Le PQ et le PLQ paient le prix de la désaffection populaire

Le PLQ perd le quart de son financement total. Pour le PQ, la perte représente 20% de son budget.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le PLQ perd le quart de son financement total. Pour le PQ, la perte représente 20% de son budget.

Les électeurs imposent l’austérité au Parti libéral du Québec et au Parti québécois. L’effondrement du vote libéral (-16,8 %) et péquiste (-8,4 %) se traduira par une baisse du financement public de 1 535 000 $ au PLQ et de 754 000 $ au PQ.

Le PLQ perd l’équivalent du quart de son financement total, qui s’élevait à 5,8 millions de dollars en 2017. « On va devoir s’ajuster, ça, c’est certain », a lancé le porte-parole du parti, Maxime Roy, dans un échange avec Le Devoir, lundi soir. L’état-major du PLQ s’affaire à dresser, non sans difficulté, le budget de l’année 2019. « Tout est sur la table », fait remarquer M. Roy.

La réduction de la durée des rassemblements de militants fait partie des mesures envisagées afin de réduire les dépenses. « Ça peut aller jusqu’à tenir un conseil général sur une journée ou deux au lieu de trois, c’est le genre de choses que le parti est en train de voir », a expliqué M. Roy.

Le PLQ étudie aussi la possibilité de recourir davantage à des « outils numériques » afin de consulter — « au moyen de questionnaires en ligne », par exemple — ses membres, tout en gardant intacts les événements militants prévus aux statuts du parti.

25 %
Le PLQ perd le quart de son financement total. Pour le PQ, la perte représente 20 % de son budget.

À l’heure actuelle, le PLQ compte une équipe permanente formée de quelque 25 employés et deux bureaux — l’un sur la rue Queen, à Montréal, et l’autre sur le boulevard Wilfrid-Hamel, à Québec —, dont il est propriétaire.

Le financement public des formations politiques étant en partie proportionnel aux suffrages exprimés, chaque vote vaut son pesant d’or — ou plutôt 1,58 $ par année.

« Prudence » au PQ

Les finances du Parti québécois sont aussi plombées par les résultats des dernières élections générales. Le parti doit composer avec un manque à gagner de près de 755 000 $ par année. C’est 20 % de son financement annuel total (3,9 millions de dollars en 2017).

Par ailleurs, le PQ de Jean-François Lisée a échoué à obtenir l’appui d’au moins 15 % des électeurs — le seuil fixé par le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) pour que la moitié des dépenses effectuées par un candidat soit remboursée — dans 65 circonscriptions sur 125 (52 %). En 2014, le PQ de Pauline Marois n’y était pas parvenu dans 24 circonscriptions sur 125 (19 %).

« Ça nous oblige à une prudence », dit la présidente du parti, Gabrielle Lemieux.

La baisse des allocations versées par le DGEQ est « en partie amortie » par le montant amassé depuis le coup d’envoi de la campagne de financement de 2018 — plus de 1,6 million jusqu’ici —, nuance le porte-parole du PQ, Lucas Medernach. « Puis, nous explorons des pistes pour atténuer l’impact de la baisse [de revenus], par exemple en organisant nos événements dans des salles moins chères que des salles de congrès. On n’écarte aucune piste », ajoute-t-il. L’exécutif soumettra au prochain conseil national une proposition de « plan d’action [renfermant] des solutions pour équilibrer le budget ». « Les délégués pourront y apporter leurs suggestions », précise M. Medernach.

Au PQ, « la question des finances sera assurément un enjeu pour les prochaines années », estime le politologue Éric Montigny. Le parti politique indépendantiste se trouve aujourd’hui dans la même situation que le Bloc québécois en 2011 : il doit entreprendre un gros chantier de reconstruction avec des moyens financiers amputés.

« Quand il n’y a que le portrait de René Lévesque dans la salle de l’exécutif, mais plus personne autour de toi, c’est lourd », raconte de son côté un habitué de la permanence du PQ.

La CAQ et QS font de l’argent

La Coalition avenir Québec et Québec solidaire bénéficieront quant à eux de, respectivement, 1 455 000 $ et 775 000 $ supplémentaires par année de la part du DGEQ.

La directrice générale de la CAQ, Brigitte Legault, n’entend pas se lancer dans de folles dépenses au cours des prochains mois. Le parti politique employait 17 personnes avant la campagne électorale. Il en sera de même au cours des prochains mois, indique Mme Legault. Il n’est pas question non plus de déménager le quartier général de la CAQ, qui se trouve dans un demi-sous-sol d’un immeuble de la rue Mill, à Montréal.

Fort d’appuis (et de revenus) en hausse, QS a de son côté embauché pas moins de 8 personnes, dont le contrat s’achevait le jour du scrutin.

La formation politique entend déployer des initiatives en environnement qui lui permettront de s’imposer comme « une vraie opposition » au gouvernement caquiste à l’intérieur, mais également à l’extérieur de l’Assemblée nationale. « Il faut garder l’énergie militante [qui anime le parti] », affirme la responsable des relations publiques à QS, Élise Tanguay, tout en reconnaissant que la formation n’a pas réfléchi attentivement à l’utilisation de ses nouveaux moyens financiers. « La priorité était de faire fonctionner les bureaux de circonscription », souligne-t-elle.
 

Avec Guillaume Bourgault-Côté et Dave Noël

4 commentaires
  • Gilles Bousquet - Abonné 20 novembre 2018 06 h 56

    rer la décroissance

    Dur pour les Libéraux très provinciaux et les Péquistes, très attentistes, de gérer la décroissance de leurs revenus, quand leurs loyers continuent d'augmenter. Faut alors remercier des employés et faire des nœuds dans les.élastiques éventés. Ayoye !

  • Denis Paquette - Abonné 20 novembre 2018 08 h 19

    nous sommes fatigués d'être percus pour des touts nus

    n'est ce pas la preuve que la population en a mare des élites, surtout de leur mépris et de leur arrogance , n'est ce pas une reponse au Jean Charest, que nous n'avons pas reussis a décipliner, je crois que meme Francois Legault en a pris conscience, mon opinion est que le Québec en a mare d'être traité comme des touts nus et être ceux qui doivent payer pour ces élites dépencieres,, que même nos institutions économiques financés par nos propres argents, n'arrêtent pas de nous collecter, peut être sommes nous murs pour une revolution économique

  • Jacques Morissette - Abonné 20 novembre 2018 09 h 03

    Les hommes politiques ne sont pas nécessairement plus près de la réalité que la population. Je dirais même que c'est parfois le contraire, à force de se promener en limousines et autres gadgets pour parader dans les couloirs du pouvoir, le risque peut être grand de se mettre à flotter dans les nuages. Après on ira dire "désaffection populaire». Une coche de plus dans ce titre et c'était peut-être alors une question de mépris?

    • Benoît Landry - Inscrit 20 novembre 2018 09 h 33

      «le risque peut être grand de se mettre à flotter dans les nuages.»

      D'où la nécessité d'avoir une couple de pelleteux de nuages pour faire le ménage :-)