés. Si « les éléments de la nature ont contribué fort possiblement » au bris du segment, « toutes sortes d’hypothèses » étaient mises à l’épreuve vendredi afin d’expliquer le bris. Parmi elles, « ça peut être une ancre de bateau qui a accroché les deux [câbles] et qui a fait “swigner” toute l’infrastructure », mentionne M. Bourque.

L’assureur évaluait les dégâts vendredi. Il s’agit du troisième bris en quatre ans. Les deux autres bris remontent à mai 2012 et janvier 2016. Il y a près de trois ans, pas moins de 850 000 $ avaient été versés par la compagnie d’assurance. Joël Bourque craint de voir la prime « exploser » lors du renouvellement de la police d’assurance ou, pire, de voir les câbles jugés non assurables. « Ça devrait être couvert par la police d’assurance, mais on se questionne beaucoup quant à l’assurabilité de l’infrastructure pour 2019 », lance le gestionnaire de l’infrastructure au téléphone.

Généralement, lorsqu’une section d’un câble [est rompue], automatiquement, tout le trafic est transféré sur le deuxième segment. Ça ne s’est pas produit [jeudi] matin.

Le gouvernement québécois pourrait se porter garant des deux câbles, suggère-t-il. « Il faut quand même réaliser que le câble a été déployé il y a quinze ans. La technologie remonte à 2003, 2004. »

À Québec, la ministre déléguée au Développement économique régional, Marie-Eve Proulx, n’écartait pas la possibilité de déployer un nouveau câble entre la Gaspésie et les îles de la Madeleine — un projet reporté — dans des délais raisonnables. « Vu que le deuxième câble est sectionné — c’est ce qui est arrivé [jeudi]. Ça nous amène à réagir avec urgence », a-t-elle déclaré vendredi.

À Ottawa, le ministre de l’Infrastructure et des Collectivités, François-Philippe Champagne, n’excluait pas vendredi la possibilité d’appuyer financièrement un tel projet. « On est prêts à regarder tout ce qu’on peut faire évidemment pour les Madelinots. C’est une situation très particulière », a-t-il noté.

M. Bourque dissuade les décideurs politiques de s’associer avec Hydro-Québec, qui songe sérieusement à raccorder les îles de la Madeleine avec un câble électrique sous-marin et à fermer la centrale au diesel en 2025. « On le voit avec l’épisode actuellement, l’horizon 2024-2025, c’est peut-être un peu loin », dit-il.

La ministre québécoise de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a souligné que « la phase de rétablissement [d’un lien sous-marin] va se faire dans un deuxième temps ». « Pour l’instant, on est dans l’intervention, dans l’urgence, dans les besoins immédiats », a insisté Mme Guilbault.

Près de 2000 foyers étaient toujours privés d’électricité, a indiqué la municipalité des Îles-de-la-Madeleine vendredi.

Un avion d’Hydro-Québec s’est posé jeudi, en fin de soirée, sur les Îles. « Ces gens-là d’Hydro-Québec, bien sûr, vont travailler à renforcer le système pour essayer de rétablir l’électricité dans ces foyers », a dit Mme Guilbault.

Un avion des Forces armées canadiennes a fait de même vendredi après-midi.

Les Forces armées canadiennes offriront un soutien aérien en plus de mener « des patrouilles de santé et de bien-être », a précisé le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale. Jusqu’à 250 membres des Forces armées canadiennes fouleront le sol de l’archipel.

« Au total, une centaine de personnes […] vont prêter main-forte aux Madelinots », a dit Geneviève Guilbault. « Évidemment, je ne veux pas occuper, dans l’un des rares avions qui peuvent se rendre, la place de quelqu’un qui serait autrement plus utile », a ajouté la ministre dans l’hôtel du Parlement. Elle se rendra sur les lieux samedi, a-t-elle précisé en soirée.