Le bonheur, tout simplement

Lors de la marche des patriotes, en 2017
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Lors de la marche des patriotes, en 2017

Monsieur Landry avait l’esprit vif, le verbe élégant, la passion certaine de sa patrie, le geste sûr et l’amitié constante. Il privilégiait les rencontres, les discussions, les échanges. Il confrontait ses idées, cherchait à les améliorer en questionnant les autres, leur demandant de préciser leur pensée, et il prenait position sans hésitation. Cela l’a toujours bien servi, sauf pour sa démission en tant que chef du Parti québécois. Cette décision est venue assombrir les dix dernières années de sa vie. Mais il avait réussi à chasser cette décision de son esprit.

J’ai aimé cet homme dévoué à la cause du Québec et à chaque personne qu’il rencontrait. Même avec un emploi du temps chargé, il demeurait disponible pour écouter les députés, les chefs d’entreprises, les journalistes, les dirigeants d’organismes. Il accordait une grande importance aux députés. Avec eux, il prenait le pouls de la population et travaillait sur des dossiers à faire aboutir dans leur circonscription. Les rencontres du caucus prenaient une dimension particulière pour lui.

C’était un grand de l’économie. Il connaissait les tendances, les orientations et s’interposait dans les discussions au niveau national et international pour que le Québec y trouve son compte, et davantage. Il avait une connaissance précise de ce dont chaque PME ou grande entreprise avait besoin pour se développer. Il savait de quel équipement ces entreprises avaient besoin, même dans quel secteur de leur bâtiment cet équipement devait être installé.

Le don de la rencontre

Il s’engageait aussi dans des discussions et décisions concernant les problèmes sociaux. Il voulait comprendre l’immense problématique du suicide chez les jeunes, le déferlement des diagnostics qui se multiplient concernant l’autisme, les troubles d’apprentissage. Je l’ai vu consoler des gens qui vivaient des difficultés, des peines et des échecs personnels. Il avait, dans ces moments-là, une attention totale et intense pour ces personnes.

J’ai aimé cet homme pour son attachement à la culture, nos discussions si intéressantes sur la littérature, la musique, l’art et le patrimoine religieux du Québec. Nous regardions la cathédrale de Valleyfield en flammes en direct à la télévision et il me disait d’appeler la ministre de la Culture tout de suite afin de trouver une subvention pour venir en aide. Lors de mon dernier souper avec lui, il me demandait des nouvelles de la reconstruction de cette cathédrale, que nous avions visitée à quelques reprises ces dernières années.

Je relirai les poèmes de Gaston Miron, le livre qui l’a ému dans sa jeunesse, Les frères Karamazov, et j’écouterai La complainte de la Butte, la version de Cora Vaucaire il va sans dire, et des airs de musique classique. Il en avait tellement dans sa tête.

Plaisir de la vie

Il avait un don particulier pour rencontrer les gens, se faire des amis et entretenir ces amitiés. Pendant des décennies, il a cultivé ses relations et conservé des liens avec des milliers de personnes à travers le monde.

J’aimais nos échanges de fin d’après-midi, quand il avait un peu de temps avant de se consacrer à des activités publiques. Nous parlions de nos enfants, de ses petits-enfants. Quand je suis devenu grand-père, j’ai compris son immense plaisir de parler de ses petits-enfants et je revois son sourire quand il me parlait d’une de ses petites-filles qui lui rappelait le moment exact où la petite souris apparaît sur scène dans le ballet Casse-noisette.

Nous arrivions à Québec le mardi matin, et les rencontres se multipliaient jusqu’au jeudi soir. Quelquefois, le jeudi en fin d’après-midi, il entrait dans mon bureau, écoutait les informations qui avaient commencé à défiler en continu et me disait : « Pourquoi n’irions-nous pas souper à la maison ? » Et nous repartions pour la maison. Là se trouvait son bonheur, simplement.