Une enquête du commissaire à l’éthique réclamée contre Fitzgibbon

Pierre Fitzgibbon posséderait 8300 actions — valant plus de 105 000$ sur le marché actuel — de Héroux-Devteck.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pierre Fitzgibbon posséderait 8300 actions — valant plus de 105 000$ sur le marché actuel — de Héroux-Devteck.

Les partis d’opposition à Québec ont exigé lundi soir une enquête du commissaire à l’éthique pour faire la lumière sur le cas du ministre de l’Économie, Pierre Fitzgibbon. Celui qui a récemment ouvert la porte à une aide pour Bombardier détiendrait des intérêts financiers dans un important fournisseur de la multinationale québécoise.

Selon des informations obtenues par TVA Nouvelles, Pierre Fitzgibbon posséderait 8300 actions — valant plus de 105 000$ sur le marché actuel — de Héroux-Devteck. L’entreprise vend des pièces, dont des trains d’atterrissage, utilisés pour la fabrication de certains avions de Bombardier. M. Fitzgibbon a aussi été administrateur de la compagnie pendant huit mois cette année.

Or, vendredi, en sortant d’une rencontre avec le président de Bombardier, Alain Bellemare, le ministre de l’économie a indiqué que Québec était « prêt à investir » si la société exprimait un nouveau besoin financier.

Devant ces « apparences de conflit d’intérêts » du ministre Fitzgibbon avec Bombardier, le Parti québécois (PQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et Québec solidaire (QS) ont vivement réagi lundi soir, demandant une enquête du Commissaire à l’éthique.

« Le ministre Fitzgibbon est intervenu dans le dossier Bombardier alors qu’il savait qu’il détenait des milliers d’actions d’un important fournisseur. Le [premier ministre] doit immédiatement lui retirer ce dossier », a écrit le leader parlementaire du PQ, Martin Ouellet, sur son compte Twitter en soirée.

De son côté, le Parti libéral — plusieurs fois écorché sur des questions éthiques durant ses quatre années au pouvoir — a appelé le premier ministre, François Legault, à agir. « Il nous disait en campagne qu’il agirait différemment sur les questions éthiques, il doit maintenant le prouver », a indiqué au Devoir le porte-parole libéral en matière d’éthique, Jean Rousselle.

« Pour moi, c’est clair, comme le Parti libéral, la [Coalition avenir Québec] marche main dans la main avec le patronat et les puissants du milieu des affaires. Ce gouvernement, comme le précédent, prendra toujours des décisions qui avantageront le 1 % plutôt que la population », a lancé de son côté la porte-parole de l’Économie pour QS, Ruba Ghazal, dans un échange de courriels avec Le Devoir.

Fiducie sans droit de regard

QS a également exigé du ministre de l’Économie qu’il « dépose toutes ses actions de l’entreprise Héroux-Devtek dans une fiducie sans droit de regard ».

Sans confirmer au Devoir que Pierre Fitzgibbon détenait des intérêts financiers dans la société Héroux-Devtek, son attaché de presse, Mathieu St-Amand, a indiqué que « toutes ses actions étaient dans un compte sans droit de regard », géré par un tiers. « Les procédures sont en cours pour que ça se transforme en fiducie, mais il y a toujours un délai », a-t-il ajouté.

D’après le code d’éthique de l’Assemblée nationale, tout membre du Conseil exécutif a jusqu’à 60 jours après sa nomination pour se départir de ses actions en bourses ou bien les transporter dans une fiducie sans droit de regard. « Il doit en outre, à l’égard de ces intérêts, se conformer à toute autre mesure ou condition requise par le Commissaire à l’éthique et à la déontologie, le cas échéant.»

Élu le 1er octobre, François Legault a dévoilé son conseil des ministres le 18 octobre dernier.

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