La commissaire à l’éthique enquête sur le ministre Fitzgibbon

Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon

La commissaire à l’éthique et à la déontologie, Ariane Mignolet, a ouvert mardi une enquête sur le ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon.

Le Parti québécois soupçonne l’élu caquiste d’avoir « favorisé les intérêts financiers de l’entreprise Héroux-Devtek dont il est actionnaire » en évoquant « la possibilité que son gouvernement intervienne financièrement pour sauvegarder la gamme d’avions CRJ [de Bombardier] pour laquelle Héroux-Devtek est un important fournisseur de pièces ».

M. Fitzgibbon nie catégoriquement se trouver dans une situation de conflit d’intérêts dans le dossier de Bombardier, et ce, même s’il détiendrait toujours des actions d’un de ses fournisseurs, Héroux-Devtek.

Il est d’ailleurs persuadé que l’enquête de la commissaire à l’éthique et à la déontologie dissipera tout soupçon de cette nature. « Ça va libérer beaucoup de questionnements qu’on a aujourd’hui », a-t-il déclaré dans un impromptu de presse mardi.

Le chef de l’opposition officielle, Pierre Arcand, a appelé M. Fitzgibbon à « se retirer du dossier de Bombardier le temps que la commissaire à l’éthique termine son enquête ».

« Après avoir houspillé les libéraux pendant quatre ans pour leur manque de transparence et d’éthique, il n’aura fallu que quelques semaines au gouvernement de la CAQ pour se retrouver avec une situation d’apparence de conflit d’intérêts », a fait remarquer la députée solidaire Ruba Ghazal.

8300 actions

M. Fitzgibbon s’est retrouvé sur la sellette après la mise au jour d’informations selon lesquelles il siégeait au conseil d’administration d’Héroux-Devtek. Il possédait après son départ, le 2 octobre, quelque 8300 actions dont la valeur dépasserait aujourd’hui plus de 100 000 $.

Héroux-Devtek constitue l’un des fournisseurs de pièces d’avion de Bombardier. « C’est marginal, les relations commerciales entre Héroux-Devtek et Bombardier », a soutenu M. Fitzgibbon mardi.

Le ministre de l’Économie s’est dit disposé, au cours des derniers jours, à aider financièrement Bombardier après que le géant québécois de l’aéronautique eut annoncé la mise à pied de pas moins de 2500 travailleurs au Québec.

« Mon “focus” principal dans Bombardier, c’est les 2500 emplois », a martelé M. Fitzgibbon mardi avant-midi, tout en ajoutant avoir à coeur le développement de « tous les intervenants » de la grappe aérospatiale, « incluant Bombardier ». Disant agir dans l’intérêt du « public », l’élu s’est de nouveau engagé mardi à « considérer » leurs « besoins d’assistance ». « Tous mes actionnaires sont les Québécois », a-t-il lancé, en marge d’une rencontre du groupe parlementaire caquiste.

Le code d’éthique stipule qu’un « député ne peut se placer dans une situation où son intérêt personnel peut influencer son indépendance de jugement dans l’exercice de sa charge », a rappelé le député péquiste Martin Ouellet mardi.

« Ses rencontres avec l’industrie et Bombardier en particulier ont eu un effet direct sur le processus de prise de décision du ministre puisqu’il a annoncé son ouverture à intervenir pour sauvegarder la gamme CRJ, favorisant ainsi directement les affaires d’Héroux-Devtek et ses intérêts financiers personnels dans cette entreprise, de son aveu même », a-t-il soutenu à la presse.

À la défense de Fitzgibbon

M. Fitzgibbon a aussi souligné mardi que ses actions d’Héroux-Devtek ont été transférées d’un compte discrétionnaire à une fiducie sans droit de regard il y a quelques jours.

« Depuis le 3 octobre, je ne vois plus ce qu’il y a dans mon compte. […] Au moment où on se parle, elles [les actions d’Héroux-Devtek] pourraient être vendues, je ne le sais même pas », a-t-il fait valoir.

Le ministre ne s’est « pas du tout » placé en situation de conflit d’intérêts, a lancé le premier ministre, François Legault, en se dirigeant vers le Salon rouge, où l’attendaient les dizaines d’élus de la Coalition avenir Québec. Il ne dessaisira pas son ministre de l’Économie du dossier Bombardier comme le demandent les partis d’opposition.