François Legault suggère un boycottage de Sico

Disant penser aux travailleurs touchés, François Legault a indiqué que son gouvernement allait se pencher sur le dossier afin de déterminer s’il serait possible de convaincre l’entreprise de revenir sur sa décision.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Disant penser aux travailleurs touchés, François Legault a indiqué que son gouvernement allait se pencher sur le dossier afin de déterminer s’il serait possible de convaincre l’entreprise de revenir sur sa décision.

Irrité de voir le fabricant de peinture Sico plier bagage au Québec en délocalisant d’importantes activités en Ontario, le premier ministre François Legault suggère un boycottage de cette entreprise.

Vers septembre 2019, Sico fermera son usine du secteur de Beauport, à Québec, ainsi que son centre de distribution de la région de Montréal, ce qui devrait se traduire par la perte de 125 emplois, d’après la société. « Cela m’achale, je vous avoue. Je ne sais pas si les Québécois doivent continuer à acheter de la Sico qui n’est pas [fabriquée] au Québec », a-t-il dit jeudi, au deuxième et dernier jour de sa mission économique à Boston, au Massachusetts.

En plus de ses diverses succursales québécoises, Sico détient des bureaux administratifs à Longueuil. L’entreprise avait cité des enjeux de compétitivité afin de justifier cette délocalisation. M. Legault a lui-même siégé au conseil d’administration de l’entreprise, qui a vu le jour à Québec en 1937 avant de passer aux mains de la néerlandaise AzkoNobel en 2006, puis de l’entreprise américaine PPG en 2013.

Je pense que les Québécois doivent être sensibles à l’achat local, donc acheter des produits qui sont fabriqués au Québec

Invité à dire s’il appelait carrément au boycottage, le premier ministre a répété que la situation le dérangeait, ajoutant qu’il fallait voir quelles autres marques de peinture étaient fabriquées au Québec. « Je pense que les Québécois doivent être sensibles à l’achat local, donc acheter des produits qui sont fabriqués au Québec », a expliqué le premier ministre. À son avis, cette autre « mauvaise nouvelle » est le résultat de la perte d’un autre siège social lorsqu’on décide de laisser aller le contrôle d’une entreprise locale.

Disant penser aux travailleurs touchés, M. Legault a indiqué que son gouvernement allait se pencher sur le dossier afin de déterminer s’il serait possible de convaincre l’entreprise de revenir sur sa décision. « Mais c’est l’entreprise, en bout de ligne, qui va prendre la décision, a-t-il prévenu. Cela renforce le fait que M. [Pierre] Fitzgibbon [le ministre de l’Économie] est en train de travailler sur un plan pour que l’on arrête de perdre nos sièges sociaux, pour que l’on arrête de vendre nos belles entreprises à l’étranger. »

M. Legault a expliqué qu’il désirait voir Investissement Québec s’impliquer davantage afin de trouver des actionnaires de contrôle éventuels qui participeraient au maintien des sièges sociaux dans la province, ce que le gouvernement libéral précédent n’a pas fait, a-t-il déploré. Le premier ministre a entre autres suggéré la mise en place d’actions à droit de vote multiple pour les entreprises québécoises cotées en Bourse.

Trop-perçus chez Hydro

Par ailleurs, le premier ministre se défend d’avoir renié une promesse en ne retournant pas aux Québécois les sommes qu’ils ont versées en trop à Hydro-Québec. Lorsqu’elle formait le deuxième groupe d’opposition à l’Assemblée nationale, la Coalition avenir Québec avait calculé que 1,4 milliard de dollars en trop-perçus avaient été détournés depuis 2008, et que cet argent devait être retourné aux clients de la société d’État. L’enjeu était devenu un véritable cheval de bataille pour la CAQ, qui revenait à la charge jour après jour en Chambre pour demander au ministre responsable de rembourser les Québécois.

Or, à Boston jeudi, où il terminait une mission économique de deux jours, M. Legault a expliqué, en point de presse, que cette somme ne figurait pas dans le cadre financier déposé par sa formation politique en campagne électorale. « Il n’a jamais été question d’un engagement de 1,5 milliard d’argent d’Hydro-Québec, a-t-il lancé. Il faut comprendre que si l’on disait “Hydro-Québec, vous devez 1,5 milliard”, il y aurait 1,5 milliard de moins dans le budget du Québec. »

Pressé de questions, le premier ministre a répété qu’il n’avait « jamais été question » d’un engagement où des chèques d’Hydro-Québec seraient postés aux contribuables. Cet argent sera plutôt retourné sous d’autres façons, a-t-il dit, ajoutant que son gouvernement désire réduire les taxes scolaires, mettre en place une nouvelle allocation familiale ainsi qu’instaurer des tarifs uniques pour les garderies. « Nous allons remettre l’équivalent de cet argent, mais de la façon dont nous l’avons annoncé », a dit M. Legault.

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