Landry le chaleureux

Entouré de jeunes adolescents pendant la campagne électorale, en avril 2003
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Entouré de jeunes adolescents pendant la campagne électorale, en avril 2003

Peu de gens savent ça — tout le monde disait que c’était quelqu’un de rationnel, un gars de chiffres et de finances, Landry le froid —, mais quand la journée était finie, c’était Landry le chaleureux.

On finissait nos journées vers 21 h ou 22 h et il n’était pas rare que l’on se retrouve, ses proches conseillers et lui, au restaurant, à manger des sushis et à boire du saké. C’était l’occasion de décrocher. On discutait de la journée, à bâtons rompus, non plus pour le travail, mais pour le plaisir. Quel privilège c’était d’avoir ces échanges à la fin de la journée !

Il m’aura toutefois fallu du temps pour gagner sa confiance. Quand je l’ai rencontré pour la première fois, c’était lors de mon entretien d’embauche. À l’époque, il était vice-premier ministre, ministre des Finances, de l’Industrie et du Commerce et responsable de toutes les sociétés d’État. Un superministère. Nous avons eu des échanges cordiaux pendant cinq minutes à peine et il m’a dit que je commençais la semaine suivante.

Celle que je remplaçais m’avait dit : « Tu vas voir, tant qu’il n’aura pas confiance, il ne parlera pas. » J’ai fait des aller-retour Montréal-Québec dans l’auto avec très peu d’échanges. Puis, à un moment donné, la confiance s’est établie, et ensuite, ça a été un fascinant parcours avec lui.

Patron exigeant mais humain

Comme patron, c’était quelqu’un d’excessivement exigeant. Mais c’était aussi quelqu’un de très humain, de très émotif. On ne le connaît pas comme ça, mais il pouvait être rapidement touché par le sort des gens. On a vécu plein de moments importants, à nos anniversaires respectifs, à mon mariage… C’était vraiment quelqu’un qui tenait à être là pour les gens dans les grands moments de leur vie.

Et c’est malheureux de dire ça maintenant, mais je pense qu’il n’est pas une seule personne importante pour M. Landry dont j’ai manqué les funérailles pendant mes années avec lui. Il tenait à aller rendre hommage aux gens et on a fait des distances phénoménales pour assister à des funérailles. C’est quelque chose de très touchant, selon moi.

C’était aussi quelqu’un avec qui on pouvait rire. Il y a tellement d’anecdotes qui me reviennent en mémoire.

Un jour, par exemple, on avait fait un bon coup. Je ne me rappelle plus lequel, mais c’était positif. Or, le lendemain matin, la nouvelle était sortie de manière négative dans le journal The Gazette. Bernard Landry disait : « Mais comment se fait-il qu’on ne soit pas capables, même lorsqu’on a une excellente nouvelle, d’aller chercher des articles positifs dans la presse anglophone ? » Puis il avait déclaré : « Si on me surprenait à marcher sur l’eau entre Montréal et Longueuil, la Gazette titrerait : “Landry can’t swim !” » On avait tellement ri ensemble, je pense qu’on en avait ri toute la journée.

C’est ironique, parce qu’au lendemain de sa mort, la une de la Gazette titrait : « A remarkable man »

Je vais remettre mon chapeau d’ancien attaché de presse. Je pense que l’hommage qui lui est rendu ces jours-ci est à la hauteur de l’homme, de ce qu’il a été et de ce qu’il a fait pour le Québec. J’ai été très impressionné par la profondeur et la quantité de textes dans la presse québécoise. Tout chroniqueur a trempé sa plume, je pense qu’il aurait été très touché de voir ça… Pour une fois dans sa vie, la revue de presse est extraordinaire !